lundi 8 février 2010

...et les mauvais !



l'année où tout est parti en quenouille.....

C'était en 2008. Les mises bas approchaient, et les ennuis ont commencé. J’avais déjà perdu 7 bêtes dans la saison, pour diverses raisons ; la série noire n’allait pas s’arrêter là. Les premières mises bas m’ont prise au dépourvu, s’étant produite avant la date prévue.

J'ai d’abord perdu une mère, deux jours après qu’elle m'ait sorti un petit mort-né. La suivante est restée douze heures en travail avant que je ne réussisse à extraire un petit, prématuré et mort, déjà en décomposition à l’intérieur, à dix heures du soir. Le véto, appelé à la rescousse, a sorti le deuxième petit, mal fini et qu’il a achevé, et je pris la décision de faire rechercher les maladies abortives afin de savoir au moins quel mal combattre, et comment. Véto + analyses = factures conséquentes, pour apprendre que les biquettes avaient contracté la toxoplasmose en fin de gestation.

Sur ce, je reçoit une lettre des impôts m’annonçant la venue d’un inspecteur venant relever mes frais de fonctionnement afin d’établir la base future du forfait que nous payons chaque année en tant que cotisants solidaires ; ils choisissent un panel d’élevages, ramassent les chiffres, tirent une moyenne et hop, on paye. J’attend donc l’arrivée de monsieur M***, inspecteur des impôts.

Un monsieur pas désagréable du tout, qui va visiter le troupeau, à qui j’offre le thé, et nous parlons. Il a eu vite fait de diagnostiquer l’origine de certaines de mes difficultés, et de mettre un fait en évidence : mes bêtes ne rapportent pas ce qu’elles dépensent. Donc, soit j’arrête, soit j’opère des changements drastiques, soit je trouve une source alternative de revenus ; lui me conseille de faire de la volaille au noir (bin dis donc ! Pour un type des impôts !), “comme tout le monde” (ah ouais ?), et de virer chaque bouche inutile. Dans un sursaut de lucidité, je me résouds à suivre son conseil, surtout que grâce à la spéculation des salopards sur les matières premières servant à fabriquer les agro-carburants, le grain et la luzerne ont pris une sacrée hausse ; l’orge a doublé, la luzerne a pris 2 euros, et les éleveurs petits et moyens ne suivent plus, surtout qu’en chèvres il n’existe aucunes aides.

La mort dans l’âme, j’ai dû sélectionner les bêtes qu’il me fallait sacrifier pour restreindre mes frais de fonctionnement. C'était pas vraiment joyeux, mais j’ai pensé que si cet homme là s’était donné la peine d’ouvrir la bouche pour me conseiller, il fallait être idiot pour ne pas en tirer parti.

Donc, il a fallu porter les bêtes “au camion”.

Voilà la chose :

Il est environ neuf heures du matin, un jour de Mars, et nous sommes sur la route d’A****, vers une ferme appelée “la L****”, pour amener les bêtes aux maquignons.

Dans la cour de la ferme plusieurs véhicules chargés de chevreaux et de mères de réforme attendent déjà. L’air froid pique un peu les yeux, ça bêle à tout va dans les bagnoles.

On attend “le camion”, chacun à son volant, frileusement replié sur soi même ; on a échangé un bonjour et une poignée de mains avec les connaissances, mais ça ne converse pas. On est là pour affaires, on est au boulot, on a du boulot qui attend, c’est pas un salon de thé !

Sans compter que tout à l’heure il faudra sortir les bêtes devant tout le monde, et on sait bien que chacun, tout en affectant de regarder ailleurs, ou en causant à mi-voix comme avant la messe, aura sans rien dire détaillé nos bêtes et leur état de santé, estimé leur poids et supputé l’argent qu’on en tirera. Certaines fermières doivent même brosser les bêtes, tant leur poil est reluisant ; c’est que les autres, à l’état général, jugent aussi ta valeur d’éleveur !

Un vrombissement de moteur annonce l’arrivée des gars du groupe Doux. Les camions se rangent, et c’est le bruissement des bâches retirées des côtés, le claquement métallique des hayons baissés, les claquements des caisses en plastique tirées, les bêlements des bêtes déjà ramassées plus tôt sur d’autres points de rencontre.

Puis le maquignon chef tape dans ses mains : “bon allez ! On y va !” Alors commence le défilé, dans l’ordre d’arrivée ; on sort les chevreaux qui sont jetés sans ménagements dans les caisses de transport, on enfourne les plus lourds dans des sacs de jute le temps de les peser. Les petits d’une à deux semaines sont payés à la pièce, les lourds de plus d’un mois, s’ils dépassent les 12 kg, sont pris au kg ; les prix changent selon le mois de l’année : chers en janvier/février lorsqu’ils sont rares, les chevreaux peu à peu baissent de cours ; les petits vont à l’engraisseur, les lourds directement à l’abattoir, de même que les mères de réforme.

Le défilé se poursuit, les bétaillères se vident les unes après les autres. On donne le document d’accompagnement, on reçoit ses sous (chèque ou liquide suivant l’importance du lot livré), et on cède vite la place parce que quelqu’un attend derrière qui n’a pas plus de temps que nous, et parcequ’on n’a pas vraiment envie de s’attarder là.

C’est à moi. On extrait les chevreaux, et je regarde les hommes entasser mes petits dans les caisses ; je sais où je les envoie, et j’ai l’estomac tout rétréci. Enfin ils ouvrent les grilles des cages aux mères, et il faut vite charger, extraire chaque chèvre, attrapée par deux gars costaud qui t’enfournent ça un mètre plus haut dans les flancs des camions. J’ai préparé les documents administratifs que le maquignon-chef m’arrache en passant, calculette au poing il fait le compte.

Une poignée de billets m’est fourrée dans les mains, les portes grillagées se ferment et résonnent comme un glas (triste cliché) ; et je reste là comme une imbécile, le cœur gros.

Derrière je croise le regard étonné de ces bêtes qui ne sont plus à moi, mon grand Tango si doux, ma Romance qui m’a pourtant crevé deux chèvres, la garce, Sérieuse aux yeux de biche, si douce et si câline, et Tolérante, et Saga avec son petit, et Cannelle qui n’aura jamais porté mais qui n’avait pas grandi, toutes me regardent et s’angoissent, tandis que j’ai honte et mal de cette trahison et du sale coup que je leur fait. C'est la première fois que je "réforme" des adultes.

Le maquignon me regarde goguenard (ah ces gonzesses ! Quelles chochottes ! Pour des bestiaux de rente ! Paysans d’opérettes ces néo-ruraux !) Et Monsieur l'Homme m'attrape par le bras et m’enfourne dans la voiture. Je n’arrive plus à déglutir tellement ma gorge est nouée. Nous fuyons l’endroit comme le terrain d’une défaite ; je serre encore cette poignée de billets froissés qui sont mes trente deniers à moi ; je n’ai même pas regardé combien ça fait. Je sais que c’est trop peu de toute façon.

En silence, nous rentrons à la ferme. C’est fini pour cette année, je n’ai plus qu’à m’en remettre.

Dans l’étable qui paraît vide ne restent que 13 mères. J’avais 30 bêtes en janvier 2007. Il est dix heures, j’ai pourtant la sensation étrange d’y être restée plus longtemps. Je jette dans le tiroir cet argent qui me coûte tant, et réfugiée près du gué devant l’eau qui coule, la tête entre mes mains je chiale, comme une brave conne, toutes les larmes que je peux verser.

Quand je rentre, un assez long temps plus tard, c'est pour cracher "j'arrête", d'une voix encore étranglée de rage et de chagrin.

Celles qui restent, j'ai décidé qu'elles mourraient chez moi, quoi qu'il en coûte.

L'aventure est finie.

mardi 2 février 2010

Les bons souvenirs....


Quand je faisais de l'élevage....

