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mardi 19 février 2013

En attendant la suite....


...de mes aventures québécoises, mettez vous ça dans la rétine, et pis apprenez-le par coeur, tiens, ça vous f'ra bin toujours passer l'temps !






Ô toi, mon beau Berry
J'ai poussé dans ton sein sans en avoir conscience,
Je vivais dans tes mots comme on vit dans sa mère,
J'arpentais tes chemins, je marchais tes villages,
Ta lumière habillait déjà mes songes
Avant même de m'avoir sue être fille de ton sol

Ô toi mon beau Berry
Dans chaque bouche âgée je t'entendais chanter
Et m'étonnai qu'en ville on rie de mon accent
J'ai senti le mépris de tes sabots glaiseux
Le poids des rires sur de vieux dos courbés
La détresse de devoir te renier

Ô toi mon beau Berry
J'ai pesé la honte de ceux qui parlaient de ta voix
J'ai quelquefois eu honte moi-même
De ta rusticité – vois-tu, il faut m'en pardonner,
J'étais jeune...je n'avais rien compris
Comme je regrette la larme qui perlait à ton œil !

Ô toi, mon beau Berry,
Comme j'ai rêvé, plus tard, de ta colère !
Comme j'avais envie que tu te relèves !
Comme j'avais envie que tu te survives !
J'avais envie qu'on te respecte
J'avais envie que l'on t'estime

Ô vous, gens des villes bien trop fiers,
Ecoutez-la gémir, ma parlure qu'on oublie,
Ecoutez-la gronder les drapeaux rouges des barricades,
Les poings levés des opprimés,
Ma parlure dont on nous a fait honte,
Mon patois qui se meurt, écoutez-le enfin !

Ecoutez-les gémir,
Ma terre abandonnée à la spéculation foncière,
Mes paysans ruinés et suicidés,
Ecoutez-la ma terre, ma foi, mon passé
A l 'avenir étréci : qui donc viendra te relever, Berry ?
Qui donc te rendra ta fierté ?

Je n'ai que quelques mots à t'offrir en hommage
Je n'ai que mon amour en merci de tes dons
Berry, ma terre, mon partage,
Toi de qui je naquis et que je porte en moi,
Je suis fille de tes brumes, de tes longues rivières
De tes bois qu'on saccage, de tes terres alanguies

Ô toi, mon beau Berry.

Anne des Ocreries, 19 février 2013


jeudi 29 novembre 2012

Et si on sortait ? - part. 2


Nous étions restés, il y a déjà deux semaines, sur notre arrivée fracassante dans le bourg de Lury sur Arnon, dans le Cher, où nous nous rendions pour assister à un conte "musicalisé" par les bons soins des frères Bitaud, Laurent et Dominique, musiciens et conteurs à l'occasion. (cf billet précédent).

Reprenons, donc : nous sommes le 16 novembre, il fait nuit et il fait brouillard et froid, sur la région ; dedans l'assemblée fait silence, et les premiers sons de la vielle et de la cornemuse s'élèvent...c'est l'heure du conte !

JEAN-LE-CHANCEUX

Il était une fois (j'adore ce début ! ), ça fait, ma foi, un peu de temps pour nous désormais, un vieux bonhomme et une vieille bonne femme qui vivaient dans une forêt très retirée, car le vieux était sabotier de son état. Des douze enfants qu'ils avaient eu, il ne leur restait plus que le dernier, Jean, qui s'en allait sur ses seize ans. Ce pourquoi son père l'avait surnommé " Jean-le-Chanceux", vu que lui seul avait survécu.


Le gamin s'ennuyait fort à fabriquer des sabots. Dame, à cet âge, on a un peu la bougeotte ! Et puis, ils ne voyaient jamais personne, dans cette forêt....Le Jean, à presque seize ans, avait envie de voir un peu le monde ! Mais las ! Son père ne voulait rien entendre, et rien savoir ! Le gamin était vivement rabroué, à chaque fois qu'il en parlait.

Pourtant, un jour, il n'y tint plus : 
- " Père, dit-il, c'est décidé, je m'en vais chercher fortune ! " Son père s'emporta une fois de plus : 
- " Je ne veux pas entendre parler de ça une fois encore ! Va-t-en au diable ! " 

Jean, cette fois-ci, ne se laissa pas démonter. Il fit ses paquets, embrassa sa vieille mère qui pleurait tant et plus, et tendit la main à son père ; mais celui-ci, toujours fâché, lui tourna le dos : "  va-t-en au diable " ! lui re-cria-t-il ! 

Jean partit donc ; il marcha bien sept heures, sans voir encore la fin de la forêt. "  Que la ville est bien loin ! ", pensait-il, et en marchant, il pensait à son futur emploi. Il était un peu dégourdi, ayant été à l'école, et ne doutait pas de se trouver favorisé par la fortune ! "  Après tout " , se disait-il, "  ne suis-je pas ' Jean le Chanceux ?' "

Comme il remuait toutes ces pensée en son for intérieur, il vit venir vers lui, sur le chemin, un petit homme en noir. Jean s'écarta pour lui laisser passage, le saluant dans le même temps. Comme l'homme s'éloignait, Jean soudain l'interpella :


- "  Monsieur ! Hep, Monsieur ! Dites-moi....la forêt finit-elle bientôt ? "
Le petit homme en noir se retourna :
- "   Oh, oui oui, vous n'êtes plus très éloigné de la grand-route qui mène à la ville....Mais dites-moi, qu'alliez-vous donc y faire ? "

- "  Je vais chercher fortune " , répondit Jean.
Le petit homme en noir, du coup, s’intéressa, toisant le Jean de haut en bas, pour bien en prendre la mesure, et se frottant le menton d'un air pensif.
- " Ma foi....j'aurais bien besoin d'une personne chez moi....ça ferait-il ton affaire, de rentrer dans mon personnel ? Mmmm ? "
- "   Ah mais oui Monsieur, pourquoi pas ! " répliqua Jean, content de faire affaire si vite.
- " Bon, reprit le petit homme en noir, et combien, d'après toi, devrais-je te payer ? "
- "   Oh, bin, allez, tenez....cinquante pistole l'an ? " répondit Jean, en se grattant la tête.
- "   ça me va ! "  répondit le petit homme en noir. " Mais, avant de conclure le marché, dis-moi....sais-tu lire ? "
 - "   Bien sûr Monsieur ! "  répondit Jean, tout faraud ! Dame il en était fier, car tout le monde autrefois ne savait pas lire dans nos campagnes ! "  Je sais même écrire, aussi ! "
- "   Hop hop hop arrête-toi là mon garçon ! ", répondit le petit homme en noir, "  Tu ne me conviens plus du tout, et là, vraiment, c'est impossible de faire affaire ensemble. Bonne chance à toi, et bonne route ! "
L'homme se détourna et reprit son chemin. Mais une idée vint à l'esprit de notre Jean-le Chanceux :
- "   Monsieur, Monsieur ! " s'écria-t-il, interpellant derechef le petit homme en noir, "  avec moi, il n'y a pas d'affaire à faire, mais avec mon frère qui s'en vient derrière moi pour la même cause, ce sera sans doute possible, il a toujours fait sa mauvaise tête et n'a point voulu apprendre aux écoles ! "
- "   Ah, bien... ", répondit le petit homme en noir, " nous verrons cela.... "

Jean avança jusqu'à être hors de vue, puis quitta vite le sentier, et hop hop hop, passant par le sous-bois il rebroussa chemin, jusqu'à se retrouver une nouvelle fois devant le petit homme en noir ; en marchant, il avait vite retourné sa veste côté doublure ( dame, c'est économique, quand on n'a qu'un seul habit : ça fait un côté pour la semaine et l'autre pour le dimanche !), et s'avança sur le chemin, vêtu de rouge et non plus de vert. Comme précédemment, il s'effaça pour laisser passer le petit homme en noir, le saluant au passage.

