dimanche 19 juillet 2015

Québec jours 10 - 11 - 12 - 13.


Hello ! ça fait un bail, hein ? 

Je suis devenue si occupée. Et puis, ça devenait un fardeau, aussi. 

Mais ce voyage, que j'ai commencé à vous raconter il y a deux ans et demi, il faut bien que je vous le termine, ça ne peut pas durer comme ça.

Comme si moi, je n'avais pas eu envie de le voir finir...comme s'il m'avait fallu arrêter le temps.

Depuis, il s'est passé bien des choses. J'ai vécu. Vous aussi.

Il est temps de débloquer la pendule, et de laisser les aiguilles tourner, de nouveau.

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Au matin, dans le camp de Delphis, la grosse surprise et la grosse rencontre, ça a été ça :


Monsieur Porc-Epic se dandinait bien tranquillement, très occupé à ravager les arbres de Delphis. J'ai poussé une couinée hystérique qui a fait rigoler tout le monde - moi aussi, après : je pensais qu'il fallait agir vite-vite, mais j'ignorais, moi, ce que tout le monde savait : un porc-épic, ça fait du...2 à l'heure. Y avait pas le feu, hein....

Delphis s'est occupé du bestiau, afin qu'il ne nuise plus à ses arbres, puis nous avons déjeûné, et nous nous sommes apprêtés à quitter le camp, direction : chez Roger, Roger, Kathleen et moi, pour un petit temps de repos au milieu de nulle-part. Delphis et Sylvie nous accompagnent.

En route ! Les bagages sur la traîne, et moi...sur les raquettes !!!



Nous avons rejoint les voitures, nous avons roulé un bout de temps, et nous sommes arrivés, au milieu de nulle part, dans la belle maison rouge de Roger, avec armes et bagages.


Là, nous attendait une surprise de taille : la pompe à eau avait gelé, et y avait plus d'eau. Laver la vaisselle à l'eau en bouteille, faire sa toilette aux lingettes-de-touriste et "tirer" la chasse d'eau avec l'eau sale de la vaisselle chaque soir, check.

Pétée de rire. L'Aventure, c'est CA, mes gens.

Et Roger passa les deux jours suivants à retirer, démonter, réparer et remonter la pompe à eau, heureusement pas tout seul, pendant que je prenais de la nature plein les yeux :

Par exemple, les petits Bruants des Neiges, toujours en train de remuer,
ou le Pic Chevelu, que je voyais pour la première fois, et qui n'existe pas en Europe.

Le matin dès 6 h 30, la déneigeuse passait sur le rang dans un potin du diable, comme un énorme alien d'acier. Une Puissance Mécanique comme je n'en connaissais pas.


On a passé pas mal de bon temps, Roger, Kathleen et moi, ces trois jours-là ; j'ai rencontré leur ami Jacques, venu aider pour la pompe, quelqu'un de gentil et très agréable. On a pas mal bavardé, pas mal rigolé, et pas mal galéré vu que l'eau manquait. Je me suis fait des souvenirs inoubliables, eux aussi j'espère.

Puis il a fallu m'en retourner sur Montréal, la fin du voyage approchait. J'ai pris le gros bus aux sièges glissants de la compagnie Orléans, en trouvant ça marrant - et en oubliant chez Roger le gilet de mon père, que Kathleen me fit repasser par le bus du lendemain. Le gilet de mon père...tout un symbole, une protection virtuelle depuis l'au-delà, il faut croire que j'ai dû grandir pendant le voyage, pour l'oublier comme ça....J'ai été très heureuse de le retrouver, ce bon vieux gilet. Il tombe en ruine, mais je le porte encore.

Le gros totobus.

C'est parti pour la traversée du Québec ! Une journée pour aller jusqu'à Montréal !!! Et tout au long du voyage, l'Hiver à perte de vue, le Grand Hiver Québécois, le Grand Royaume Blanc du silence, défilant derrière la vitre.








mardi 26 mars 2013

Québec jour 9


Bon, reprenons ! Parce que depuis un mois, je vous laisse en plan au camp-à-Delphis, va falloir quand même en sortir ! En fait, le temps a filé trop vite, depuis un mois. J'ai eu de la visite, je me suis occupée de ma mère qui est âgée, et de nouvelles petites biquettes sont arrivées aux Ocreries, qui réclament beaucoup de soins. Parce que, ce sont encore des bébés - je vous raconterai ça plus tard.