Dès janvier, je commençais à me faire du souci. Les mise-bas approchaient, et la température n'était pas toujours assez clémente dans l'étable.....

Je regardais le flanc rond des biquettes en surveillent leurs moindre frémissement : il ne s'agissait pas de laisser passer l'affaire, et d'arriver après la bataille !

Il est donc arrivé que, devant des froids à faire péter la pierre, je fasse une exception pour les chevreaux précoces, et que j'invite l'une ou l'autre biquette à faire son bébé....à la cuisine, devant le feu.



Evidemment, ça a été rarissime, les chevreaux étant rarement arrivés en Janvier, car je faisais en sorte de "programmer" les naissances vers Mars, en choisissant à quelle date je laissais le mâle avec les mères ; mais il arrivait parfois des accidents de parcours....des évasions du monsieur.....



Quand le moment crucial arrivait, le plus gros du troupeau mettant bas en même temps ou quasi, j'habitais pratiquement l'étable jour et nuit, surveillant pour intervenir rapidement en cas de pépin : petit mal placé arrivant par le siège, bébé mort-né qu'il fallait sortir de la mère, la main broyée dans l'utérus par les contractions, mère novice qui faisait un petit dans un angle, puis le laissait en plan pour aller faire le second à l'autre bout de l'étable, poche des eaux pas percée nécessitant d'agir vite pour éviter que le petit ne se noie, l'écrasement du cordon au passage du petit déclenchant la première inspiration.....

Je m'en suis fait, du souci, chaque année !

Le début de la phase de travail, c'est toujours le même : la dilatation ; le corps se prépare, les os du bassin s'élargissent, et on entend leur claquement quand ils s'écartent, le travail commence, les premières contractions poussent la poche des eaux à se frayer le passage et préparer le chemin.

La poche des eaux apparaît enfin.....



et se perce, laissant apparaître deux petits pieds encore tous mous, et il s'agit de bien voir s'il s'agit de pattes de devant, position convenable, ou de patte arrières, mise-bas compliquée ! La plupart des petits se positionnent tête la première, "en plongeur", pattes de devant étendues et museau entre les pattes ; parfois, on voit poindre le petit nez avant les pattes, repliées sous le petit, qu'il faut alors aller chercher à l'intérieur à grand-peine, car sinon tout coince, et le chevreau meurt, étouffé, ne pouvant pas passer......



Enfin on voit apparaître le petit, d'abord un gros nez, puis la tête se fraie un passage, en même temps que les deux pattes avant, ça ne plaît pas toujours à la maman.....et bien que la plupart soient stoïques, c'est à peu près le seul moment où certaines crient de douleur.



Il arrive, comme ci-dessus, que la poche des eaux ne perce pas et que le petit paraisse entouré de ses membrannes ; en général elle se déchire quand le petit glisse hors de sa mère, et tant mieux, mais parfois il faut aider.



Enfin le chevreau est là, et la mère le nettoie soigneusement, en attendant l'expulsion du ou des placentas, quand il y a deux petits ; les vrais jumeaux sont rares, en dix ans je n'en ai jamais vu, j'ignore même s'il y en a. les jeunes femelles n'ont souvent qu'un petit, puis deux les années suivantes.



Il aura fallu plusieurs heures de "travail" préparatoire, la dilatation prend une bonne demi-heure, de même que la mise-bas proprement dite ; il faudra entre une demi-heure et trois quarts d'heure avant que le petit n'essaie de se lever et ne fasse ses premiers pas, pour chercher à têter. Le placenta se décroche entre une demi-heure et une heure après.

Le chevreau crie presque tout de suite, et sa mère lui répond.

J 'aimais ça. Dans le silence de la nuit, à la lueur pisseuse du néon de l'étable, aller de l'une à l'autre et voir toutes ces petites vies toutes neuves se déployer dans la bonne odeur de paille fraîche.

J'ai vraiment aimé ça.

dimanche 10 janvier 2010

Le visiteur



Petite virée dans le passé

Comme vous le savez, Monsieur l'Homme et moi-même vivons sur une ferme, depuis le début de ce beau millénaire à peine écorné.

Remontons un peu le temps, et rendons nous de concert en Septembre 2007 ; il se trouve que notre ménagerie comporte plusieurs félins domestiques femelles (dont une prénommée Bérénice) qui ronronnent éventuellement, et qui chassent, comme il se doit. Elles chassent les micro mammifères, à savoir divers types de rongeurs tous plus poilus les uns que les autres, de formats divers, qu’elles viennent en général croquer sur le carrelage de la cuisine, ce qui fait toujours plaisir lorsque nous sommes à table - je vous laisse imaginer le bruit délicat des os broyés, et la vue appétissante d’un cadavre de rongeur mâchouillé joyeusement avec la peau, en commençant par la tête, et parfois régurgité (avec bruitages diversifiés) dans les minutes qui suivent, sur les différents points de siestes postprandiales gagnés par nos jolies pétasses. Nous adorons.

Les félins ont une vie sociale diplomatique assez développée dans leurs relations avec les primates supérieurs, c’est à dire nous : ils offrent parfois des cadeaux. Or, pour un chat, il n’existe pas de plus beau cadeau qu’une proie vivante : il offre à celui qu’il veut honorer non pas une offrande, non pas de la nourriture, mais LE PLAISIR DE TUER. En règle général, à sa complète consternation & sa parfaite incompréhension, le primate supérieur manifeste à la réception dudit cadeau un comportement d’une grossièreté totale : il couine dans les aigus (surtout les femelles), avec une mimique de dégoût qui n’excite que le mépris du donataire, puisque 1) la bêbête est inoffensive, 2) ça prend vraiment du temps de chasser et de capturer une proie, et c’est mortifiant de voir l’accueil reçu après tant d’efforts déployés. Le petit félin trouve en général que l’humain est vraiment indécrottable, ne comprend vraiment rien, et qu’il y a encore énormément de travail pour le civiliser. Sur quoi il se retire dans l’Olympe avec dédain, laissant donc ledit primate, soudain moins supérieur, se débrouiller avec un rongeur vivant d’espèce indéterminée peureusement réfugié dans les endroits évidemment les plus improbables, et pratiquement impossible à débusquer, misère !

C’est ce qui nous arriva en ce beau mois de Septembre 2007, Bérénice ayant décidé de nous honorer du produit de ses chasses.

Ce soir là, elle entra en miaulant la gueule pleine, tenant entre ses crocs une bestiole grisâtre et gigotante qu'elle vint, énamourée, déposer à nos pieds tout en la maintenant d’une griffe, posant sur nous un long regard d'adoration en ronronnant à grande vitesse.

Comme nous sommes rompus aux mœurs félines, nous nous extasions (quels faux-culs !), et tentons d’intercepter ladite bestiole avant qu’elle ne la lâche, afin d’identifier la créature et, si possible, de la refouler en zone extérieure. Las ! Nous ne sommes point assez rapides ; un éclair gris me glisse entre les mains ; je n’ai que le temps d’apercevoir une longue queue précédée d’un rongeur disparaître sous la cuisinière, merde ! Et commence alors ce questionnement essentiel : de QUOI s’agit-il ? Le rat des moissons est une bestiole minimaliste, roussâtre, d’environ 5 cm + la queue ; la chose est grisâtre et plus grosse, on élimine. Le campagnol a une queue courte recouverte de fourrure, la bêbête en a une longue, nue et un peu poilue : on élimine. Ecartons aussi la musaraigne, ne reste que trois possibilités: souris obèse, mulot adulte ou bébé rat.

Gasp.