Mais cette fois-ci, le petit homme en noir l'interpella le premier :
- "   Dis donc, ce serait pas toi des fois, le frère du jeune homme que j'ai croisé il y a peu ? Vous vous ressemblez beaucoup ! "
- " Ma foi Monsieur, c'est bien possible " , répondit Jean," nous sommes jumeaux, voyez ! "
- " Bon ", reprit le petit homme en noir, " je suis à la recherche de personnel. Voudrais-tu travailler pour moi ? Et dis-moi...quels gages te donnerai-je ? ""
- " Travailler pour vous ? ", répondit Jean, " ma foi, pourquoi pas ? Heuuuu....pour cinquante pistoles l'an, ça irait-y ? "
- " Oui oui ! Ça me convient ! " rétorqua le petit homme en noir ; " mais avant....dis moi, sais-tu lire ? "
Notre Jean prit un air penaud, en regardant le bout de ses sabots.
- " C'est-à-dire que.....hélas non, Monsieur ! J'aimais mieux aller flâner qu'aller à l'école....ça fait que je n'ai rien appris, hélas ! "
- " Bien bien bien bien bien ! " , répondit le petit homme en noir, en se frottant les mains de satisfaction. " Tu fais mon affaire, je t'engage ! Tu auras tes cinquante pistoles, peut-être même le double SI je suis content de toi, et un jour de congé par an ! Viens-t-en avec moi. "
Aussitôt dit, le petit homme en noir se détourna et, quittant le chemin, s'enfonça dans les grands bois, suivi de Jean bien content. Ils marchèrent ainsi jusqu'au crépuscule, jusqu'à arriver devant un grand manoir perdu au milieu des bois, installé au milieu de hauts murs d'enceinte, sur un amas de rocs naturels qui le relevait plus haut que les arbres. La brume qui montait, la nuit qui tombait et le hululement des chouettes dans les grands arbres n'en faisaient guère un endroit engageant, et tout avait là un air bien sinistre aux yeux du pauvre Jean, fatigué, affamé et bien dépité de ne point aller en ville.....
- " Bin...c'est pas guère engageant, comme coin.... " se dit-il au tréfonds de lui-même, comme ils en passaient l'unique porte épaisse et renforcée de fer.

Bientôt, Jean, installé à l'office devant une table bien garnie, contentait sa faim en écoutant son nouveau maître lui expliquer en quoi allait consister son ouvrage :
- " Tu n'auras qu'à t'occuper de mon cheval, faire un peu de ménage ici et là, et t'assurer que personne n'entre chez moi durant mes absences ; les soins de ma personne, j'y pourvois."
- " Bon " , se dit Jean, " je vais bien gagner pour pas grand ouvrage, je suis bien tombé ! "
Il s'alla coucher, dans la vaste bibliothèque de son maître où une alcôve lui était dévolue.

Le lendemain, à son réveil, Jean trouva le logis vide, et son maître absent ; après avoir nourri sa faim aux cuisines, fort bien garnies en provisions ( et ça mange, un gamin de cet âge-là !), il alla explorer son nouveau domaine. De la cave au grenier, il ne trouva que portes fermées à clef, et personne nulle part, sauf un vieux cheval efflanqué, dans une des stalles de l'écurie. Il s'occupa du cheval, et n'eut rien d'autre à faire....que de revisiter tout le manoir, qui ouvrait sur une cour close de hauts murs, et d'où il ne pouvait sortir, la porte étant fermée à double tour aussi. 

Les jours passèrent. Jean récura tout ce qu'il pouvait, s'occupa du cheval, et s'ennuya fort. Il faisait grise mine, de se voir emprisonné là-dedans, lui qui avait tant rêvé de voir le monde !

Parfois, son maître revenait, inspectait tout de la cave au grenier, allait flatter son vieux cheval maigre, et se montrait fort satisfait. A ces occasions, il ne manquait jamais de donner à Jean, " en plus des gages promis ", une belle pistole d'or, qui allait grossir la poche de notre jeune homme, à sa grande satisfaction.


Mais le temps passait, et Jean s'ennuyait ferme. Vint le jour où, pour se distraire, il jeta un œil aux livres de la bibliothèque, qu'il était chargé d'épousseter, et qui garnissaient quasiment les quatre murs, du sol au plafond. Il en prit un....il ne put le lire ! A son grand désappointement, il était écrit dans une langue qu'il ne connaissait pas ! Il farfouilla, étagère après étagère, il trouva toutes sortes de volumes, des minces, des épais, des petits, des grands, mais aucun qu'il ne pût lire. Il était fort déçu.


Mais, en arrivant tout en haut du plus haut rayonnage, à la toute dernière extrémité de la dernière rangée, juste sous le plafond, Jean trouva un tout petit petit livre, noir, plat, mince, presque un carnet, en fait....il l'ouvrit, et, miracle ! Celui-ci, il le comprenait ! Il se mit à le feuilleter : table des matières...table des matières....voyons : ah !
" Formule pour ouvrir toutes les portes fermées " 
- " Oh oh !", se dit-il, "voilà qui serait bien utile !"
" Formule pour se transformer en animal "
- " Ah, bah ?" se dit-il, "pourquoi pas ?"
" Formule pour changer le plomb en or "
- " Ah, ça, ma foi, c'est pas mal !", se dit-il.
" Formule pour voir au loin tout ce qui s'y passe "
- " Oh, cela pourrait bien me servir !", pensa-t-il ; car il était soudain saisi de la nostalgie de sa famille et de sa maison, qu'il n'avait plus revues depuis des mois, et qui se mirent à lui manquer très fort....
Jean s'empara du petit livre, et lut attentivement la formule à prononcer pour voir au loin. Il l'apprit par cœur, et la répéta, répéta, jusqu'à obtenir le résultat voulu ; et, soudain, il vit devant ses yeux l'intérieur de son ancien logis....sa vieille mère tricotant dans un coin, les larmes coulant sur ses joues, et son vieux père, sombre et silencieux, fixant en silence le feu dans la cheminée.... " ah, je me demande bien ce que devient notre fils ", s'écria-t-elle soudain d'une pauvre voix tremblante.... Son père ne répondit point. Mais Jean le vit furtivement essuyer ses yeux, et battre des paupières....il en eut le cœur bien chagrin.

