Rencontres

Avez-vous déjà traversé l'écran ? Rencontré vos blogamis ? En avez-vous eu déjà envie, sans avoir osé le faire ?
Ce bonheur m'est échu à déjà deux reprises ! Je n'en ai aucuns regrets, ce furent de belles rencontres .....
D'abord le 17 août, Pomme du "Bois des biches" ("almanochroniques des villes et des campagnes") a eu la bonne idée de s'arrêter dans ma tanière en allant à ses occupations qui l'appelaient dans le Sud, et autour d'une tasse de thé et d'un gâteau-vite-fait dont il faudra que je vous parle, nous avons bien rigolé, bien conversé, bien échangé, et ce n'était qu'un début ! Nous échangeons tellement de mails jour après jour que j'ai renoncé à les compter, et ce fut un plaisir partagé que de se retrouver autour de ma bonne vieille table de battages, dans ma bonne vieille cuisine pas encore glaciale à cette saison ! C'est elle qui a pris des photos, j'étais tellement occupée à vivre que je n'ai plus pensé à en faire.....
Puis est arrivé le week-end du 28, un gros morceau pour moi qui suis si rarement déracinable de mon petit coin de Berry !
Ce week-end, je suis donc, qu'on se le dise !, "descendue" à Lyon où nous devions nous rencontrer, Kat Imini ("des mots, des images..".), Bluebird ("c'est la nuit"), Jorge ("El deseo") et moi, surnommés par Jorge "le Club des 4", à son initiative, du reste ! Jorge est un homme d'action, l'idée lancée à son initiative nous a bien plu, il fallait voir à pouvoir la concrétiser, et après moult échanges et tergiversations, elle a donc fini par se réaliser.
Nous avions de "bons feelings" de blog en blog, nous avions senti qu'une petite rencontre conviviale était jouable, mais faire bouger une Sauvage (en l'occurrence, moi-même myself) et un "réservé" (l'Oiseau), les jeter dans l'inconnu sur les routes pour un week-end découverte, fut un challenge que Kat et Jorge ont maîtrisé avec brio !
Fallait-il qu'ils aient envie de nous rencontrer....j'en avais des sueurs froides ! Partir comme ça dans une ville lointaine et inconnue, rencontrer des personnes dont je savais peu de choses, hormis l'Oiseau avec qui je conversais déjà, comme avec Pomme, avait de quoi déclencher mes angoisses de Sauvage ! Et s'ils allaient être déçus ? Constater qu'ils avaient fait erreur sur les personnes ? Puis Lyon n'est pas un bourg de cambrousse ! comment allais-je bien pouvoir m'en tirer, moi qui depuis dix ans ne suis jamais allée plus loin que la préfecture de mon département ?
Autant dire que plus le temps passait, moins je dormais ! J'avais toutefois mon billet de train en poche, parce qu'en bon paradoxe vivant, j'avance dans la vie avec la trouille au ventre, mais l'envie de vivre en dessous, qui fait que j'y vais toujours, en tremblant, mais j'y vais !
Au jour "J", je suis donc entrée dans une gare pour la deuxième fois depuis le début de ce nouveau millénaire, (la fois précédente j'avais pris la même ligne Lyon-Nantes dans l'autre sens, j'allais dire bonjour à Pornic et ses environs....), et pour la première fois de ma vie, je suis allée découvrir la ligne dans l'autre sens......Qu'allais-je trouver à Lyon ? A quoi cette ville ressemblait-elle ? Et ceux qui m'y attendaient ? J'avais le palpitant qui se tapait aux côtes, et je n'en menais pas large, évidemment....
J'ai composté mon billet, et je suis montée dans ce train qui était à la fois une peur, et une promesse.
J'avais vaguement ouï dire que la SNCF n'était plus ce qu'elle était, ce n'est pas un vain mot ! Ce furent les quatre heures de train les plus inconfortables que j'ai connu, avec celles du retour ! J'en suis venue à regretter les bonnes vieilles pataches de nos ancêtres, tirées de quelques vigoureux bourrins, certes cahotantes mais peut-être plus agréables que ces wagons aux places exiguës qu'on voudrait nous faire prendre pour un progrès !
Moulue et déboussolée de tant de monde et d'un endroit si vaste, je débarquai donc, vendredi matin, en gare de Lyon.....Au bas de l'escalier que je descend, deux sourires surgissent devant moi, déclenchant le mien par ricochet, deux chauds regards me happent, Kat et Jorge sont là, je découvre leurs voix qui leur ressemblent, ça y est, j'y suis !
Bluebird arrive dans une heure, nous allons l'attendre en terrasse, je m'affale, sauvée, sur un siège et je soupire ; je regarde de tous mes yeux, l'esplanade sur laquelle nous sommes, et mes deux interlocuteurs, je suis si dépaysée et si bien en même temps, submergée, l'adrénaline reflue et s'installe une douce euphorie - l'impression que nous nous retrouvons juste de nous être quittés hier (virtuellement parlant, c'est un peu vrai), le sentiment que nous nous connaissons depuis longtemps, tant nous sommes tels que nous l'imaginions, en fait, sans nous être pourtant jamais vus....