Et nous voici à croupetons, derrière en l’air et truffe au sol, tentant désespérément de débusquer la saloperie poilue. Qui nous échappe, comme il se doit, passant d’un meuble à l’autre. Assez déconfits, nous finissons par jeter l’éponge, espérant que l’une ou l’autre de nos chasseresses finirait par l’avoir, ou que la bestiole s’enfuirait dans un moment de calme par la porte que je pris la décision de laisser ouverte le plus souvent possible. Puis les jours passèrent. Notre recrue indésirable ne s’enfuyait pas. Parfois, lorsque le calme régnait dans la cuisine, un éclair fusait d’un meuble à l’autre en longeant les murs, trop rapide pour deux primates lourdauds ; un bruit nous devint vite familier : ça rongeait ici où là, mais le temps de se précipiter vers le lieu où nous pensions le trouver, il avait déjà pris la fuite. Les fruits rongés dans le compotier sur la vieille maie nous rassuraient au moins sur son état de santé : il ne manquait pas de vitamines. Le niveau baissait dans les corbeilles de noix et de noisettes, et une fine sciure attestait de sa visite au pain sec réservé aux poules.

J’enrageais - notons que je fulmine avec constance & facilité - mais ça ne résolvait pas le problème. L'occupant ne cédait pas le terrain, malgré la mise en place d’une résistance farouche ; les tapettes ? Il les ignorait, de même que les appâts empoisonnés. Les semaines passèrent, puis les mois. Ça rongeait toujours derrière l’un ou l’autre meuble, et résignés nous finîmes par nous y faire. Ce qu’on ne peut changer, il faut hélas parfois l’admettre - je ne dis pas qu’on le fait de bon cœur. Notre chance était tout de même qu’un rongeur ne vit pas vieux, et qu’au mieux en 18 mois (souris) ou 3 ans (rat), nous serions débarrassés.....

Un soir, enhardie par le silence où nous nous tenions, la bestiole se risqua à découvert, et nous découvrîmes avec consternation que nous hébergions hélas un RAT de quelques mois, en parfait état de marche, et qu’en effet Bérénice avait bien vu : ce serait avec un plaisir non dissimulé qu’on occirait ce parasite.

J’avais, depuis quelques mois, relancé ma couveuse, afin de rénover notre cheptel avicole qui prenait de l’âge. Donc, tous les 21 jours, une couvée de poussins se succédait dans ma cuisine (car en plein cœur de l’hiver il est assez ardu d’élever des poussins dans une grange non chauffée, au moins tant que leurs plumes ne sont pas sorties) ; je gardais donc mes petits piou-pious dans une cage, sous une lampe chauffante à lumière jaune allumée en permanence. L’ampoule un jour grilla. Nous la remplaçâmes par une ampoule infrarouge. C’était fin mai. Est-ce le changement de spectre lumineux ? Le lendemain même j’eus un réveil de choc : de 7 poussins il n’en restait plus qu’un !

Manifestement, lassé des fruits secs & du pain rassis, notre parasite avait décidé de varier son régime. Il signa là son arrêt de mort.

Entre deux orages (virulents cette année là) , nous avons vidé la cuisine, débusqué l’Immonde Rongeur : derrière chaque meuble il y avait une cache, une réserve de nourriture, et nous découvrîmes mes 6 poussins, (un peu aplatis d’avoir dû passer de force entre les barreaux de la cage), bien rangés sous la maie, attendant le petit creux du salopard que nous coincâmes, comme à son arrivée, dans la double paroi de la cuisinière où il avait passé l’hiver au chaud, le bougre !

En deux coup de cuillère à pot, nous portons l’engin à l’extérieur, et je l’ai sorti....à la brochette. On a les armes qu’on peut.

J’ai sorti la Javel et l’huile de coude pour effacer toute trace de son hivernage en notre compagnie, et pris la décision de vexer Bérénice de manière non diplomatique à son prochain cadeau, en lui fermant tout bonnement la porte au nez la prochaine fois qu’elle nous rapportera quoi que ce soit qui ne soit pas tué au préalable !

Nous avons passé 8 mois en compagnie du cadeau de la demoiselle. Comme c’est plus qu’il ne lui en faut pour venir à bout d’une proie, elle nous snobe désormais d’une manière extrêmement mortifiante.

La garce.


Anne des Ocreries

mercredi 30 décembre 2009

Juste histoire de changer de chaîne...


Alors ça a démarré quelque part, à force on ne sait plus où...Une idée qui se lance, et que d'autres font vivre...." et si on faisait une chaîne de chansons d'amour" ? Parce que l'amour, sur ce foutu globe, en ces temps consuméristes de pouvoirs dévoyés, de détestation de l'Autre, est furieusement mis à mal par quelques idées nauséabondes ressorties des poubelles....et même si c'est naïf de prétendre arranger les choses à coup de chansons, ça ne l'est pas de penser que ça redonne des forces, que ça ouvre à l'espoir.....

Alors on reprend l'idée, et puis on la promène, à coup de bonnes volontés, de blog à blog, pour construire quelque chose....

Comme un goût d'Espérance, comme un combat mains nues des purs contre les forts....

Après tout, c'est l'époque, non ?

samedi 26 décembre 2009

Après la Grande Course....


Le Vieux Bonhomme peut rentrer se reposer, et goûter un repos bien gagné !



En espérant que tout le monde en aie bien profité !

Y a plus qu'à s'en remettre en attendant le Bonhomme Janvier....... :)) !!

lundi 21 décembre 2009

Ma tague des Plaisirs



Pan dans ta tague !

J'ai été taguée par Blue, qui me renvoie l'ascenseur de ma tague précédente ! La coquine.....

Ma foi, c'est de bonne guerre, voici donc ma réponse :

Un plaisir des yeux? Tout ce qui m'entoure, en général, et que je trouve beau. Les yeux de Monsieur l'Homme, quand ils sont tendres et souriants et bienveillants envers moi ; les yeux souriants des gens que j'aime, leur sourire. Des tas de choses saisies au vol, en passant.....tout ce qui peut tenir dans mon champ visuel, et qui m'exalte au lieu de me faire dire "bêrk" ou "saloperie de monde" !

Un plaisir que l'on partage? Un repas avec des amis, un livre qui m'a plu, un film, des musiques, des petites coïncidences qui ont l'air magiques, ma joie, ce geste de poser ma main sur la main de quelqu'un ou sur son bras, mon regard dans le sien et mon sourire en prime, pour signifier mon bonheur d'être en bonne compagnie......une certaine connivence, une certaine complicité, au gré de l'amour et de mes amitiés. Une bonne blague, un fou-rire......quelque chose de bon à manger, avec quelqu'un qui aime ça aussi.

Un plaisir d'enfance? Les préparatifs de départ en vacances, et le plaisir du voyage, et l'arrivée face à la mer, mon premier pas dans l'eau, avec le bruit des vagues et l'horizon immense en face de moi - le cri des mouette et des goélands, l'odeur d'iode et le bruit du ressac. La barbe-à-papa et le sachet de cacahuète à la fête foraine (mais pas les manèges !) - toute petite, ces petits moulins à vent qui tournaient en vrombissant au bout d'un bâton - les surprises dans les oeufs Kinder.......L'aventure des départs vers "du loin", pour aller visiter la famille : me promener dans Bordeaux et TOUT essayer de regarder, les gens les maisons les vitrines. Les oeufs de Pâques en chocolat planqués pour moi dans le jardin......

Un plaisir odorant? Mon parfum. L'odeur chaude de mon poney, de mes ânes, de mes chèvres, la fourrure de mes chattes quand elles rentrent, les foins qu'on engrange, la mer (mais pas les crevettes, bouac !), le pain qui cuit, un gâteau dans le four, la tarte au pomme, la vanille, l'odeur de Monsieur l'Homme, sa bonne odeur chaude d'homme vivant.

Un plaisir égoïste? Ma main rien que pour moi, un bain très chaud, mon lit. Passer du temps en tête à tête avec l'un ou l'autre de mes amis, et vivre ainsi un moment spécial. Mater les gens dans la rue et garder pour moi ce que je vois.....