Puis il pensa à son maître, toujours absent, dont il ne savait rien ; c'était là l'occasion d'en savoir plus à son sujet ! Il fixa sur lui sa pensée, récita de nouveau la formule....et, avec un grand cri, s'évanouit tout net.

Quand il revint à lui, il en frissonnait encore. Car son maître, voyez-vous, son maître....n'était nul autre que le Diable, le Diable lui-même ! Ah, il s'était mis là dans de beaux draps !!!

Chez le Diable, pauvre Jean ! Ah, autant dire qu'il faudra rester sur ses gardes ! Puis, Jean se dit que finalement, l'année allait bientôt finir, il prendrait ses gages et chercherait un autre emploi ! En attendant, autant tirer parti du contenu du petit livre livre noir. Voyons....formule pour ouvrir toutes les portes....ah, voilà ! Et Jean travailla et travailla sa formule, jusqu'à ce qu'aucune porte ne lui résiste. Il visita tout le domaine, de fond en comble et de la cave au grenier. Il trouva des salles pleines de trésors, d'autres remplies de pièces d'or ( et en empocha quelques-unes au passage -  dame, charité bien ordonnée....n'est-ce pas !).

Puis vint le plus difficile : il voulut apprendre à se changer en animal, mais ça, c'était pas du petit lait. Il y travailla tant et tant qu'il en négligea son service, et que le vieux cheval gardé aux écuries en vint à mourir, tandis que peu à peu Jean maîtrisait la formule.

Sur ces entrefaites, son maître vint à rentrer au logis. Il vit que son vieux cheval était mort.

- " bah, il n'était plus tout jeune ", dit-il. "  Nous sommes dans les temps de la grande foire de Maray, j'irais samedi en chercher un plus jeune ".
- " Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, mon maître ", se risqua Jean, "  je souhaiterais pour ma part prendre mon jour de congé, le seul de l'année que j'aie, afin de retourner voir les miens, dont je suis sans nouvelles ".

Le Diable se mit à braire :

- " Ah mais pas question ! ça ne fait point mon affaire ! Qui restera à garder mon logis, si tu t'absentes ?? Non non non, pas question de congé !! Tu vas rester ici, et puis c'est tout ! "

Jean ne fut guère content. Il s'en retourna à son alcôve en ruminant dans son for intérieur.
- " Mouais ! " , se disait-il, " Ah ! tu veux veux point me le donner, mon congé, pis tu veux me garder là prisonnier ! Mais on va bin voir c'qu'on verra ! Aussi vrai que je m'appelle Jean-le-Chanceux ! "

Le lendemain, le Diable était reparti. Aussitôt, Jean fourra dans ses habits, bien serrées dans son mouchoir, toutes ses pistoles d'or, puis à l'aide de la formule, il ouvrit la porte et sortit ; le plus vite qu'il put, il se mit alors sous la forme d'un jeune poulain (et c'était un poulain splendide, je vous en réponds !), et prit le galop vers la ferme de ses parents, qui était bien loin, à tel point qu'il n'y arriva que vers le soir. Il arriva dans la clairière, où il trouva son père en train de fendre ses bûches. Mais, étourderie et précipitation de la joie qu'il avait à le revoir, Jean ne pensa pas à reprendre forme humaine ! Si bien que jugez la stupéfaction du vieillard, quand il vit un magnifique poulain tout fumant se précipiter vers lui en s'exclamant :
- " Père ! Père ! Quelle joie de vous revoir ! "

Le vieil homme en tomba évanoui. Aussitôt, Jean, pestant contre lui-même, reprit sa forme humaine. Entendant crier, sa mère accourut, pour trouver son mari évanoui de tout son long au sol, et son fils tentant de le relever.
- " Ne vous inquiétez pas, mère ", s'écria Jean, "portons-le dedans, ranimons-le, et je vous expliquerais tout. "


Ainsi fut fait ; le vieux bonhomme fut tout étonné, en sortant de son évanouissement, de trouver son fils près de lui. Alors, Jean raconta à ses parents toute son histoire, et leur montra les belles pistoles d'or qu'il avait rapportées de son service. 
- " Vous m'aviez envoyé au Diable, mon père, ce qui n'était guère prudent de votre part, car voyez-vous, j'y suis allé ! ", dit Jean à son père sidéré. Les deux vieux n'étaient guère rassurés, craignant que le Diable ne leur fasse des misères en représailles de ses pistoles subtilisées, et de son domestique enfui, mais Jean les rassura.
-  " Mes chers parents, faites-moi confiance, et notre fortune à tous trois est faite. Voici. Demain, cher père, je me remettrai en cheval, et vous m'irez vendre à la foire. Vendez-moi seulement, et je m'occupe du reste. "
Puis ils soupèrent, et s'allèrent coucher.

Le lendemain matin, au chant du coq, le vieux sabotier se leva, et crut avoir rêvé. Il déjeûna d'une écuelle de potage, et sortit soigner ses trois maigres poulets ; quelle ne fut pas sa surprise de trouver le magnifique poulain, pâturant dans l'ouche de derrière !
- " Avez-vous mangé, père ? ", demanda Jean ; " si vous êtes prêt, partons donc pour la foire ! "
Ils se mirent  en route, une fois effectué les derniers préparatifs ; la foire était loin, et le vieux sabotier tenait le poulain en longe, marchant à côté.
-  " Père, montez donc sur mon dos, voyons, nous irons plus vite ainsi ! ", dit Jean. Aussi, l'un portant l'autre, firent-ils à meilleure allure le long chemin vers le champ de foire. Arrivés là, ils cherchèrent le marché aux chevaux, et firent grande impression : car Jean était aussi beau cheval qu'il était beau gars, et il ne tarda point à y avoir foule autour d'eux ; mais nul ne se pressait d'enchérir, car si belle bête, pour sûr, ne pouvait que valoir bien cher, et tout le monde ne pouvait guère s'offrir un tel cheval !

Finalement, le maquignon le plus réputé et le plus retors du champ de foire s'y risqua.
- " Mmmmm ", dit-il après avoir examiné Jean sous toutes les coutures, " cinquante pistoles ? "
- " Vous voulez rire ", répondit le père de Jean. " Ce n'est pas un vieux tocard cagneux que je viens vendre !! "
- "  Bon ", reprit l'autre après avoir ré-examiné Jean d'un bout à l'autre, " soixante-dix ? "
- " Cent ! "  cria une voix ; le Grand Écuyer du Seigneur local venait faire sa remonte.
L'enchère s'échauffait, et les propositions montaient, montaient, les spectateurs suivant l'enchère avec passion et grande attention. A cent quatre-vingt pistoles, le maquignon abandonna ; le Grand Écuyer tendait déjà la main vers la longe lorsqu'une voix caverneuse s'éleva de derrière le cercle des badauds :
- " Deux cent cinquante. "

Tout le monde s'écarta ; un petit homme en noir s'avança alors vers le cheval. Il faisait tellement impression, ce petit homme en noir, qu'un grand silence tomba, et que le Grand Écuyer lui même, tremblant, recula, et cessa d'enchérir. Une bourse bien pleine changea de mains, après que discrètement Jean ait murmuré à son père d'accepter l'offre, et le petit homme en noir repartit avec le magnifique poulain qu'il venait d'acquérir.