Une heure plus tard nous accueillons Bluebird, ça y est, le Club des 4 est au complet, commence alors la belle aventure......
Un invité surprise s'invite entre nous quatre : Lyon elle-même, qui me séduit d'emblée. Lyon que je ne connaissais pas. Lyon qui est belle.
J'ai aimé flâner dans ses rues, j'ai aimé son architecture, ou disons "ses" architectures, ses quais, ses deux eaux qui y vivent de pont en pont....J'ai aimé son atmosphère, ses immeubles, ce que j'apercevais de son passé, sa manière de s'étaler languide, paisible, au pieds de ses collines......
J'ai vécu là, l'espace d'un week-end j'ai vécu là, je n'ai pas fait que du tourisme, je découvrais la ville et découvrais mes amis virtuels, rencontres puissance quatre, mots lancés mots écoutés, entre silence et bavardage partage puissant des vies, ouvertures, écoute, chaleur....conversation, oui, dans le sens où je l'aime, du léger au grave et du grave au léger....qu'y aurait-il d'autre à raconter ? Le reste nous l'avons vécu, et nous l'avons vécu ensembles....
Alors, en vrac, quelques images :
La même nana déchirée sur l'esplanade devant la gare, mendiant du même refrain de table en table jour après jour,
Les moineaux insolents qui viennent jusqu'à vos pieds picorer vos quelques miettes,
L'inévitable tribu de pigeons conchieurs recouvrant les églises, à une fenêtre un chat noir qui guette, et qui soudain nous regarde, seigneurial, ses yeux de topaze froids et acérés braqués sur nous, hautains.....ailleurs plus tard la silhouette d'un chat noir dessinée derrière la vitre d'une fenêtre nous fera sourire, comme un clin d'œil...
Les quais....les beaux immeubles modernes, élégants et sobres, des environs de la gare, et le grand miroir de la Swiss Life où se reflète le ciel, immense, découpé en carrés....
L'odeur des buis en redescendant la colline de Fourvière depuis la basilique par le chemin du Rosaire.....
Et Lyon, Lyon tout entière offerte depuis le haut de la colline, vivante, épanouie, chaleureuse, désirable.....Lyon où je sais que je reviendrai, moi la campagnarde invétérée !
Le "Crayon" déchire le ciel insolemment, phallique jusqu'à n'en plus pouvoir, la basilique est belle sur sa colline, blanche, pur bijou de gloire, recelant dans son ventre tous les ors byzantins des rêves munificents........
Faut-il que j'énumère ? l'Opéra splendide, l'Hôtel de Ville aimable et décoré, digne de son rang, la fontaine de la place et son quadrige de bronze, prière païenne qui s'ignore....
Nous sommes allés de rue en rue, avons quadrillé les points les plus représentatifs à rencontrer dans un laps de temps limité, pris le funiculaire, évidemment, évidemment, et puis un thé, aussi, à l'angle d'une ancienne rue, non loin du musée des miniatures......avons parlé, parlé, parlé, vécu, ri, oh oui, ri ! Dîné le soir au restaurant, et je m'en souviendrais longtemps !
Terriblement banal, n'est-ce pas ? Nous avons fait ce que font tous les amis qui se croisent, qui passent ensembles un vrai moment de bonheur.....
Je me souviens des yeux de Kat, beaux et pétillants de vie et de gentillesse, souriants de toutes leurs étoiles, du sourire éclatant de Jorge, l'appareil photo en bandoulière, à l'affût comme un trappeur aguerri, de la voix de Bluebird, douce, et qui lui ressemble.
Kat est drôle, chaleureuse et bienveillante, Jorge un puits de science plein d'humour et de gentillesse, l'Oiseau sensible et attentionné, présent à tout et plus cultivé que sa réserve naturelle ne le laisse voir...
Nous étions bien.
Le temps a passé vite, trop vite. Nous nous sommes séparés, dit au revoir, promis de nous revoir, j'ai repris mon train dans l'autre sens.
Drôle de nostalgie qui plane doucement, sourire au coin des lèvres..... Désormais nous nous connaissons.
Vous voyez, un week-end entre amis, tout à fait normal.....une rencontre de fin d'été, douce et conviviale, comme il fait bon en vivre....
Ironie du sort : l'appareil photo, là aussi, je n'ai pas songé à le sortir, et seul Jorge, le prévoyant Jorge que rien ne déroute, a engrangé les précieuses images de cet étrange moment suspendu de nos vies..... 'n'aurez qu'à aller faire un tour chez lui, plonger dans ses archives d'Août, vous y balader un peu....il y a posté la basilique, aussi, et il y en aura encore, il en a plein sa besace, Jorge, de ce séjour à Lyon......
Le soir, de retour à Vierzon la nuit est tombée sur un concert en plein air de Richard Galliano, et entourée de mes amis "hors web", allongée sur l'herbe face aux étoiles, j'étais encore un peu là-bas, sous le soleil vibrant de ces jours qui vous font vivant, le cœur dilaté de joie et de gratitude.....