Un plaisir de l'oreille? Les musiques que j'aime, les chansons que j'aime, lister serait trop long mais y a de tout, du classique (Entre autre Bach et Beethoven, Mozart et Vivaldi, Scriabine, le chant Grégorien -un paradoxe ?), et certaines chansons d'Yves simon, William Sheller, Joan Baez, Leonard Cohen, Brassens, heu...pffffffffff......y en a pleiiiiin ! je vis pas sans musique ! Le bruit du ressac, la chanson de la pluie mais quand je suis au chaud, marcher dans la neige, le ronron d'un chat, le premier petit "bêêê" d'un chevreau nouveau-né, les voix de mes amis.....un rire sans arrière pensée, franc et direct, joyeux sans méchanceté.

Un plaisir charnel? Les mains pleines de désir de Monsieur l'Homme sur mon corps ; mes cheveux le long de mes reins, quand je suis nue ; caresser un chat ; caresser, en général ; quand je m'endors, et qu'IL pose juste sa main en travers de mes fesses (han ! je l'ai dit ! rhôôô....)

Un plaisir inconnu? Sentir l'orgasme de l'autre en plus du mien, DANS MA PROPRE PEAU - sentir l'effet que ça lui fait, mes mains et mes caresses, jusqu'au plus fort ! Pour mieux "viser juste" et l'envoyer en l'air comme jamais ! Caresser un tigre vivant et me blottir contre lui. Approcher des loups, de vrais loups sauvages. Devenir copine avec une buse. Voir une baleine en pleine mer. Faire de la voile, toute seule le long des côtes, et pas toute seule plus loin.

Un plaisir du goût? Les glaces italiennes vanille-fraise, quand ce sont des vraies. La vanille, le caramel et le chocolat ; oh, oui, le chocolat ! le "vrai" bon pain bien cuit à la croûte qui croustille ; les éclairs au chocolat ; un rôti de boeuf dans le filet bien saignant, avec des pommes noisettes ; des filets de Saint-Pierre sauce citron, riz créole ; l'ananas - et surtout celui des Antilles !! petit mais ô combien goûteux ! les fraises Tagada ( bin oué....) bon, je m'arrête là.

Un plaisir anachronique? Pardi, atteler et partir par les chemins en hippo-traction, héhéhéhé ! pour aller faire mes courses au shopi du coin, en attachant le bourricot après le parc-mètre quand je trouve rien de mieux ! hahahaha ! La tronche des keufs !

Un plaisir qui ne coûte rien? Faire la sieste. Ouvrir les yeux le matin et avoir toute une journée à inventer !

Un plaisir honteux? Pffffffff.....heu......j'vois pas....j'en ai des très intimes, que je garde pour moi, mais des honteux ???

Un plaisir hors de prix? Vivre dans le confort et manger tout ce qui me fais envie (pouvoir me le payer) ; Les bouquins d'art de la collection Citadelles & Mazenot, les gros machins épais du diable, là ! et les Pleïade, aussi ; un bateau (genre barque à voile) ; une croisière dans les îles grecques (et tout ce qui va avec, fringues neuves et sous à dépenser). Pouvoir aller voir TOUTES les expos qui me plairaient, les musées qui font envie. Apprendre à conduire et m'en aller toute seule quelque part ! Plaisir hors de prix = plaisir pas pour demain.

Un plaisir défendu? Pisser dans l'eau quand je me baigne. Hygiéniquement, ça me freine.

Un plaisir surestimé? Le Pouvoir - et le désir de puissance.

Un plaisir à venir? Demain.

Et ceux qui veulent relèvent le gant et s'y collent aussi !

JOYEUSES FETES !


Oui, moi c'est aujourd'hui, la fête !


bon alors moi, Noël je fête pas, j'ai pas les moyens de m'offrir des fêtes - et puis comme je ne crois en rien, l'anniversaire d'un futur martyrisé, c'est pas ma crèmerie.

NEANMOINS......

Je ne reste pas sans fêtes ! Nous sommes le 21 décembre, je voudrais vous rappeler que c'est le jour le plus court de l'année, et par conséquent, la nuit la plus longue (héhéhéééé.........).

Après ça, on va vers l'été, voilà, malgré l'hiver et la froidure, y aura chaque jour un peu plus de lumière après ce jour, y aura l'attente des beaux jours à venir et quand on passe l'hiver quasi sans chauffage, on se dit, une fois passé ce jour là, que dans 3 mois au jus c'est le printemps les gens, il est temps de bêcher son jardin pour les futures récoltes à chaque fois que la terre sera pas gelée !

Alors joyeuses fêtes à tous !

A partir d'aujourd'hui on s'en va vers l'été !


ça vaut bien une fête non ?!


Donc, meilleurs voeux à vous tous, je vous espère emplis de joies et de projets, d'allant et de bonnes surprises à vivre ! Emplis de bonheur et de réussite, ou à défaut d'espoirs.

Emplis de sève et de force, de courage et de créativité, de solutions et d'enthousiasmes.

Et du mordant, foutraille !






mardi 15 décembre 2009

j'ai reçu ça - je fais passer....


Une de mes amies m'a fait parvenir ceci. Il est rare que je publie des vidéos, mais celle-ci, je l'ai trouvée.....impressionnante.



La lettre sans papier
envoyé par Lalettresanspapier.



ça donne matière à causer, non ?

Et la réponse est.....



Bien entendu, le pas-si-gros-mensonge-que-ça puisque presque tout le monde l'a trouvé sans aucune difficulté, c'est bien la n° 5 !

Je n'ai JAMAIS été fichue d'être d'humeur égale, et bien que regrettant ( après coup) mes emportements éventuels qui passent aussi vite que le TGV, je passe par toute la gamme en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire !

J'ai des euphories resplendissantes, des tristesses abyssales, des colères à faire trembler deux hémisphères, des indifférences totales et des passions effrayantes - et pire que tout : des fois, JE BOUDE ! NA !
Et quand je me marre c'est rarement à moitié.

Parce que pour moi, ça, c'est vivre, et que vivre, c'est ressentir, éprouver, s'en donner à fond, et que ça, c'est pas compatible avec la platitude des tiédasses et des mous.

Donc, tous les "numéro 5", BRAVO !

Les autres, vous inquiétez pas, une autre fois je parie que vous trouverez !


Merci à vous tous d'avoir bien voulu jouer !

samedi 12 décembre 2009

Non non, je n'ai pas disparu !



Y avait un petit moment !

Bigre ! Presque un mois que ce blog ronflotte paisiblement, vous allez finir par vous demander ce qui m'arrive ! Bon, je n'ai pas totalement disparu, non plus, mes passages chez vous le confirment, mais ma production personnelle est à l'étiage.

Que s'est-il passé pendant toute cette période ? Oh, bien des choses ! D'abord, comme tous les automnes, une petite quinzaine de maladie (un genre de bronchite carabinée ou quelque chose comme ça....), avec les habituels fièvres, maux de gorges, etc.....donc cure d'aspirine, tisanes, vitamines, mouchoirs. Puis convalescence molle molle. mais ça y est, c'est de l'histoire ancienne.

Ensuite, des difficultés matérielles sans fin, mais comme ça fait une vie que ça dure....et puis, le contexte actuel ne permet guère de se faire d'illusions sur les jours meilleurs à venir et les lendemains qui chantent, ça relèverait plutôt du folklore, ce genre d'espoirs périmés. Endurer, qu'il faudra....mais ça a bien failli foutre en l'air not'belle histoire d'amour, et j'ai chialé assez de larmes pour foutre le Cher en crue. Si je vous dressais le catalogue de tout ce qui me fait souci, vous seriez atterrés, bonnes gens ! Bon, enfin, on gère au mieux tout de même, et finalement, on a rapiécé notre love-story, en s'arrachant les cheveux pour chercher des solutions à nos soucis ; pas gagné, ça.