En route, il eut envie d'essayer sa nouvelle monture, car tout de même le chemin était long. Aussitôt dit, le voilà sur le dos de Jean, qui au début marcha d'un bon pas bien égal ; voyant cela, le Diable le mit au trot, et Jean trotta. Enfin, voulant essayer toutes les possibilités de son nouvel achat, le Diable mit Jean au galop, et Jean galopa. Il galopa bien, au début, puis peu à peu, il prit de la vitesse, de la vitesse, et insidieusement, il prit le mors aux dents. Le Diable essaya bien de l'arrêter, mais, ouiche ! Il n'y avait pas moyen ! Et Jean galopait, galopait, à pleine vitesse, sur le chemin...puis, dans une courbe, il fila tout droit en sous-bois, longeant les arbres, slalomant entre eux, jusqu'à ce qu'une bonne branche basse de bonne taille le débarrasse de son cavalier : VLAM ! Voici le Diable à terre, un bel œuf sur le front, et son si bel achat tout neuf perdu dans la nature !!!!

Le Diable se releva en pestant, son mouchoir en tampon sur le front, et reprit la direction de chez lui, un peu moulu. Quant à Jean, pour sa part, il galopa à pleine vitesse jusque chez le Diable, ouvrit les portes qu'il lui fallait ouvrir, remplit de nouveau ses poches de pistoles d'or, se re-transforma en cheval et prit la fuite au grand galop.


Quand le Diable arriva enfin chez lui, il trouva porte ouverte et logis vide. Il ne fut pas long à comprendre alors, qu'il avait été berné, et entra dans une grande colère !!! Usant de la formule pour voir au loin, il chercha Jean, et le vit alors sous sa forme de cheval, galopant toujours plus loin. Aussitôt, le Diable se changea en loup et prit sa chasse. Il eut bientôt rattrapé Jean, qui lestement, devint alors une hirondelle, et les crocs du loup ne se fermèrent que sur le vide, tandis qu'à tire-d'ailes Jean fendait l'azur à toute vitesse. Le Diable alors devint faucon, et chassa l'hirondelle. Il allait bientôt la saisir, mais Jean, plus malin, ayant aperçu la fille du Seigneur en partie de campagne, qui mangeait du raisin sous une treille, devint aussitôt grain de raisin et roula sur la gorge de la jeune fille, jusque dans son décolleté. Le Diable aussitôt se mit en grain de blé, et suivit le même chemin. Mais la jeune fille, incommodée, avait secoué sa robe, et grain de blé comme grain de raisin tombèrent alors à terre. Jean, vif comme l'éclair, se mua en coq immédiatement, et se jetant sur le grain de blé, l'avala sans plus ample informé, avant que le Diable, étourdi de sa chute, n'ait repris ses esprits. Jean alors rentra chez lui, alla chercher ses parents, et les mena jusque chez le Diable, où ils prirent possession de son grand domaine. Après l'avoir un peu nettoyé de toutes ses diableries, ils y vécurent heureux, et Jean, devenu bon parti et fort joli jeune homme, finit par épouser la fille du Seigneur de l'endroit, fort heureux de pouvoir, à loisirs désormais, promener ses doigts dans le doux décolleté de sa belle.....

Le dernier écho de vielle s'éteignit doucement, tandis qu'éclataient les applaudissements. La lumière rallumée donna le signal du départ, mais certains s'attardèrent à causer encore, par petits groupes.....Dehors, le brouillard n'avait point faibli, le froid mordait encore, et nous rentrâmes par les routes campagnardes, au pas, les voix des deux conteurs encore dans les oreilles. Nous avions passé une vraiment belle soirée.


[ Pour info, il existe un autre "Jean-le-Chanceux parmi les contes, celui des frères Grimm, mais celui-là, vous n'aurez aucun mal à le trouver- et la trame en est tout autre.]

samedi 17 novembre 2012

Et si on sortait ? - part. 1



Nous nous sommes fait plaisir hier soir : nous sommes allés assister à un spectacle !!!

Il y a deux jours, une affiche tombe dans ma boîte mail :


Oh oh, me dis-je, ça ne doit pas être mal du tout, ça, on va passer une bonne soirée ! Hop, nous décidons d'y assister, surtout que ça ne se passe pas loin de chez nous, que l'entrée est gratuite pour le public ( les musiciens étant rémunérés par les instances organisatrices du spectacle), et que ça allait me faire l'occasion de voir l'amie qui m'avait fait passer l'affiche !

En passant, j'ai pensé à mon amie Pomme, à qui ce genre de soirée n'aurait pas déplu non plus !!! Pomme, les oreilles t'ont-elles sifflé ?

Les musiciens dont il est question, les frères Bitaud, Laurent et Dominique, étaient un gage de passer du bon temps, avec de la bonne musique "bien d'cheux nous" dans les oreilles, et pas de quoi s'ennuyer. Jugez-en vous même là.

C'est donc un conte musical que nous sommes allés entendre ; " musical " : entendez, qu'il serait joué des pièces du répertoire traditionnel, entre chaque récitatif, en ponctuation des scènes du conte.

Ce conte est tiré des nouvelles d'Alfred Laisnel de La Salle (1801-1874).  De son vrai nom Germain Laisnel de La Salle, il est né au manoir de Cosnay, dans la commune de Lacs, le 1er Germinal de l'an IX (22 mars 1801). Ethnologue français et folkloriste, il a particulièrement étudié les mœurs paysannes et le folklore français. Il rédigea notamment de nombreux travaux sur le Berry. Il est l'auteur de Croyances et légendes du cœur de la France, parus à la fin du 19ème siècle chez l'éditeur Maisonneuve. Ami de George Sand il partagea cette passion avec elle. Il décède le 11 août 1870. (wikipédia)

Ah, mes amis, quelle aventure ! D'abord, nous connaissions peu le village de Lury, où devait se jouer le spectacle ; ensuite, il y avait hier soir un brouillard à couper au couteau, où l'on voyait à peine devant ses roues : à preuve, Monsieur l'Homme, en revenant des courses, dut prêter assistance à un voisin qui, partant prendre son travail à la nuitée, venait de se prendre un sanglier de belle taille !! voiture en piteux état, voisin heureusement indemne, goret projeté dans les taillis : ils ne l'ont pas cherché, trop de risques ! Le voisin ne s'est pas rendu à son travail hier.....