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Je l'ai bien aimé, le camp-à-Delphis. Sans électricité ni eau courante, "à la dure", mais tellement chaleureux et convivial. Un bon endroit pour être son propre compagnon, et vivre au milieu du monde sans être trop parasité par toutes nos prothèses de "civilisés"....

On ne gaspille pas l'eau potable à laver la vaisselle : on fait fondre de la neige ! ça met un moment, et il en faut pas mal pour remplir le chaudron.....

La méthode Delphis Bélanger pour allumer le poêle : je la retiens, parce que franchement, les allume-feu à la manque qu'on trouve ici dans le commerce, à vrai dire, c'est pas ça.....

Un petit - 23°C le matin à 8 heures, franchement, y f'sait pas si froid que ça, en fait...
(petit sourire en coin)

Delphis s'est installé une jolie petite mezzanine sous le toit, qui ne manque pas de charme.

Nous sommes allés faire un petit tour en raquettes, jusqu'à la cabane à sucre de Delphis. J'ai adoré ça, mais j'ai eu gros de remords d'avoir eu envie de prolonger un peu la sortie : le pauvre Delphis a souffert comme tout de ses articulations, et si j'avais su comprendre ça, nous serions rentrés plus tôt.....Pauvre Delphis, je suis désolée....J'espère que ça va mieux !!!

C'est parti pour une balade en raquettes ! Pas évident au tout début, mais on comprend vite le principe, et après, quel plaisir !

La cabane à sucre de Delphis

Moderne, s'il-vous-plaît ! pas de raisons de se compliquer la vie quand on peut se la faciliter, ou alors c'est être stupide ! La sève coule toute seule dans les tubulures auxquelles on a donné la pente nécessaire, et arrive directement à l'évaporateur. C'est là qu'on comprend, par contre, combien les écureuils peuvent être nuisibles....Tubulures à remplacer = dépenses !!!

De retour à la cabane, Delphis nous prépare de la tire sur la neige ; je n'avais jamais goûté cela, et pour cause ! Ah la vache....je n'aurais jamais imaginé piège plus perfide !!! Ce truc-là, c'est bon. C'est plus que bon ! On y revient, on y revient....jusqu'au moment où la vésicule biliaire demande grâce, saturée de sucre. On est au bord de l'écoeurement, on sent monter la nausée.....mais on y retourne ! pire qu'une drogue !!!! Lorsque j'ai fini par jeter l'éponge, j'ai bien cru que je ne pourrais plus jamais manger quoi que ce soit de sucré.....Jusqu'au lendemain matin. Mais là, la sale surprise : la bassine était vide !!! Un voleur à plume ou à poil était passé durant la nuit !!!!!

Delphis avait apporté sa dernière boîte de sirop d'érable pour nous faire de la tire sur la neige. Miam !!!!

Repas du soir, délectable : saumon "à la Delphis", riz, champignons sauvages et pousses de fougères (auxquelles je n'avais jamais goûté) ; je n'ai pas aimé, finalement, mais je suis heureuse d'en connaître enfin le goût quand même !

Belles soirées et beaux souvenirs.....

Et Roger Hood complètement en forme !!!!!


C'était vraiment super-chouette, ce week-end au camp. Le jour suivant verra notre débandade, après un repas en commun chez Kathleen et Roger, avant qu'une sacrée surprise ne nous tombe dessus de manière inopinée.....!!!!!

(A suivre)



jeudi 7 mars 2013

Une vie



Robert Doisneau

Elle danse dans le soleil sur le chemin, un petit panier à son bras. Dedans, une pomme, du pain, du fromage, dansent à son rythme. Elle va à l'école, pour apprendre. Elle aime ça, apprendre, et plus tard elle aussi, elle sera maîtresse d'école. Alors, on lui dira «  Madame », et on l'estimera, parce qu'elle sera instruite.

Elle rêve, sur le chemin de calcaire blanc éblouissant et sec du soleil déjà fort d'avril. Elle a huit ans, dix ans, douze ans, et elle rêve. Sa vie, elle la dessine au-dedans d'elle, et ça lui donne des ailes. Comme elle sera intéressante, sa vie de maîtresse d'école, comme elle aura de la chance ! Elle ira danser à la Mairie le soir de la distribution des prix, elle aura de jolies toilettes, elle ira au chef-lieu tous les ans pour présenter ses « grands » au Certificat !