J'ai repris mon activité de Dog-Sitter ! Aussi ai-je passé beaucoup de temps dans les chemins, à essayer d'éviter les billets de parterre à cause de la gadoue, remorquée par un labrador raide dingue du troisième âge, complètement sourd, ce qui m'oblige à le garder en longe puisqu'il ne peut plus venir au rappel ! Mais comme il veut suivre ses copines, qui fait le drapeau derrière, à votre avis ?

J'écris, aussi, mais vous ne lirez pas de sitôt ma production, en attente et en construction. Enfin, j'ai beaucoup à faire, sur et hors clavier. Mais je ne vous perds pas de vue, et vous savez que je reste en vos compagnies. Je vois beaucoup de belles et bonnes choses, dans notre petite blogosphère, et je me régale bien souvent.

Parmi les récents évènements, je me suis trouvée "taguée" à deux reprises - et je me suis dit chic alors, jouons le jeu ! il m'a fallu un jour ou deux pour réussir à dégager du temps pour ça, mais aujourd'hui enfin, j'ai le temps, j'y vais !

Premier tag : The Mary's tag !

Les règles sont simples : Je dois vous donner sept confidences sur moi, dont un mensonge ! à vous de le trouver..... et puis bien sûr, passer la balle, héhéhéhéhé......Avec Mary, je me suis lamentablement plantée, je dois dire, et j'ai fait chou blanc. Voyons si vous serez, vous, perspicaces ?

- 1 : J'adore traîner au lit, à dormichonner et à rêvasser. Faut dire que c'est le seul endroit confortable de cette maison.

- 2 : J'ai horreur de la vie en collectivité et des activités en groupe (enfin, ça dépend de quel groupe il s'agit et du nombre de participants).

- 3 : J'abomine toutes les variétés de choux-légumes, mais vous pouvez venir avec des choux à la crème, tant qu'ils ne sont pas au café.

- 4 : Je n'ai jamais bu une goutte d'alcool, je l'évite comme la peste, rien que l'odeur me donne mal au coeur ! y compris et surtout dans les desserts, bonbons, sirop pour la toux, etc......mais cuit, dans certains ragoûts, en quantité minime, ça passe. - après deux heures de cuisson.....

- 5 : Je suis toujours d'humeur égale.

- 6 : Je n'ai jamais pu lire "guerre et paix", ça me gonfle.

- 7 : à dix ans je savais déjà que je ne voulais ni me marier ni avoir d'enfants.


Voilà mes biquets, débrouillez-vous avec ça ! je crois pourtant que c'est assez facile, je suis hélas transparente et facilement devinable ! Quand j'ai demandé à Monsieur l'Homme de trouver un mensonge à dire sur moi, il s'est gratté la tête, bien embarrassé, parce qu'il paraît qu'avec moi tout peut être vrai ET faux, dépendant du moment et des circonstances, alors il a jeté l'éponge et j'ai dû me débrouiller !

Bon, et maintenant je passe à BLUE, JEAN-JACQUES et RENICA, sur ce tag là ! Mais bien sûr si ça vous ennuie ou que vous n'aimez pas ces petits jeux vous pouvez décliner, ça va de soi !

Le tag suivant vient de Luciamel :

Là, il s'agit de GPS ! ça m'inspire quoi ce bidule ?

C'est une technologie qui m'amuse beaucoup, qui a peut-être des vertus pratiques pour beaucoup de gens, mais je lui préfèrerais toujours une bonne vieille carte routière, voilà, ça y est, c'est dit !

D'abord ça m'ennuie de pouvoir être pistée comme ça dans tous mes déplacements, je trouve qu'on vit déjà dans une société de surveillance chronique et de contrôle social bien assez développés, j'ai pas besoin que les satellites s'en mêlent. Et puis je trouve que dans la vie, apprendre à s'orienter est un savoi-faire essentiel.

Alors fi du GPS ! Surtout que je n'ai pas le permis, alors en plus, comme c'est moi qui fait le co-pilote sur les longs trajets, y a pas besoin de ça.

Moi, la plupart de mes déplacements, ils sont là :



Et vous voyez, une bonne vieille carte, c'est tout de suite plus lisible, non ?

Alors, pour nous parler de GPS, je vais épingler POMME, LYSE (qui au moins ne perd jamais le Nord, hihihihi !) et LA MOUETTE à qui ça changera les idées !

Et grand merci à Mary et Luciamel d'avoir pensé à moi !

Promis, je vous récrirais des histoires, j'en ai plusieurs en route mais je suis une speedy gonzales dans bien des domaines, sauf mes productions.

Amusez-vous et portez-vous bien !

lundi 16 novembre 2009

Quand ça me parle au coeur


En ce moment, pour de multiples raisons, je n'ai pas le temps de rédiger ce que je voudrais. Je vous offre donc des choses que j'aime, à défaut....pour vous aider à patienter....

"Choses qui font qu'on se demande pourquoi on est triste"

Ecoute Est-ce le vent ? Ecoute Réveille toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l'hésitation à la marge des bois
d'une bête en suspens entre l'ombre et la fuite ?

Ecoute On a marché Il faudrait aller voir
C'est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j'ai oublié de fermer avant de m'en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n'en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui
existaient

Ecoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d'une averse qui s'endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j'étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j'ai rêvées ?

Etait-ce toi qui m'attendait minuit d'une autre vie ?
Je me suis égaré J'ai cherché très longtemps l'orée et le chemin
J'ai dû marcher des heures dans l'humus sous la pluie
et quand j'ai reconnu la barrière l'allée d'ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la résine et le pin)

Ecoute C'est le vent qui se trompe d'année
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s'est égaré
C'est lui qui bat Ou bien mon coeur A quoi pense-t-il ?
Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d'enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n'est que moi
Je venais visiter celui que j'ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grand hêtres
Non C'était des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n'est que moi Et je m'en vais Odeur d'hiver et de salpêtre
Ecoute Est-ce le vent ? Etait-ce moi ? Une heure sonne

Ce n'est que moi Ou bien le vent Ou bien personne


Claude Roy,
13 Avril 1957, dans le recueil "somme toute" (à vérifier)

tilidom.com

mardi 10 novembre 2009

Parce que y a des jours où...


Litanies de mon triste cœur

Mon cœur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.
Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon cœur est un cancer qui se ronge lui-même.
Mon cœur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d'un dernier rêve en allé sans retour.
Mon cœur est un gourmet blasé par l'espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu'un lait rance.
Mon cœur est un noyé vidé d'âme et d'espoirs
Qu'étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.
Mon cœur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s'obstine à sonner l'heure.
Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu'on nomme universel dégoût,
Mon cœur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d'or malsaines et splendides!
Mon cœur est un cercueil où j'ai couché mes morts...
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!
Mon cœur est un tyran morne et puissant d'Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.
Mon cœur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d'obscènes cauchemars.
C'est un feu d'artifice enfin qu'avant la fête
Ont à jamais trempé l'averse et la tempête.
Mon cœur.... Ah! pourquoi donc ai-je un cœur ? Ah! pourquoi
Ma vie et l'Univers ? la Nature et la Loi ?

15 novembre 1880.
Jules Laforgue
1ère publication:
Poésies Complètes (Le Livre de Poche) 1970



tilidom.com

lundi 26 octobre 2009

C'est mon tour !


Merci Lulu, merci Odile !



On dirait bien qu'il n'y a pas que moi que "ça triture", puisque deux éminentes blogueuses ont eu la gentillesse de me compter parmi leurs centres d'intérêts dans le vaste univers de la blogosphère !

Je parle de Lulu, du "Blog de Lulu Sorcière" ( qui doit être en train d'affûter ses balais vu la date où nous nous trouvons, héhéhéhé....!) - et à qui, oui, promis, dès que j'ai 5 minutes je fais le point avec elle pour son coquin d'âne, et d'Odile, des "cerisiers de l'Aube", chez qui je fais des virées- éclair bien agréables - en vous engageant à aller y jeter un p'tit coup d'oeil si vous ne connaissez pas encore, ça coûte pas cher, ça prend cinq minutes et ça fait toujours plaisir !