Arrivés à Lury, nous cherchons l'endroit où se joue le spectacle ? Aucune indication, aucun flèchage, et toujours cet épais brouillard....un temps digne du Berry, un soir à croiser les sorcières en Sabbat, et pas même un chat dans les rues mortes. Bon ! soyons logique : en milieu rural, où trouve-t-on les animations locales ? au Foyer Rural, bien sûr ! Chaque village possède le sien....Donc, nous rejoignons ledit Foyer Rural. Où nous retrouvons notre amie. La salle nous semble bien peu pleine....mais enfin, vu le temps.....nous entrons, nous nous asseyons, et, bénie soit-elle ! une connaissance de notre amie vient lui demander si elle vient chanter ? échange de regards interloqués.....heuuu ? comment ça, chanter ?

Nous nous étions trompés de lieu !!! Nous étions tombés en pleine répétition de la chorale municipale !!! Eclat de rire général, et nous repartons dans les rues brouillardeuses, à la recherche de la " Grange de Chambord ", où l'évènement devait se tenir. En retard, bien sûr. Nous suivons les indications données....et aboutissons à un beau bâtiment flambant neuf, brillamment éclairé.....et vide : nous étions de nouveau égarés !! nous étions à la maison de retraite locale !!!! On a la gentillesse de nous indiquer le bon endroit : juste derrière nous, de l'autre côté de la rue !!!!

A peu près morts de rire, nous traversons donc la rue, longeant un grand mur vide, blanc, jusqu'à ce qu'enfin une toute petite porte, avec une affichette format A4 de punaisée dessus, nous dise qu'ici, peut-être ??? Nous entrouvrons la porte, jetons un oeil précautionneux....OUI !!! Nous sommes sauvés, en retard, mais n'interrompons que le présentateur de la soirée ! Nous nous jetons sur les premières chaises venues, et, soulagés, contemplons le lieu : c'est bien une grange, et une belle grange, et là, dans les lumières de la "scène", tandis que dehors la nuit s'installe entre brouillard,  sorciers et bêtes de la nuit, commence l'aventure du conte :

à suivre.......

mercredi 29 août 2012

Animal rescue 2


J'ai des pigeons ; des pigeons que nous avons installés en volière, après les avoir eus en totale liberté durant plusieurs années ; l'ennui, c'est que ces volatiles, habitués à nous, avaient pris l'habitude d'élever leur progéniture sur le dessus de l'armoire de la cuisine, avec toutes les nuisances que vous pouvez imaginer ; d'où, leur installation en volière, le jour où vraiment j'ai perdu patience.

Ils s'y sont bien acclimatés, mais j'ai encore à améliorer du côté des cases, qui semblent en nombre insuffisant. Et, pour je ne sais quelle raison, aucune couvée n'arrive plus à maturité.

J'explique : les couples pondent bien, mais je retrouve souvent les oeufs à terre - pour une raison inexpliquée. Quand les oeufs ne finissent pas au sol, il arrive qu'ils soient couvés. Souvent, les parents délaissent les oeufs avant, disons, le temps moral, et.....rien. Parfois les oeufs éclosent, autre cas de figure, mais jamais plus ils ne mènent l'élevage des jeunes à terme. Un matin, j'arrive et je trouve les petits hors du nid, sur la planche d'envol, agonisants. Depuis le mois d'avril, j'ai donc vu échouer au moins quatre couvées.

Je me suis réjouie lorsque dernièrement, j'ai aperçu deux oeufs bien calés dans un angle d'une case ; j'ai surveillé discrètement la couvaison, me demandant que faire en cas d'abandon ? car retrouver ma couveuse, la régler pour des pigeons et tout le tintouin, ça aurait pris tant de temps que ça aurait échoué, les embryons ayant trop refroidis. Coup de chance : ils ont mené la couvaison à terme, et deux petits sont nés.

Mais ils n'ont pas mené l'élevage à terme, comme d'habitude. Un matin, j'ai retrouvé les deux petits hors du nid, amorphes et presques inanimés, et les parents occupés à autre chose. Cette fois, là colère m'a pris. " Ah, non, pas en perdre ENCORE ! " - et moi qui jamais ne m'étais essayée à l'élevage de jeunes oiseaux, j'ai attrapé les deux jeunes, et j'ai décidé de faire de mon mieux pour les élever.

Le poussin, c'est facile : il vient au monde en tenant déjà sur ses pattes, duveteux, yeux ouverts, capable de picorer dès le lendemain

Le pigeon, c'est autre chose ! Il naît nu (une vraie mocheté !), aveugle, ne sait pas tenir debout, et doit recevoir de ses parents une sorte de bouillie très nutritive qu'ils lui régurgitent et qu'il va chercher dans leur jabot ( beurk ; du vomi de pigeon. ) Il est quasi impossible de sauver un jeune orphelin du jour, tant il a besoin de cette sécrétion pour être protégé par les anticorps parentaux. (bin oui, ça tient lieu de colostrum...)

Par chance, les deux que j'ai récupéré avaient entre sept et dix jours, donc ça devait pouvoir coller. L'un des deux, trop mal en point, sans doute abîmé ( y a-t-il eu bagarre entre les couples ?), est mort le surlendemain... J'ai retroussé mes manches, et fait marcher mes méninges en mode "turbo".

Etape n°1 : réchauffer IMPERATIVEMENT LE PETIT. Sous sa mère, il est à 39°; Il ne saura pas réguler sa température avant plusieurs jours, il faut donc craindre autant l'hypothermie que le coup de chaleur. Je m'empresse d'attraper un grand saladier, dans le fond duquel je glisse une boîte ronde remplie d'eau presque bouillante, que je place au fond du saladier, recouverte d'un torchon plié en trois (la chaleur doit passer sans brûler) ; d'autres torchons entourent les flancs de la boîte, afin que si le petit venait à quitter le centre, il ne tombe pas entre la boîte et le saladier en se brûlant aux parois bouillantes. Puis je le dépose au milieu, sur la plate-forme ainsi créée. Et voilà mon pigeonneau au chaud pour 4 heures au moins : je devrais donc, toutes les 4 heures, renouveler l'eau chaude dans la boîte. Un petit bien réchauffé est actif, éveillé, et piaille. En hypothermie, il est froid et amorphe. En coup de chaleur, il a le bec ouvert, le coeur battant anormalement et il halète (ventilateur, humecter d'eau froide).

Etape n°2 : réhydrater le petit. Une seringue de 5 ml (sans l'aiguille, évidemment) fera l'affaire. Donner 1 ml d'eau miellée pour le réhydratée (la bonne vieille solution de glucose qu'on vous refourgue à l'hosto dans certains cas !). Eau+ miel, donc, 1 ml, puis encore 1 ml un quart d'heure plus tard. A ce stade, mon pigeonneau, réchauffé et tout requinqué, piaillait comme un hystérique en s'agitant dans tous les sens : il avait faim.