Elle rêve, et sa vie se déroule comme un ruban chez la mercière, une vie de satin ondoyante. Bien sûr, « on » la demandera, et elle se mariera, dans une belle robe blanche. Elle aura des enfants, des enfants jolis et polis, pas des galopins railleurs comme ceux des fermes du hameau, non, des enfants « de ville », c'est ça qu'elle aura. Et elle danse son rêve, sur son chemin d'écolière. Elle a l'âge des grandes espérances.

Seulement, il y a la vie. La vie, c'est pas comme dans les rêves. La vie vous envoie traire les vaches quand on voudrait lire encore un chapitre, la vie vous fait frotter le carreau, rincer les torchons....La vie, qu'est-ce que c'est agaçant !!

Elle a quatorze ans, et c'est la guerre. C'est aussi l'âge du Cours Supérieur, celui qui prépare au Brevet, et après le Brevet, on peut entrer à l'Ecole Normale. Elle rêve encore...Mais quatorze ans, c'est aussi la fin de l'obligation scolaire. Il va falloir qu'elle « gagne », a dit le père. C'est la guerre, et ses sœurs ont des petits qu'il va falloir nourrir....Ses sœurs aussi, au même âge, ont dû « gagner », alors, il va falloir fermer ses livres. Elle a le cœur bien gros...mais il n'y a rien à dire, quand le père a parlé. Même la Maîtresse, même le Maire, n'ont pas pu le convaincre !

Elle regarde son rêve qui s'éloigne sans elle sur le chemin de soleil où elle dansait naguère. On ne l'appellera pas « Madame ». Elle ne sera qu'un prénom : «  Marie, avez-vous fait les vitres ? », «  Marie, as-tu « donné » aux poules ? ». Son avenir lui fait peur, il n'y a pas d'issue. Elle frottera, ce sera son destin. Son rêve s'étiole aux jours de grande lessive, son rêve se meurt au quotidien. Elle ne danse plus que du balai et du torchon.

Les années passent, et son rêve n'est plus que le soupir qu'elle pousse quand elle repense à son enfance. Ses enfants se moquent d'elles, eux qui ont pu apprendre. Elle est restée godiche, comme la gamine qui rêvait tellement à sa gloire qu'elle n'a pas pensé à se garder de la vie qui la guettait au passage....la sale vie, si différente de celle qu'elle aurait dû avoir, de sa « vraie » vie....

Elle rêve dans les romans de trois sous, elle rêve la vie des autres : elle ne peut plus rêver la sienne. Pourtant, quelque part au fond d'elle est encore une enfant qui dansa jadis, sur un chemin blanc de craie écrasé de soleil, la joie de croire que la vie était pleine de promesses, une Aventure à vivre.

Qu'elle est lointaine, cette enfant ! Il semble qu'elle vienne d'un ancien Monde, d'un Temps si passé, qu'il n'est que de la légende....Et elle sourit parfois, pour elle seule, avec tendresse, à cette petite fille naïve qui espérait, et qui avait la Foi. Ah, si on lui avait permis.....

Mais on ne lui a pas permis, et elle non plus, elle ne s'est pas permis. On n'affronte pas la parole du Père. Alors, comme on ne sait plus rêver, on devient Femme de Devoir, plus ou moins résignée, et on jalouse celles qui se donnent licence de suivre leur chemin : dévergondées ! Mais, en secret, parfois, elle se dit qu'elle a été bien bête, bien peureuse, qu'elle aurait dû....faire quelque chose, tandis qu'il était temps ! Après tout, elle aurait pu la réussir, sa vie !

Seulement, jamais elle n'a osé, puis un jour il était trop tard. Et sous la défroque de la Femme de Devoir, danse, toute petite et oubliée, une écolière en tablier à carreaux qui a eu, un jour, des rêves.

Qu'elle danse, cette petite fille-là, qu'elle danse encore longtemps dans le soleil du printemps !! Elle ne sait pas qu'elle est la seule consolation, et sans doute la seule vérité, d'une très vieille dame rabotée par la vie, et qui n'a jamais su trouver la serrure de sa cage.

Anne, 7 mars 2013.



mardi 5 mars 2013

Québec fin du jour 8, ou un truc dans ce goût-là.


Nous sommes donc parties, Kathleen, Sylvie et moi, rejoindre Delphis et Roger au camp - les garçons étaient partis en avant ouvrir le chalet et allumer les feux.