Me voici donc "primée", en voilà une drôle d'affaire ?, comme un poulet de grain ou un porc label rouge, ma foi, !!!! - et ça m'a bien étonnée, amusée, fait plaisir (aussi !) et laissée perplexe : ah bon ? Bon....

Donc j'appose la petite étiquette qu'on décerne à ces occasions, et je me plie aux usages qui vont avec : je dois vous parler de moi, puis vous parler de 7 blogs qui me plaisent ! Mais comme j'ai un peu de mal avec les limites, je vais les dépasser un peu, et vous livrer une bonne liste de gens sympas chez qui passer faire un tour, parce que 7, c'est peut-être symbolique, mais c'est pas assez grand, comme quantité !

MOI :



Voilà ma bobine d'aujourd'hui, déjà, pour commencer. Toujours coiffée avec un pétard (oui je sais, y en a qui les fument, grand bien leur fasse mais merci bien je passe mon tour !), parce que ça m'agace de perdre mon temps à me coltiner 80 cm de crinière embroussaillée ; de temps en temps, Monsieur l'Homme s'arme de patience, d'un gros soupir, et s'attelle à la tâche en maugréant. Sinon je m'en charge à grand renfort de jurons, d'huile de coude et de démêlant lors des shampoings.

Je n'ai que les diplômes que je n'ai pas pu esquiver, genre certif' et brevet des collèges, parce que ceux là j'étais encore trop mineure pour pouvoir me défiler ; mais j'ai toujours détesté ce genre de réjouissances qui limitent votre valeur à la possession de quelques bouts de papier - oui, je sais, j'ai un caractère abominable, des idées très spéciales, et une bonne vieille tête de mule berrichonne. J'ai tout de même réussi à me payer un an de Sorbonne, en passant l'ESEU "A" (mais c'est parce que les copains m'ont littéralement JETEE dans la salle d'exam après m'avoir kidnappée !) - et moi qui avais toujours dit "m'en fous le bac, j'le passerais pas" et "m'en fous t'façon j'irais à la Sorbonne", j'ai en effet réussi à avoir le niveau "bac +1 " ..... sans bac. Avant de m'apercevoir que bon, de toute façon, j'avais autre chose en tête à l'arrivée qu'au départ, et qu'il me fallait bifurquer. Dont acte.

J'ai élevé des chèvres pendant dix ans, et je suis en train de cesser cette activité - noyée sous les dettes. Mais j'ai gardé mes biquettes, parce que je n'envisage pas une seconde de m'en défaire. Ni, non, plus, d'aucun des membres de ma ménagerie : poules, chats, chienne, pigeon, équidés divers. Le tout me faisant tourner bourrique à longueur de journée, ce que j'accepte en pestant - pur esprit de contradiction, croyez-vous ?

Et bien ennuyée pour savoir quoi faire à présent ; surtout que s'il ne tenait qu'à moi.....sans nos plaies d'argent récurrentes qui nécessitent une activité rétribuée pour décourager les huissiers, je suis très heureuse chez moi, et j'y resterais volontiers - j'ai assez à y faire !

Que dire d'autre vous n'ayez déjà pas peu ou prou deviné ou lu sur ce blog, à propos de moi ? Je ne suis pas allée voir un médecin depuis le vingtième siècle, plein de caries et besoin de lunettes pour lire ? Tu parles d'un scoop ! Je n'ai pas, n'aurais pas et ne veux PAS d'enfants, même s'il existe certains êtres humains encore en état d'enfance avec lesquels je m'entends particulièrement bien, et qui sont des copains.

Bon, ça ira bien pour moi, voyons maintenant les blogs où j'aime bien me balader :

LES PILIERS : ceux-ci me voient passer tous les jours - et je vous préviens, pour 7, on va essayer les multiples, hein ! Je vous les livre rangés gentiment par Blogger himself :
- 1 : Pomme ! "Almanachronique des villes et des campagnes", ma première copine "on line", qui me fait rire, que j'ai déjà rencontré, que je rencontrerais encore - mais chais pas quand par exemple ! On s'est plu, on a bien fait, c'est quelqu'un de simple et de vraiment chouette - et entre nous, j'adore son sourire !
- 2 : Bluebird, "c'est la nuit" - bourré de gentillesse et de sensibilité, émotif, fugace, variable, toujours agité, mais stable dans ses affections, doux, affable, généreux, serviable, il fait partie de ce fameux "club des 4" initié par Jorge, nous nous sommes aussi rencontrés (à Lyon), et j'aime me balader chez lui. Un jour je pousserais jusqu'à son nid, histoire d'y prendre un thé....
- 3 Jigé, "Connaissance de soi", parce qu'il fut le premier à arriver chez moi, le jour même où j'ouvrais mon blog ! Lui écrit depuis l'Outre-Atlantique francophone, je laisse assez peu de commentaires chez lui, mais il est gentil. C'est chez lui que j'ai découvert Pomme !
- 4 Kat Imini, "Des mots, des images...." Ma Kat, l'autre élément féminin du "club des 4", généreuse, souriante, avec des yeux qui pétillent de vie, ses mots et ses images résonnent et font vibrer, elle effleure la corde sensible avec grâce et délicatesse - et ça lui ressemble !
- 5 Jorge, "El Deseo", l'initiateur du "Club des 4", plein de pudeur, d'humour, de tact et de générosité, puits de culture amoureux des Arts, fin lettré, je ne manque jamais d'y trouver quelque chose que je ne connaissais pas encore !
- 6 Rénica, dans ses "EXERCICES DE STYLE", a toujours un sourire et de belles images à nous montrer,
- 7 Allez donc, bon sang, faire un tour chez Sarah-Emmanuelle Burg, "Illustration - Burg Sarah-Emmanuelle", je vous fiche mon billet que vous allez craquer sur ses personnages tout doux, expressifs et p'tits coquins ; ses images m'ont séduite au premier coup d'oeil, et j'en redemande !


- 1 bis Les oiseaux sont bourrés de talents, la preuve, "La Mouette cuisine", et nous concocte dans ses chaudrons un menu de billets d'excellente qualité, pour fins gourmets je vous prie !
- 2 bis Alterdom me l'a appris : "la photo change le regard", c'est une pythie inspirée, je vous l'ai déjà dit, ses images me pénètrent au plus près de moi-même, elles se contemplent, n'hésitez pas à cliquer dessus pour les voir "en grand", et rêvez ! Elle a du talent, un coeur gros comme ça et c'est une amie de choix.
- 3 bis Lulu, je l'ai déjà citée, "Le blog de Lulu Sorcière "c'est frais, c'est sympa, c'est pimpant, ça sent bon le feu qui pétille, les rires et "quelque chose" qui mijote doucement pour le repas, on pousse la porte et puis c'est là, on est juste bien.
- 4 bis Bunny, et son "Temps d'un soupir", sensible, un certain ton, une certaine ambiance, je commente peu mais je ne rate rien, et je goûte chaque billet.
- 5 bis Lyse ! et ses "Rêveries de Lyse", comment passer outre ? Beauté, poésie, émotion, sensibilité, Lyse et ses mots-bagarre, Lyse et ses mots d'amour, allez-y vite vous allez être en retard !!!
- 6 bis Karl qui peint et dépeint avec " Ma palette de mots", depuis la rive d'en face, j'aime sa plume détournée qui retourne.....
- 7 bis Miss Mary qui nous raconte " ma vie" en toute simplicité, j'aime beaucoup ce petit ton primesautier, son humour décapant, je la regarde vivre et grandir avec plaisir et sympathie, elle a tenu 9 mois entiers comme Jeune-Fille-Au-Pair (lisez "JAP") dans le BW en Allemagne, et chapeau, elle s'en est rudement bien sortie ! Ses aventures continuent en direct de la Pampa, et c'est bien !