Etape n°3 : réalimenter le petit. Voui, mais donner quoi ? sous quelle forme ? quelques recherches plus tard, je savais que les premiers jours au moins, il lui fallait une sorte de "soupe" épaisse mais liquide, nutritive. Bon, réfléchissons : pigeon = granivore, donc, alimentation végétale. MAIS, il faut quand même des protéines......j'ai opté pour le mélange jaune d'oeuf dur + petits pois cuits (vive les conserves !) ; je dispose d'un presse-ail, petit objet bien utile pour presser tout ça en purée ; ça me sort une sorte de petits vermicelles que je râcle au couteau dans un ramequin, puis je dilue en rajoutant de l'eau tiède, 1 ml à la fois, jusqu'à la consistance souhaitée. j'aspire ça à la seringue, et hop ! on ouvre le bec (en pressant délicatement les commissures), et on envoie ça dans le jabot, 2 à 3 ml à chaque repas, toutes les 3 ou 4 heures. (vaut mieux 4 que 3, vaut mieux une bête un peu affamée que trop gavée). Le jabot doit former une petite boule molle. Jabot dur = indigestion = pigeonneau crevé. Il n'est pas interdit d'ajouter à cette soupe des vitamines pour oiseaux, au contraire. La bestiole est en pleine croissance, et doit sortir un plumage complet ! Vous allez mal dormir les premiers jours....car c'est même en pleine nuit, la becquée !

Trois ou quatre jours plus tard, on peut épaissir la "soupe" en "purée", et la donner en petites boulettes molles, sur le manche d'une cuiller en plastique, toutes les 4 heures, voire 5. Comme les bébés, il commence à "faire ses nuits", si vous donnez (très !) tard la dernière becquée et (bien !) tôt la première du lendemain. On peut alors passer à la pâtée déshydratée du commerce, qui a l'avantage de contenir tous les nutriments nécessaires, vitamines incluses ; c'est peu cher (moins de 5 €), il faudra bien 2 paquets pour élever le petit. En donner à chaque repas la valeur d'une cuiller à café, délayée à l'eau chaude (mais la donner tiède !) ; on peut commencer à le faire boire, en lui donnant, à la seringue au début, 1 ou 2 ml d'eau fraîche en fin de repas. Assez vite ( un jour ou deux), on pourra lui présenter de l'eau dans un ramequin, il apprendra à boire seul ! A ce stade, lui laisser alors de l'eau fraîche à disposition à volonté.

Mon rescapé avait les yeux tout juste ouverts quand je l'ai récupéré, et assez vite, j'ai délaissé la soupe en seringue pour la purée à la "cuiller" :




Ce n'est pas évident de nourrir une bestiole aussi agitée ! Un petit qui a faim ouvre le bec, piaille et bat des ailes ; repu, il se tait, se couche et s'endort. Il ne fera que dormir durant la première semaine, et a besoin de calme et de chaleur.


Après avoir été nounou-à-hérissons, me voici donc nounou-à-zoziau. :D


J'ai la fierté de ne pas m'en être trop mal tirée, et bien qu'il soit en retard de quelques jours pour faire sa plume, mon orphelin s'en tire pas mal ; vient le jour où il ne veut plus se laisser gaver, et commence à manger tout seul sa "purée" dans sa gamelle ! A ce stade, il a sorti une bonne partie de sa plume, tient bien debout, fait quelques pas. On peut, tout doucement, commencer à introduire de petites graines dans l'alimentation. Ne pas oublier l'eau, à disposition.



Le voici il y a deux jours : de mieux en mieux emplumé, il marche bien, et volera sans doute d'ici une semaine (les rémiges sont en train de sortir, pour l'instant il n'a pas encore assez de voilure pour soutenir son vol, mais il s'essaie déjà quand même !). Il sait boire seul, il a délaissé sa pâtée au profit des graines. A ce stade, comme il se déplace de plus en plus facilement, il a quitté son saladier pour arriver en cage. A 35 jours, il sera "sevré", et sera un jeune pigeon.....survivant ! - et sauvé. :D



Pour ma part, j'ai adoré le jour où il s'est essayé à manger seul et à passer aux graines, car enfin, il ne se cochonne plus partout, et je n'ai plus cette pâtée gluante plein les doigts quand je le nourris ! car oui, c'est "petit goret" pendant les premiers temps. :D

J'ai ainsi appris que je pouvais quelque chose pour un oiseau granivore orphelin, et je crois qu'à l'avenir mon cheptel aviaire ne connaîtra plus les désastres des années passées. OUF !!!


dimanche 26 août 2012

Animal rescue 1


J'ai eu un été bien occupé !

J'ai reçu un jour un coup de fil d'une de mes copines :
- << Allô, Anne ? c'est Anne ! dis, c'est toujours d'accord pour que je te mette des hérissons sauvés en réintroduction chez toi ? >>

Ma copine Anne, munie de documents officiels en bonne et due forme l'autorisant à la détention d'animaux sauvages protégés à des fins de sauvegarde et de réintroduction en milieu naturel, fait partie d'une association récupérant les hérissons blessés, orphelins, malades, qu'elle élève, soigne, nourrit, et relâche.

Vous me connaissez ? bien sûr que je dis oui !!!

Et voilà donc la copine qui débarque, avec parc mobile, habitations, abreuvoir, nourrisseur, et 4 hérissons à réhabituer (ou à habituer !) à vivre seuls en pleine nature. Nous installons tout ça dans le pré du bas, à l'ombre, et dûment lestée de croquettes pour chatons à distribuer chaque soir, me voici nounou d'oursins à pattes.

D'abord, nous pesons les bêtes avant de les mettre dans le parc ; il est important d'en connaître la masse, car les bêtes, stressées par le changement de territoire, vont perdre forcément un peu de poids dans les jours suivants ; nous les pèserons tous les deux jours, car elles ne doivent pas perdre plus de 100 g, elles tomberaient malades. Une marque de couleur permettra de les reconnaître si d'aventure, plus tard, j'avais l'occasion de les recroiser (ou de les retrouver aplatis sur la route....hélas.)

Le hérisson est un animal exclusivement nocturne, qui reste au nid le jour. Il vadrouille la nuit en quête de nourriture ou d'un(e) semblable, et revient à son nid avant le lever du jour. Ses déplacements sont assez bruyants, à cause de ses épines, et il "cause" beaucoup, grognonnant lorsqu'il mange.


Le hérisson ne peut pas se gratter le dos, c'est pourquoi la vermine lui grouille souvent dessus ; il s'en accommode, sauf lorsqu'il est malade : là, ça contribue souvent à l'affaiblir encore davantage, c'est pourquoi les hérissons blessés récupérés sont dépucés. Il ne peut pas se gratter : c'est aussi pourquoi il est nocturne. Car les mouches ne volent pas la nuit, et c'est heureux ! un hérisson dérangé, par contre, risque de se trouver en vadrouille, et court un danger mortel. Les mouches, en effet, viennent pondre entre ses piquants....et la pauvre bête est alors dévorée vive par les asticots.