Nous avons profité d'un dépanneur pour faire les dernières courses, et redonner à boire à notre fougueux coursier ; ce qui me fait plaisir, ici, c'est qu'il y a encore des cabines téléphoniques partout, et que même si tout le monde a son cellulaire, les cabines, elles "tournent" encore. Faut dire qu'au tarif des opérateurs, finalement, les cabines, c'est bien ! Alors, suivant les coins, le maillage se partage entre les compagnies : ici, c'est Telus, ailleurs, c'est Bell, mais j'ai quand même vu plus de Telus que de Bell, et pour moi, ces cabines téléphoniques devant les dépanneurs, c'est le Québec.


Les cabines Telus, c'est le Québec, mais les restaurants Dixie Lee, ça, c'est l'Amérique, et même mieux, c'est le Canada ! Avant que Mac Do' vienne importer ses hamburgers chez nous, ça symbolisait une certaine Amérique populaire, mais, plus que Mac Do, je crois que les restaurants de poulet frits sont encore plus américains. Du poulet frit, j'avais bien déjà essayé d'en faire, chez moi, pour voir un peu de quoi ça avait l'air...pis j'ai bien manqué foutre le feu à ma cuisine, avec mes âneries, pis j'ai jamais réussi à sortir quoi que ce soit de mangeable. J'en parle aux filles, et ça ne tombera pas dans l'oreille d'une sourde, puisque j'en mangerai, finalement, du poulet frit, chez Kathleen, et que ça, pour moi, ce sera vraiment " être en Amérique ". C'est gras, c'est de la "malbouffe", mais punaise, c'est vachement bon. Na.


En allant au camp-à-Delphis, (qui se trouve tout de même à une centaine de bornes de chez Elizabeth !) nous longerons de coquettes petites fermes, avec leurs bâtiments si caractéristiques. Comme tout est pimpant ici !! Nous longerons aussi  le Lac Matapédia, immense plan d'eau gelé, où il doit faire bon canoter, l'été.


Nous voici arrivées ! Enfin, presque.... il reste encore un bon kilomètre à parcourir, en raquettes, à pieds, à skis ou en motoneige, selon la saison. Les autos restent en bas, l'hiver, car ce n'est pas praticable. Ma foi, au vu du panneau d'entrée du chemin, bien criblé de plombs, j'ai eu une pensée émue pour les "ouesternes" de mon enfance : fichtre ! qu'on se le dise, le chemin est privé, étranger !
                                                        


Les filles ont essayé de prévenir les gars via leurs cellulaires, mais ils devaient être occupés, et personne ne nous répondait. Du coup, on s'est élancées dans le chemin, un kilomètre, c'est pas la mort quand même, mais on a vite compris que sans raquettes, c'était même pas la peine d'y penser. A chaque pas il fallait s'extraire de là-dedans, et on serait arrivées en nageant, au bout du compte.

Quand soudain, un fier destrier se profila à l'horizon, monté par un fougueux héros : Delphis arrivait au-devant de nous, sur sa magnifique motoneige jaune." Fichtre", me murmurais-je in petto, "va quand même pas falloir que je grimpe là-dessus" ??

Bin si.


Finalement, je me suis installée entre Delphis et Sylvie, tandis que Kathleen prenait place sur la traîne. Paraît que c'est encore là, qu'on est le plus confortable....si on excepte les vapeurs d'échappement de la moto.  Tout ce que je peux dire, moi, c'est que coincée derrière Delphis ( à qui je me suis cramponnée comme à ma dernière planche de salut), j'ai vécu le kilomètre le plus long de toute ma foutue vie.

Plus jamais ça ! Au retour, je choisirais finalement de me taper la descente en raquettes, plutôt que de remonter sur cet engin diabolique.

à gauche, Sylvie, quelq'un qu'il est impossible de ne pas apprécier. Gentille en titi, généreuse et sensée, gaie et drôle, débrouillarde, et je vous passe la liste de ses qualités, j'ai adoré la rencontrer. Je vais porter durant tout mon séjour un joli bonnet que sa maman a eu la gentillesse de me tricoter, avec moufles et écharpe en prime ! A droite, Kathleen, "ZE" Capitaine s'il en fut : et Capitaine, elle l'est dans l'âme, sur terre comme sur mer. Fiable. Solide. Pleine de bon sens. Pis elle à dû être livrée avec deux ou trois coeurs, tellement c'est une fille chouette.