- 1 ter Blogger la range là mais elle est beaucoup plus près dans ma liste des "préférés-à-voir-tout-de-suite", il y a Carole et ses "Miettes", qui pour des miettes me calent sans aucune difficultés ! Rassure-toi Carole, elles sont très digestes, et on y revient sans cesse ! Carole et sa voix, ses mots, j'imagine bien son rire, ses colères, Carole et la Passion avec une majuscule, comment, vous n'êtes pas encore allés voir ? Je dis "Miettes" parce que c'est le principal blog, mais Carole en a un autre, où je passe, tout comme Pomme ou Bluebird - je ne cite que les blogs principaux, vous trouverez les autres !
- 2 ter Jean-Jacques, et ses Chroniques de l'Estuaire, "Saint-Nazaire couleurs d'Aencre", bourré d'humour et de sensibilité, une belle plume, allez voir c'est ma bouffée d'air marin, une partie de moi se balade par là entre Pornic et Saint-Nazaire, j'aime bien qui il est.

- 3 ter J.Earthwood, "The Inner Light", a une plume acérée et décapante bourrée de lucidité, ne passez pas à côté !
- 4 ter Françoise et son blog-photos "un instant une photo", parce que c'est beau et qu'elle est très sympa ; elle a au moins un autre blog sur lequel je me promène parfois.....
- 5 ter Doume, qui nous fait passer aussi de jolies images dans son "Vu par Doume", avec un petit brin de malice en prime....
- 6 ter "A fleur de peau" nous distille de purs bijoux de poésie, peut-être depuis l'autre rive mais va savoir, il est tellement discret sur lui-même...ses textes font mouche à chaque fois, c'est beau, c'est sensible - et un peu plus que ça.
- 7 ter Jean qui est depuis un moment déjà "à la recherche de l'absolu" nous donne aussi des photos, mais frissonnantes de quelque chose en plus, d'une intention particulière, et chacune de ces images se découvre avec recueillement, sans hâte, et se contemple.

Ceux-là sont chez Blogger, comptez, ça fait bien trois séries de 7, mais il y en a d'autres, ailleurs, dans d'autres domaines de la blogosphère, où je pousse mes pas quotidiennement :

- Blue, "Helenablue", allez voir et régalez-vous ! Je m'y plais, parce que c'est vivant, vibrant, passionné, intelligent, humain, sensible..... et j'en oublie.
- "Chez Sophie", découverte récente mais ô combien savoureuse,
- "Le blog de Luciamel", agréable, amical, sensible, émouvant, intéressant, une belle plume à aller lire.
- "Le blog du Pierrot" ! et son fidèle compagnon Nours l'Incomparable, un blog photo excellent, bien vu, drôle, émouvant, varié, Pierrot le Baroudeur voyage pour nous les immobiles et nous fait savourer ses glanages aux quatre coins du globe.
- "Le Cabanon", où La Rascasse Fûtée sévit "avé l'assent" - et le pastaga, coquin de sort ! est particulièrement plaisant, bien écrit, accueillant.

Voyez, ça en fait un petit paquet, hé ? Bon, tout le monde n'étant pas prolixe, à visiter tous les jours - en plusieurs vagues successives suivant mes disponibilités - ça se fait sans déplaisir et sans difficultés. Alors, dans tout mon monde, comment aurais-je pu en choisir 7 ? Impossible ! Limite cruel ! Choisir, c'était en écarter, et je ne le pouvais pas.

Outre mes "piliers", il y a des épisodiques, comme "La Mite Orange" ou "JC Biker" ou "Dreamokwa" ou "Myel"et quelques autres, chez qui je pousse le pied à l'occasion, en déplorant souvent de n'avoir pas le temps de visiter plus.....parce que j'ai à faire, parce que j'ai pas le temps, parce que même dans mes "quotidiens" il y a des jours où je fais bref, mais il m'arrive fréquemment de faire un petit tour chez l'un ou l'autre visiteur de mes "bloglistés". Je ne commente pas forcément, quand je survole, mais je passe. Et je me régale.

Je trouve que chacun "y met du sien", dans tous les sens du terme, et c'est bon. Il se dit des tas de choses, il s'échange des idées, on y pleure on y sourit, j'aime ce monde qui pour moi ne sera jamais aussi "virtuel" qu'on veut nous le dire, parce que vous tous derrière vos claviers, vous êtes vivants, vous êtes de "vraies" personnes réelles, ici, là, partout où je ne serais jamais allée, où je ne vous aurais jamais croisés, passant à côté de beaucoup de valeur humaine.

A vous tous, pour vos blogs, vos efforts, votre temps, MERCI !

Ps : désolée, j'ai pas collé de liens, j'ai croulé devant la tâche, renâclé devant l'effort. Vous n'aurez plus qu'à faire des copier/coller en effectuant les recherches....allez, c'est ça l'Aventure, aussi !

lundi 12 octobre 2009

J'aime pas le matin - 2



Je marche vite, déjà la rue du lycée, j'entrevois les grilles et la masse grouillante qui tous les matins garnit le ciment du trottoir ; je m'arrête net ; soudain, il m'apparaît avec évidence que, non, je ne veux pas y aller. En moi ça bouillonne de rage, de chagrin, d'angoisse, de nausée. Alors d'un coup, je me détourne et je me barre, je fuis, courant presque, je me jette dans la première rue qui s'ouvre, c'est décidé je me fais la belle, je me casse, je me trisse, je fous le camp. J'ai choisi la tangente comme ligne de fuite, sauf que je ne sais pas où est l'horizon. M'en fiche, je file.

Pas aujourd'hui, la meute de mes semblables, ados post-pubères avec ou sans acné, mal rasés pour faire virils, les garçons en paquet qui pérorent, les minettes maquillées water-proof pour avoir l'air de femmes, guettant si on les regarde, zut, nan ! Saturation, j'ai pas la force aujourd'hui ; je ne me vois pas, là-dedans, me frayant un passage en évitant les coudes, ils ont tous au moins une bonne tête de plus que moi, marre ! Puis après ces couloirs glauques, longs et sonores, carrelés et peints, l'attente avant d'entrer dans la salle, le temps que le prof termine son café et se décide à bouger, puis les heures longues assise à ces tables incommodes, aujourd'hui, non ! non! Et tant pis pour la pluie, après tout j'y peux rien !

Tout de suite, je me sens mieux d'avoir foutu le camp. La meilleure liberté, celle qui a le meilleur goût, c'est celle qu'on vole ! Il a beau pleuvoir "des siaux", la pluie ne me gêne plus de la même façon que tout à l'heure ; tout à l'heure elle était l'ennemie, à présent elle est ma complice, les rues seront vides, et mouillée pour mouillée...je renifle et j'allonge le pas, je veux mettre le plus de distance possible entre moi et le quartier du bahut, je m'applique à éviter les autres qui se hâtent vers leurs cours.

Bon, je suis quand même bien trempée, faudrait songer à trouver une escale - et une où je passerais inaperçue, si possible. Sécher un peu et absorber quelque chose de chaud, dormichonner rêveusement dans la chaleur sonore d'un sympathique "débit de boisson"....Je rallie les alentours d'un des deux autres lycées de la ville, repère le bar attitré de la marmaille locale, et pousse la porte. Les cours vont bientôt commencer, ça se vide, je m'affale sur une banquette de moleskine marron, mon sac à côté de moi, ouf ! ça fait du bien. Je commande un chocolat chaud, je sais qu'à petites gorgées il peut faire un bout de temps, autour on s'acharne fébrilement entre baby-foot et flipper, on voudrait bien finir sa partie avant la reprise, ils sont déjà énervés comme de jeunes roquets mais ça ne me dérange pas. Le bar se vide, moins dix, dans cinq minutes ça sonne, et le calme revient dans ce havre de fortune, pour au moins trois bons quart d'heure. Je soupire d'aise, les mains autour de ma tasse bouillante. Aujourd'hui, je "sèche". Ça me fait bien marrer.