Si d'aventure vous croisez un hérisson actif en plein jour, c'est un animal dont on vient de déranger le nid ! hâtez-vous d'attraper un torchon (ça pique...), et de mettre l'animal à l'ombre, sous des herbes, des feuilles sèches, du foin, de la paille....sous un buisson, qu'il retourne à l'obscurité et à l'abri des mouches au plus vite ! Et dites-vous que des petits sont peut-être en danger de mort, si c'est une femelle qui se balade.....


Les hérissons que j'ai eu en nourrice sortaient donc la nuit, pour explorer leur nouveau territoire, au début matérialisé par le grillage. C'est clair qu'ils ont bien pique-niqué sur les lieux ; tous les soirs, je leur remplissait leurs gamelles de croquettes pour chatons, et j'enlevais la gamelle au matin, afin qu'ils ne soient pas incités à sortir dans le jour. Il faut que les animaux soient menés autant que possible au plus près de leurs conditions de vie sauvages, car ils sont destinés à quitter la proximité humaine pour retourner à la nature ; nous ne sommes que des sauveteurs bienveillants, pas des dieux dont ils doivent désormais dépendre.

Au bout de quelques jours, quand, après le stress du changement d'habitat, ils ont perdu, puis retrouvé, voire dépassé, leur poids initial à la mise en parc, nous enlevons le parc, tout en laissant les nids et les mangeoires et abreuvoirs ; ils sortent ainsi vadrouiller et chasser chaque nuit, revenant au nid chaque matin....jusqu'au jour où assez hardis, ils ne reviennent plus ; ils sont repartis à leur vie. La copine récupère alors tout son matériel, qui servira aux suivants qui, soignés, ou devenus assez grands, avec le bon poids, retourneront à leur tour à la vraie vie des hérissons : une liberté totale, loin des humains.

Sur cette "tournée"-là, seuls 3 des bêtes sont retournées à la vie sauvage ; il a fallu récupérer l'un d'entre-eux, probablement trop habitué à l'humain, qui devenait anorexique en parc, et risque, hélas, de ne plus pouvoir vivre qu'en cage : l'humain l'aura trop imprégné....cet animal, confié à l'association avant l'été, a sans doute été capturé il y a quelques mois et aura amusé des gamins et une famille ignorante....jusqu'au départ en vacance, ou on s'est enfin "préoccupé de son avenir" (sic. no comment.).

A savoir :

- Le hérisson se nourrit d'insectes, tels que sauterelles,criquets, hannetons, petites limaces, escargots, araignées, et parfois de petits oeufs tombés des nids ou de petites baies bien mûres. Le hérisson mangeur de couleuvres ou de vipère est un peu un mythe : ils ne se croisent que bien rarement, les uns étant diurnes et l'autre nocturne.----> de grâce, épargnez-lui les anti-limaces dans vos jardins, qui le réduisent à la famine !!!!

- Ne laissez rien traîner : les boîtes de conserves vides, filets de protections, fosses, piscines, bassins, deviennent pour lui des pièges mortels ; il ne peut s'en dégager seul....

- Son espérance de vie était de 10 ans ; de nos jours, avec notre façon de vivre, un hérisson atteint rarement 2 ans. Quel gâchis !

- A la fin de l'été, il doit peser au moins 600g pour pouvoir survivre à l'hiver.

Ce que vous pouvez faire pour lui :

- Avant de mettre le feu à un tas de broussailles ou de bois, regardez si personne n'habite dedans - surtout si les tas en question est resté longtemps entreposé. (combien périssent brûlés vifs chaque année !)

- Avant de tailler les haies, de passer le coupe-bordure, assurez-vous qu'aucun hérisson n'y a fait de nid...

- Soyez attentifs à ce que fait votre chien quand vous êtes en vadrouille, il peut sentir un nid et croquer ce qu'il y a dedans....

- Pesticides et anti-limaces sont des produits mortels ; bannissez les Métaldéhydes.

- Accrochez, au bord de vos bassins et piscines enterrées, une longueur de grillage fin plastifié, pas trop large, bien fixée au bord, après quoi il pourra s'accrocher et sortir, au lieu de mourir d'épuisement et de noyade parce que les bords sont trop hauts.....

- NE DONNEZ JAMAIS DE PAIN NI DE LAIT !!!! Vous le tueriez de diarrhées. Éventuellement, un bol d'eau fraîche et un peu de croquettes chats ou chatons seront tout à fait satisfaisantes.

- Vous pouvez laisser pour eux, dans un coin du jardin, une caisse renversée sur le côté bourrée de paille, foin, feuilles mortes bien sèches, devant laquelle vous disposerez de vielles bûches en laissant un passage d'une dizaine de cm pour entrer - orientez l'ouverture au sud-est.

- en ville, surveillez vos grillages, il arrive qu'ils s'y coincent et y meurent....

Et vous trouverez encore pleins d'infos sur le site du hameau des hérissons !!!


mercredi 4 juillet 2012

Au fil des mois (remix)


Ce qu'il y a de bien, dans une critique constructive, c'est qu'elle sait vous montrer les faiblesses de ce que vous venez de faire, sans vous jeter à bas. Merci à mes amis de m'avoir montré que ce qui se suffit à lui même se passe volontiers de bavardage superfétatoire.

Voici donc une version retravaillée que j'espère moins désolante. :)



Vous savez au moins, maintenant, pourquoi je suis si occupée ces derniers temps ! Il y a tant à faire, au cours d'une saison.

jeudi 31 mai 2012

Anne apprivoise des fleurs sauvages.


Il pousse, à l'état sauvage, dans mes prés, cette plante-là, assez haute, à petites fleurs jaunes, que j'avais identifiée comme une sorte de muflier sauvage, mais qui est en fait de la LINAIRE COMMUNE (http://fr.wikipedia.org/wiki/Linaire_commune) . Ce sont les bourdons qui pollinisent cette plante : ils sont les seuls à être assez lourds pour pouvoir ouvrir les corolles des fleurs !


Elle se plaît en plaine, dans les prés, sur les talus, au bord des chemins, sur les sols sableux ou sableux/limoneux, secs et un peu caillouteux, bien drainés. Elle aime une exposition ensoleillée et abritée.

Le bas des vieux murs lui plaît particulièrement. Elle graine, ce qui aide à sa dispersion, mais elle est vivace, et se reproduit aussi par rhizomes. Au naturel, elle pousse isolée, un pied par-ci, un pied par-là, car les autres plantes lui font concurrence, et passe alors facilement inaperçue. Ma grande réussite est d'en avoir obtenu un massif, en fait, en soignant son implantation et en lui donnant des aises.

Aussi, comme j'ai vu qu'il en poussait deux ou trois pieds sous ma fenêtre, en désherbant l'an dernier, j'avais laissé ces plantes en place, désherbant soigneusement tout autour. La plante, qui avait ainsi de la place, s'est développée autant que l'espace le lui permettait, et a colonisé une belle parcelle.