Quand le soir est tombé, Delphis a allumé les lampes à pétrole, il avait préparé un excellent souper, on a remangé de l'orignal ( bin oui quoi, c'est gros, un orignal....y a de quoi faire !), en boulettes et en six-pâtes. On s'en est bien léché les babines. On avait aussi les champignons sauvages de Delphis, et du poisson fumé. J'aurais voulu rater ça pour rien au monde !!!

Roger Hood était parmi nous ce week-end là....héhé !  Le brave bon gars que c'est pas, vous avez pas idée.
Et tout en mangeant, et même après jusqu'à pas d'heure, bin, que croyez-vous que nous ayons fait, pardi ? comme dans chaque rencontres d'amis, on s'est racontés, on a refait le monde, on a bien ri, on était bien....


Et, pardon, les amis, je vous ai même joué un petit gentil mauvais tour...j'ai filmé un (tout petit) petit bout, de notre soirée. Faut dire qu'on a bien rigolé : mon pauvre APN chouchouté et adoré, a subi une avarie, juste avant que je ne vienne. C'est un compact : le cache-objectif s'ouvre et se ferme de manière automatique, lorsqu'on l'allume ou qu'on l'éteint. En Berry, nous n'avons guère qu'un ou deux jours de neige par an. le hasard a voulu qu'il gèle bien avant qu'elle ne tombe, et donc, juste avant de partir, je me suis ramassée un gadin en glissant sur une plaque de glace planquée dessous. Et mon cache-objectif a pris un pète, et ne s'ouvre plus....sans l'aide d'une allumette pour le coincer ; à part ça, l'appareil, lui, fonctionne au mieux de sa forme, toujours. Et comme tout le monde rigolait de mes batailles avec mon allumette, Sylvie nous a raconté sa "machine-à-laver-à-cure-dents", qui a tourné quasi 19 ans avec un bon vieux cure-dents pour "faire la job". Ma foi, j'espère bien réparer mon APN avant....

video

Ah, bon sang, y a des moments de sa vie qu'on regrette jamais d'avoir vécu....

( A suivre...)

lundi 4 mars 2013

Québec, jour 7, ou 7 et 8, ou je sais plus, tiens....


Côté nourriture, j'ai bougrement apprécié les burgers à l'orignal. ÇA  c'est de la bonne mangeaille ! Mais sans fromage, dans le mien. J'ai beaucoup aimé, aussi, le petit resto/bar de Rimouski, où nous avons dîné, Elizabeth et moi. J'avais la sensation d'être en France, mais dans une France assagie, une France de province d'il y a trente ans, mais sans les joueurs de billard, ni le bruit des " flippers", ni le brouhaha constant de nos salles de bistrots. 

Nous étions retournées en ville, suite à un coup de fil de la librairie " Vénus" où se fournit Elizabeth : depuis mon arrivée à Montréal, je cherchais le tome 2 de la bande dessinée de Bérubé, " Radisson". Plus de tome 2 à Montréal....pas plus à Québec....et à Rimouski, nous apprenons que le volume est en réimpression. Et, coup de bol infini, voilà que le lendemain matin de mon arrivée à Rimouski, la librairie est livrée, et mon tome 2 est dedans !!!! Nous sommes donc allées le chercher, et Elizabeth aura la grande gentillesse de nous offrir, à Thierry et moi, un très joli livre sur les maisons remarquables du Québec, les belles maisons anciennes patrimoniales. Je me délecte d'ailleurs à le lire, tant il est bien fait. Il s'agit de : " Belles maisons québécoises", de Yves Laframboise, aux Editions de l'Homme. Un très beau livre.


C'est à Rimouski que je devrais affronter "la malédiction des bus jaunes". J'explique. Nous n'avons pas, en France, de ces bus scolaires spécifiques, si reconnaissables et incontournables de l'Amérique du Nord. Nos bus scolaires sont des bus "normaux", sur lesquels est apposé un logo à l'arrière les définissant comme affectés au transport d'enfants. Et, à Rimouski, j'en croisais à tous les carrefours, de ces foutus bus jaunes ! mais pas moyen de réussir la moindre bonne photo ! le froid, et une chute malencontreuse avant de venir, ont perturbé mon pauvre APN magique. Ce qui fait qu'à chaque fois que je voulais prendre une photo....l'appareil, récalcitrant, ou bien s'éteignait, ou bien manquait de pile, ou bien la photo était floue, ou bien.....bref, il m'a fallu deux bonnes journées pour conjurer " la malédiction des bus jaunes ", et réussir ce cliché. Ces bus scolaires sont beaux. 