Dans mon sac j'attrape "le" livre du moment, Kandinsky, "Regards sur le passé", je me cale confortablement et je pars, voilà, j'oublie le lycée inhospitalier, les cours sans relief et monotones, mes joyeux contemporains que je préfère de loin - et la longue journée passée dans l'enceinte du lycée, entre les salles de cours, le "foyer" et la salle de perm, n'oublions pas la cantine et sa queue au self, où la vie collective de bétail à formater - et à nourrir - prend toute sa saveur et son relief.

Heureusement que je ne suis plus interne, j'ai bien cru en devenir folle : insomniaque et quasi anorexique, je passais mes nuits recroquevillée sur mon lit, dans cette vaste salle de soixante lits, à écouter dormir les autres filles, le ventre serré d'horreur parce que deux étages et plusieurs verrous me séparaient de l'air nocturne et de ma chère liberté, effarée de me sentir sous clé, et ne mangeais qu'un ou deux pains au chocolat par jour, me rattrapant le week-end chez moi de tout ce qui ne voulait plus passer en semaine ; je n'ai jamais pu supporter la contrainte. L'enfermement m'était devenu une telle horreur qu'il a bien fallu trouver une solution, et le prix à payer de ma semi-liberté (en tant que mineure), c'est ce train que je prend matin et soir, et qui me jette hors du sommeil à l'heure fragile et dure où ont lieu les arrestations policières, au plus fort de la douceur des nuits, dans la sécurité des rêves. Je n'avais pas prévu que ce serait aussi difficile, et je n'ai pas d'autre choix.

Je me demande parfois ce qui m'a pris de choisir cette option dont je ne connaissais que peu de choses, pas franchement claire en débouchés, mais dans le fond j'ai ma réponse : dans ma ville il n'existe qu'un seul lycée d'enseignement général, aux options classiques, et j'y aurais retrouvé toutes les têtes croisées depuis la maternelle, que je voulais fuir à tout prix et que je ne pouvais plus supporter. Marre d'être forcée de côtoyer jour après jour ces êtres avec qui j'avais si peu d'atomes crochus, je voulais du nouveau, j'en ai, en fait je n'ai qu'à m'en prendre à moi même si le remède est pire que le mal ! Au moins, j'ai découvert quelque chose de passionnant, à défaut de gens avec qui réussir à vivre.

Les grandes vitres du bar sont embuées et protectrices, il fait bon devant ma tasse de chocolat, je suis loin dans les mots de l'homme que je lis, il peut pleuvoir désormais, j'ai deux bonnes heures devant moi d'un bonheur sans mélange, doux et suspendu entre deux univers.

La journée a commencé.


Anne, octobre 2009

jeudi 8 octobre 2009

J'aime pas le matin



J'aime pas le matin.

D'abord, y a la stridence du réveil qui m'arrache à mes rêves, qui vient violer mon oubli, perturber mes songes, affolée je le coupe, et ça me serre la gorge, là, tout de suite. Je dois me lever.

Il est quatre heures et demie, mon train est dans deux heures, il pleut, j'ai froid, et j'ai envie de pleurer, comme tous les jours. Je ne peux rien avaler, je zappe, toilette, ça caille, il fait nuit, y en a encore pour quatre heures avant le jour et il sera dégueulasse, il pleut. Dehors les lampadaires jaune pisseux font briller l'asphalte, je vais être trempée d'ici la gare, ça va être top, tiens. Dans le garage je fixe mon sac sur le porte-bagage du vélo, je ferme mon anorak, cache-col bien enfoncé, ça va me dégouliner sur le jean et le tissu va tirer, coller à la peau, l'eau froide sera cinglante et là ça y est, dehors sous le auvent mon vélo à la main je chiale, j'en ai marre, j'aime pas ma vie.

L'heure tourne, faut y aller. Je pars, la gare est à l'autre bout de la ville, à cette heure-ci y a personne ou quasi dans les rues, je m'élance, je roule le plus vite possible, en avoir terminé rapidement. Le vélo je le laisse à la gare, avec l'antivol, au garage à vélos. La Micheline est déjà à quai, je grille ma clope avant de monter, le jaune pisseux me poursuit même ici, la pluie ruisselle, j'ai froid, j'ai sommeil, j'ai pas envie d'être là, et aucun des autres non plus, ça se voit à leur tronche.

J'aime pas le matin.

Je me pose à une place, après avoir fourré mon sac au-dessus de ma tête ; mon jean me tire la peau, mes cheveux dégouttent, je renifle, on est plus ou moins tous pareils, à cette heure-ci, ensommeillés, grognons, dégoulinant et profondément malheureux, ça se lit dans les regards mornes. Ça sent le chien mouillé, presque personne ne parle, sinon à mi-voix. On va passer une heure dans ce train, avant d'avoir à se recoller sous la flotte. Les gens, y en a de deux sortes : les jeunes qui vont à leur bahut, et les prolos qui vont bosser. Je me rencogne contre la vitre, je vais essayer de dormir...Le train se remplit, on va bientôt - on est parti. Ici ou là on essaie de prolonger la nuit, glaner un peu d'oubli, c'est pas du luxe devant la journée qui attend.

Chacun est comme une île au milieu de la tempête, cou enfoncé dans les épaules, mains dans les poches, tu sens tout ce paquet de solitudes qui persistent à survivre, le regard vague ou les paupières closes, et de gare en gare le train va se remplir de dizaines de clones, trempés et misérables d'avoir à être là, dans la fin de la nuit, entre la pluie et la longue journée qui s'annonce. Je me sens écrasée de toute cette misère entassée, la gorge nouée, j'ai envie de fuir. Alors toute une vie, c'est ça ? C'est ça, et on guette les matins libres où les yeux s'ouvrent sur le jour, trop rares, on va subir ça des années entières, toute une vie, à attendre ces rares jours où l'on pourra échapper à la stridence du réveil qui viendra bousiller nos nuits ? Je pense à mon lit tiède, je n'aime pas me lever. Je vois mon futur tous les jours et j'ai envie de me flinguer. J'ai dix-sept ans, la trouille au ventre et l'envie de fuir.

Le train roule et grignote le temps, les gares défilent, les portes du wagon engloutissent de plus en plus de gens mouillés, silencieux, le calme est alors rompu cinq minutes, on jette un œil sur ceux qui passent, "les nouveaux", qui se casent et nous rejoignent aussitôt dans l'art de s'isoler en soi, mimétisme des matins morts-nés - à part nous autres scolaires qui "préparons l'avenir", les adultes eux vont "gagner leur vie" - et il m'arrive de me demander quel péché on expie, tous ensembles là, dans ce train du matin, jour après jour, à ruminer l'innocence perdue de nos nuits désirées....

Un frisson nous parcours comme une longue échine, quand le haut-parleur crachotant annonce l'entrée en gare, ça y est, la grosse limace crème et rouge va régurgiter son contenu, ça remue, on s'ébroue, des garçons ont déjà les bras dans les filets pour descendre les sacs, dehors ça pisse plus que jamais et il fait toujours nuit, dans trois quarts d'heure la sonnerie inhumaine du bahut annoncera le début des cours, j'ai la nausée. Debout à présent nous attendons, dents serrées, l'horrible crissement des freins de la Bête qui nous transporte, son immobilité dans un dernier crachotement rauque et l'ouverture des portes. Les uns après les autres nous sortons à quai, assurant d'un coup d'épaule balancé le sac derrière le dos, et la marche est rapide, tout de suite, comme pour s'enfuir au plus vite, dégager l'endroit, entrer enfin dans la journée. La pluie cingle encore, les premières gouttes sur le visage recueillent toutes les malédictions de la terre.


(à suivre)