Cette année au printemps, j'ai vu sortir une touffe dense de beaux feuillages doux aux mains, joliment décoratifs, qui ont crûs jusqu'à pousser leurs hampes florales.

La floraison, échelonnée, réjouit l'oeil. Il y en aura une seconde à la fin de l'été. Puis, je couperai ras les tiges ayant fleuri, jusqu'au printemps prochain, où j'espère voir les plantes ressortir !

L'avantage, c'est l'entretien : zéro arrosages, juste un éventuel désherbage de temps en temps. La plante est acclimatée au lieu, au sol et au climat, aucun soucis à se faire ! Et elle peut même se mettre en pot, qu'on laisse dehors. Choisir le récipient assez spacieux ( pour que le rhizome s'étale peu à peu), et haut d'au moins 20 cm.

Voilà un apprivoisement réussi !

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En passant, une petite info : le 15 avril dernier, ce blog a soufflé ses trois bougies, eh oui, et c'est aujourd'hui le 200ème billet que je poste ! :)

lundi 27 février 2012

jardin d'hiver


L'hiver s'est déroulé sans bruit sur les Ocreries, alternant ses grands silences et ses échos poignants. Dans l'air froid de décembre, j'ai eu des matins bleus...

....et de courts crépuscules de brume d'où émergeait à peine, semblant sortie d'un songe, ma maison et sa petite lumière, comme un fanal, comme une invitation au réconfort après les journées froides.

En janvier, mes narcisses pointaient déjà leur nez, et je m'inquiétais de les voir si pressées. Je redoutais Février, ses longs gels et ses froidures sauvages. J'avais raison de craindre ! Brûlées par le gel, leur hampe tristement jaunie, leurs feuilles avachies et fanées, elles essaient tristement de survivre dans le parterre désolé laminé par les longs jours de gel et les pluies ; pauvres narcisses, qui promettaient tellement....

Les robustes perce-neige, eux, fleuris cette année dès la mi-janvier, ont résisté et perdurent, glorieux, insouciants des frimas. Ils fleuriront encore quelque jours et feront souche pour l'an prochain, vaillants, se riant de février et de ses mauvais tours.

Les ancolies avaient sorti dès janvier leurs jolies rosettes encore froissées, alors même que je ne les avais pas encore nettoyées de leurs anciennes tiges fanées. Hélas ! le gel est passé là.....le résultat fait peine à voir, pourtant l'espoir subsiste : en m'y penchant hier, j'ai aperçu, encore timides, de nouvelles feuilles qui pointaient... Allons ! les ancolies refleuriront ! D'autres promesses sont à venir : les lys blancs ont tenu, et les centaines de petits buis implantés cet hiver ont bien pris.

Le jardin tout entier semble mort et éteint ; désolé, il est nu, et seuls quelques navets encore en place en rappellent la splendeur. Il est temps de le réveiller tout doucement.

Février débuta violemment, dans la neige et la glace ; il n'y peut rien, c'est sa nature. Mes primevères avaient fleuri, le froid a tué leurs premières fleurs, qu'importe, elles recommencent. Février bientôt s'en ira, et avec lui les longs soirs hivernaux, le silence morne à peine ponctué du cri des corbeaux noirs, et la glace au matin sur l'abreuvoir des bêtes, coupante et froide.

L'été dernier, j'ai bâti ce petit muret ; j'ai peiné à creuser les fondations, gâcher du mortier, étendre des cailloux, monter des briques et des parpaings....Nous y avons scellé des grilles de récupération, un entourage de pierre tombale du dix-neuvième siècle, acheté des années auparavant à des gens qui venaient de racheter une ancienne concession en déshérence. Autour de quel sommeil veillèrent-elles, ces grilles ? désormais, elles délimitent sans enclore, et porteront bientôt, repeintes, les grappes de roses que donneront quelques rosiers anciens que j'aurai plaisir à planter, quand j'aurai terminé les travaux : il reste à gratter et peindre les grilles, crépir le muret, reboucher les tranchées, et ces choses-là ne se font pas l'hiver.

Hier, comme le temps était beau, j'ai planté les oignons dans le carré-de-milieu que j'avais bêché ces jours derniers, une fois le gel passé ; j'ai si hâte de le voir reverdir, ce jardin ! Je travaillais, penchée, quand soudant un souffle régulier, presque un sifflement, vint frapper mes oreilles. Je relevai les yeux juste à temps pour voir passer, en formation, trois grands cygnes élancés brillants sur l'azur pur du ciel. Les grues déjà passent depuis quelques jours, leurs cris déchirant nuit et jour la dormance de l'hiver. On tient le bon bout.

Aussi, hier soir, ai-je commencé mes premiers semis de tomates, en caissette, à l'intérieur. Pour les melons, je vais attendre encore - au moins avril. Au programme : préparer le terrain des petits pois, effectuer leur semis, préparer le terrain des cornichons, effectuer leur semis, et terminer tomates, poivrons et basilic, en caissette, à l'intérieur.

Bon ! Voilà qui m'a l'air bien parti, non ?


dimanche 19 février 2012

Florilège hivernal

Les Grands Froids

On est bien content d'en être sortis, depuis déjà quelques jours ; mais, durant près de 3 semaines, on a enduré ça :

Ça n'a pas eu l'air de déranger la cavalerie, qui possède un manteau de poils bien épais ; stoïques, tout ce petit monde a continué de chercher pitance s'en trop s'en faire - mes ronciers sont bien taillés !

Jéricho trouve toujours à bouffer, quoi qu'il arrive.

Le grand Pépito est d'une rusticité à toute épreuve, " lui " ! :)

Pour ma part, je ne sortais guère que pour aller remplir mon panier de bois....et bourrer mes poêles ! Je me suis quand même offert quelques belles promenades.

En prime : tuyauteries gelées dans la salle de bain, neige mise à fondre le matin sur le fourneau pour pouvoir se laver, 3 robinets de pétés à changer et décongélation des tuyauteries au chalumeau ! -16° en Berry, sur autant de temps, ça ne se voit pas tous les jours !

En fait, étant donné la vétusté de ma maison et son état de délabrement, j'ai pu constater que mes fourneaux ne sont efficaces que jusqu'à -5° dehors ; dès que ça descend plus, on a du -1/-3°dans la salle de bains, et 10° ailleurs. Pourtant, on les a bourrés, les poêles !! mais bah ! que faire dans une baraque ouverte à tous les vents ? Oh, certes, nous ne craignons jamais l'asphyxie au monoxyde de carbone, nous, c'est clair ; j'aimerais pourtant réussir à ne plus me cailler autant, à l'avenir. :D

En attendant, bye bye les Grands Froids, jusqu'à l'année prochaine !! cet après-midi, un vol de grues a survolé la ferme....le beau temps s'en vient à petits pas !