Nous sommes, aussi, retournées sur le bord du fleuve, voir de plus près les cabanes à pêche. Ces coquettes petites constructions se posent au-dessus des trous de pêche pratiqués dans la glace, et on y ramasse pas mal d'éperlans. Attention ! pas ces éperlans tous riquiquis qu'on connaît en France et qu'on mange frits, non. De beaux éperlans, savoureux, ultra-frais, jolis, et qui font plus d'une bouchée !

J'ai donc éprouvé le plaisir...." christique", disons, de marcher sur les eaux. Héhéhé.  C'est casse-gueule, mais c'est génial.


Nous aurons l'opportunité de voir une cabane ouverte, et un monsieur frigorifié aura la gentillesse de nous laisser le regarder un peu remonter ses prises, avant de se renfermer au chaud avec son réchaud - à -26°C, on comprend la nécessité des petites cabanes chauffées, pour pouvoir tenir à cette pêche sur un fleuve gelé battu par les vents.

Le temps passera vite, avant que Sylvie et Kathleen ne sonnent à la porte pour prendre le relais.

J'aurais une grande émotion, et beaucoup de plaisir, à les rencontrer.

Direction Amqui, et l'érablière de Delphis, pour un week-end au camp : rendez-vous dans les bois !!!!


vendredi 1 mars 2013

Québec, jours 6(fin) et 7


Nous avons quitté Québec au crépuscule. L'asphalte nous a happées vers le Nord, toujours plus loin. La grande nuit américaine - hey, Jim, ta voix et ta musique résonnant dans ma tête en arrière plan de nos propos....


Nous nous sommes arrêtées pour manger un peu à Rivière-du-Loup ( super nom pour une bourgade de par là, non ?). Le resto s'appelait " l'Innocent" - je me suis collée une effilochée de porc du feu de dieu ; et c'était la grande nuit froide, et j'ai adoré ça. Dans le bar, une ambiance un peu " Saint-Germain-des-Prés", et des toiles partout sur les murs. Un endroit où revenir.

Nous sommes arrivées, une chambre m'attendait, j'ai fait la connaissance de Mario, et nous avons passé une super soirée, comme il se doit.

Le lendemain matin, nous sommes sorties pour nous balader un peu, il faisait super froid, avec un vent bien acéré. Si les voisins d'Elizabeth sont du genre commères, ils doivent encore parler de la nana qu'ils ont aperçu en pyjama sur la galerie, par -26°C, en train de tirer sur sa clope matinale. (pas complètement dingue, j'avais quand même enfilé des bottes et un manteau). Bon sang, sans vous mentir, je me caille plus dans ce foutu Berry que je n'ai eu froid au Québec, malgré des températures de beaucoup inférieures là-bas.

La première visite sera pour la maison Lamontagne, bâtie vers 1750. Et puis....dans le désordre, on s'est baladées, on a rigolé, on s'est raconté plein de trucs, et c'était bien agréable - la journée a passé comme rien !


J'ai adoré trouver des avertissements de ce genre le long des galeries des maisons donnant sur la rue. Avertissement utile, mais celui-là, je doute de le voir jamais dans mon coin.....


Sur le port gelé les bateaux, sagement rangés sur roulettes, attendent la débâcle et s'ennuient....


...et sur le fleuve, pimpantes, les cabanes à pêche nous attendront jusqu'à demain.


Une petite virée le long du sentier littoral nous donnera de bonnes joues ! La chienne d'Elizabeth joue comme une folle.




En fait, je ne sais plus dans quel ordre nous avons fait tout cela. C'était trop intense, c'était tellement la vie. Elizabeth m'a montré plein d'endroits, de beaux coins, et je suis un peu mélangée, tout me revient en vrac. Mais je comptais sur mes photos pour me remettre les choses en ordre....sauf que cet appareil, je l'avais laissé à l'heure française, donc je ne suis même pas sûre d'être sur les bons jours. Tant pis, vous aurez ça grosso-modo....au moins, ça se suit à peu près, c'est déjà ça.

Elizabeth m'a emmenée jusqu'à la pointe du Bic, j'ai rigolé en voyant l'état des routes, en imaginant mes compatriotes aux prises avec un volant sur ces routes-là. 



Devant la grotte de l'île-au-massacre, elle m'en a raconté la légende. 



La cascade n'était pas moins fantomatique que les abords de l'île....



Le coucher de soleil était somptueux, du côté de Sainte-Luce...



Comment raconter de telles journées ? Qu'il vous suffise de savoir que nous étions heureuses d'être ensemble, et que nous nous sommes bien gelées sous le vent coupant, en rigolant comme des malades. C'était simple, simple et chouette comme la vie même.

(A suivre...)

mardi 26 février 2013

Québec, jours 5 et 6



Bon, ça fait déjà quelques jours de passés, de la relation de ce voyage, et je m'aperçois que je vous ponds de la merde. Oui oui, le mot est trivial, mais c'est quand même bien le cas. Je vous raconte, quoi, un dépliant touristique, une lettre à mes copines ? Je passe à côté de l'essentiel, je ne fais que de l'anecdotique. Parce que, je le crains fort, l'essentiel n'est pas dans ce que nous avons fait, mais dans ce que nous avons été, et ça, voilà, c'est le territoire de l'indicible, et je me sens impuissante et conne, absolument conne, devant ça. L'indicible. Et tu fais quoi, pauvre cloche, devant ce que tu ne sais pas dire, hein ? Tu fais quoi, devant tout ce vécu tellement intense et éblouissant, qu'on ne peut qu'espérer le voir surgir en filigrane, irradier depuis le territoire du non-dit, vers ce qui est exprimé là, d'anecdote en anecdote.

Vraiment, tiens, j'en chialerais. Je me sens grondante de colère, là, devant ce que je raconte. Comme si quelque chose m'échappait, ne voulait pas se laisser dire, ne voulait pas se laisser capturer, galvauder de page en page.....

Ce qui s'est vécu.
Ce que nous avons été.
Ce que nous n'arrivons, jamais, au grand jamais, à sortir de nous-même, car c'est notre âme, notre propre substance, et que, quelle que soit notre bonne volonté, nous ne savons jamais l'extraire de nous dans nos écrits.

Vigny, en fait, avait raison : « seul le silence est grand. »

Aussi, me tairais-je ? Vais-je vous laisser en vrac, là, comme ça, sur un coup de colère, par rage de l'impuissance, sur le quai d'un voyage à peine effleuré ?

Ah, je ne sais plus où j'en suis, vous savez.

Mais je sais, que, comme Bernard Dimay, « je ne dirais pas tout. » Il y a, de ce voyage, des images que vous ne verrez pas, du vécu que je ne sais pas dire, des choses que je garderai, jalousement et égoïstement, pour moi.

Mon viatique : ce qui sera celé.

Mais, alors, que donne-t-on jamais de soi ?


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Alors, continuer le «  petit-tour-et-puis-s'en-va » ? Dans le banal de quelques jours de vie, qui n'ont justement rien eu de banal – dichotomie.

Donc, munis de nos vêtements de bain, nous avons pris la route, Marsi, Venise et moi, en direction d'Eastman. Parce que, et c'était pour cela, le maillot de bain, nous allons d'abord prendre un bon repas gastronomique au restaurant du Spa, avant de profiter des installations du lieu.

Eastman, c'est à environ une cinquantaine de km au nord-ouest de Cowansville, et le paysage se vallonne de plus en plus en s'y dirigeant, jusqu'à ressembler, vaguement, à un Morvan qui aurait eu toute la place qu'il lui faut, au lieu de se resserrer dans un espace étriqué comme chez nous. Tout s'y loge entre les arbres, c'est vraiment très beau. Nous ferons un bon repas dans une vaste et lumineuse salle de restaurant, très agréable. Je découvre que sucrer son yaourt au sirop d'érable est un plaisir divin, qui me laissera quelques frustrations de retour en France....

Puis nous voilà au pied du mur, si j'ose dire : l'idée, c'est d'aller DEHORS en maillot de bain, jusqu'au jacuzzi extérieur ( on flirte avec des températures plus basses que -10°C), et de barboter gentiment dans une eau à plus de 40°C, avant d'aller, suivant les options retenues, soit se rouler dans la neige, soit se plonger dans un trou dans la glace dans le petit lac extérieur ( gasp !), soit passer dans les bassins d'eau froide à l'intérieur, soit se rafraîchir sous une douche-aérosol qui pulvérise délicatement une gentille brumisation froide additionnée d'huiles essentielles tonifiantes. Pour ma part, c'est cette dernière option que je retiendrais. Et on y va ! D'abord, passer à la douche, et bien se nettoyer. Et hop, tout le monde dehors pour 20 minutes.....!

Eh, mais c'est que c'est pas mal du tout, ce truc....!!!!!

Barboter dehors dans l'eau chaude, c'est franchement le pied total. Quoi, le froid ? Mais, on ne s'en rend même pas compte, du froid !!!! Je vous dis qu'on est bien, absolument bien.....

Donc, suivons la procédure : 20 minutes de jacuzzi, 5 de douche, un petit quart d'heure de repos, allongé paisiblement dans le solarium....puis un petit sauna (je tiendrais 10 minutes), puis de nouveau la douche, puis repos....etc.

Nous alternons les plaisirs dispensés par l'endroit, et je commence à me sentir bien, mais bieeeeen......je glisse doucement vers le marshmallow, je me « dévertébrise », je redeviens l'être sans défenses ni épines qui naquit naguère, je reflotte dans les eaux-mères, sans stress, sans appréhension, je me refonds dans l'originel aqueux, je me ressource, au sens propre du terme.

C'est à-peu près ramollis que nous sortons du Spa, la nuit tombe déjà, nous ne ferons qu'un très bref tour dans Eastman, pas le temps....il faudra que je revienne ! Au temps des jours plus longs ?

La soirée se passera bien paisible, et quelle nuit réparatrice et détendue suivra !

Demain arrive bien vite, demain qui me verra sur la route de Québec, où Venise et Marsi passeront le relais à Elizabeth, qui va m'amener à Rimouski, où je vais passer un peu de temps chez elle.

De Cowansville à Québec, 215 km environ. De Québec à Rimouski, 315. Quelle traversée !!!

Ça me fait bizarre de partir de chez Venise et Marsi....j'y ai passé de si bons moments. Et puis, nous avons vécu, parlé de choses et d'autres, et tant encore restait à dire, à lire, à voir, à partager !!! Ses amis, on aimerait les voir « mieux »...Venise me prête un de ses livres auxquels elle tient : c'est un gage de se revoir : ce livre-ci, ils viendront tous deux le rechercher, ici, aux Ocreries, un jour ou l'autre !

Chez moi, c'est loin d'être aussi confortable et agréable que chez eux, et j'espère que d'ici leur venue, les lieux se seront améliorés un peu....

Encore une fois, l'asphalte m'avale, toujours plus loin....

Encore une fois, je vais piquer mon roupillon une bonne partie de la route. Bien la peine de voyager, tiens....

A Québec, où nous arrivons pour le repas du midi, nous retrouvons Elizabeth au Cochon Dingue – et je me régale. C'est une vraie joie de la revoir ( et dans ma mémoire, j'ai à jamais son grand beau sourire éclatant, quand nous sommes rentrés au Cochon Dingue et qu'elle nous a aperçus....), nous nous étions tellement bien amusées, aux Ocreries, en avril dernier ! La grosse valise rouge coincée dans la malle arrière de la Mini, nous filons vers de nouvelles aventures – même si je me crispe un peu à la voir utiliser son régulateur de vitesse. Faut dire qu'en France, ces machins-là, ça marche pas toujours bien, et qu'on voit parfois des bolides fous semer la panique sur les autoroutes....avec les conséquences qu'on imagine.

Mais la Mini tiendra bon jusqu'à Rimouski, ouf – et avant, revenons à Québec, où nous nous offrons un petit tour de ville, glacial, après avoir pris congé de Venise et Marsi – avec un petit pincement au cœur....c'est ça, ce genre de voyage : on est à la fois tout à la joie des rencontres, et tout à la tristesse des départs....c'est une fatigue, tant physique qu'émotionnelle, surtout pour moi qui vois peu de monde, en général, et qui sors peu, par goût.

Evidemment, nous sommes tombées devant un magasin de bonbons....où je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher encore quelques dollars. Ah, je l'aurais bien dévalisé, ce magasin...!!! 


Vers Eastman

Au Spa

Le Pont de Québec ; cette fois, il ne s'est pas effondré.

Une bonne cantine ! je vous le recommande....

En route pour de nouvelles aventures !

A Québec....

Une caisse-enregistreuse des années 20, Québec, Magasin Général. 

Château-Frontenac, incontournable.

Tout un monde : le traversier sur le Fleuve gelé...et cette lumière incomparable qui à elle seule fait aimer l'hiver.