lundi 16 novembre 2009

Quand ça me parle au coeur


En ce moment, pour de multiples raisons, je n'ai pas le temps de rédiger ce que je voudrais. Je vous offre donc des choses que j'aime, à défaut....pour vous aider à patienter....

"Choses qui font qu'on se demande pourquoi on est triste"

Ecoute Est-ce le vent ? Ecoute Réveille toi
Est-ce un renard ? Le vent ? Est-ce un pas ? Qui hésite ?
Est-ce un oiseau de nuit clopinant sur le toit ?
Est-ce un chagrin de mes dix ans ayant rejoint ma piste ?

Ou bien l'hésitation à la marge des bois
d'une bête en suspens entre l'ombre et la fuite ?

Ecoute On a marché Il faudrait aller voir
C'est peut-être le vent qui fait battre un volet
dans une maison basse au fond de ma mémoire
que j'ai oublié de fermer avant de m'en aller
pour toujours il y a des années
et le volet n'en finit pas dans une autre nuit noire
de battre sur le mur disparu comme si le mur et lui
existaient

Ecoute Est-ce la pluie ou bien le vent dehors
qui font glisser le long du silence étonné
le chuchotis furtif d'une averse qui s'endort
puis qui reprend fait halte encore et recommence à pianoter ?
Ai-je rêvé que je pleurais ? Ai-je rêvé que j'étais mort ?
Et maintenant est-ce la pluie sur cette joue ou les larmes que j'ai rêvées ?

Etait-ce toi qui m'attendait minuit d'une autre vie ?
Je me suis égaré J'ai cherché très longtemps l'orée et le chemin
J'ai dû marcher des heures dans l'humus sous la pluie
et quand j'ai reconnu la barrière l'allée d'ormeaux le grand pin
qui donc était sur le seuil soulevant la lampe à pétrole dans la nuit ?
(et dans la cheminée brûlait un grand feu qui sentait la résine et le pin)

Ecoute C'est le vent qui se trompe d'année
qui confond les saisons les pays mon absence
le vent qui ne sait plus où il s'est égaré
C'est lui qui bat Ou bien mon coeur A quoi pense-t-il ?
Il bat si loin de moi comme à la dérobée
Est-ce que tu te souviens de la promesse d'enfance ?

On a frappé Je vais ouvrir Ce n'est que moi
Je venais visiter celui que j'ai cru être
Où est la lampe ? Qui a éteint le feu de bois ?
Je passais par ici Il y avait autrefois une allée de grand hêtres
Non C'était des ormeaux On les a abattus
Je vais repartir Ne vous occupez pas Il fait déjà froid

Ce n'est que moi Et je m'en vais Odeur d'hiver et de salpêtre
Ecoute Est-ce le vent ? Etait-ce moi ? Une heure sonne

Ce n'est que moi Ou bien le vent Ou bien personne


Claude Roy,
13 Avril 1957, dans le recueil "somme toute" (à vérifier)

tilidom.com

mardi 10 novembre 2009

Parce que y a des jours où...


Litanies de mon triste cœur

Mon cœur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.
Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon cœur est un cancer qui se ronge lui-même.
Mon cœur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d'un dernier rêve en allé sans retour.
Mon cœur est un gourmet blasé par l'espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu'un lait rance.
Mon cœur est un noyé vidé d'âme et d'espoirs
Qu'étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.
Mon cœur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s'obstine à sonner l'heure.
Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu'on nomme universel dégoût,
Mon cœur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d'or malsaines et splendides!
Mon cœur est un cercueil où j'ai couché mes morts...
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!
Mon cœur est un tyran morne et puissant d'Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.
Mon cœur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d'obscènes cauchemars.
C'est un feu d'artifice enfin qu'avant la fête
Ont à jamais trempé l'averse et la tempête.
Mon cœur.... Ah! pourquoi donc ai-je un cœur ? Ah! pourquoi
Ma vie et l'Univers ? la Nature et la Loi ?

15 novembre 1880.
Jules Laforgue
1ère publication:
Poésies Complètes (Le Livre de Poche) 1970



tilidom.com

lundi 26 octobre 2009

C'est mon tour !


Merci Lulu, merci Odile !



On dirait bien qu'il n'y a pas que moi que "ça triture", puisque deux éminentes blogueuses ont eu la gentillesse de me compter parmi leurs centres d'intérêts dans le vaste univers de la blogosphère !

Je parle de Lulu, du "Blog de Lulu Sorcière" ( qui doit être en train d'affûter ses balais vu la date où nous nous trouvons, héhéhéhé....!) - et à qui, oui, promis, dès que j'ai 5 minutes je fais le point avec elle pour son coquin d'âne, et d'Odile, des "cerisiers de l'Aube", chez qui je fais des virées- éclair bien agréables - en vous engageant à aller y jeter un p'tit coup d'oeil si vous ne connaissez pas encore, ça coûte pas cher, ça prend cinq minutes et ça fait toujours plaisir !

Me voici donc "primée", en voilà une drôle d'affaire ?, comme un poulet de grain ou un porc label rouge, ma foi, !!!! - et ça m'a bien étonnée, amusée, fait plaisir (aussi !) et laissée perplexe : ah bon ? Bon....

Donc j'appose la petite étiquette qu'on décerne à ces occasions, et je me plie aux usages qui vont avec : je dois vous parler de moi, puis vous parler de 7 blogs qui me plaisent ! Mais comme j'ai un peu de mal avec les limites, je vais les dépasser un peu, et vous livrer une bonne liste de gens sympas chez qui passer faire un tour, parce que 7, c'est peut-être symbolique, mais c'est pas assez grand, comme quantité !

MOI :



Voilà ma bobine d'aujourd'hui, déjà, pour commencer. Toujours coiffée avec un pétard (oui je sais, y en a qui les fument, grand bien leur fasse mais merci bien je passe mon tour !), parce que ça m'agace de perdre mon temps à me coltiner 80 cm de crinière embroussaillée ; de temps en temps, Monsieur l'Homme s'arme de patience, d'un gros soupir, et s'attelle à la tâche en maugréant. Sinon je m'en charge à grand renfort de jurons, d'huile de coude et de démêlant lors des shampoings.

Je n'ai que les diplômes que je n'ai pas pu esquiver, genre certif' et brevet des collèges, parce que ceux là j'étais encore trop mineure pour pouvoir me défiler ; mais j'ai toujours détesté ce genre de réjouissances qui limitent votre valeur à la possession de quelques bouts de papier - oui, je sais, j'ai un caractère abominable, des idées très spéciales, et une bonne vieille tête de mule berrichonne. J'ai tout de même réussi à me payer un an de Sorbonne, en passant l'ESEU "A" (mais c'est parce que les copains m'ont littéralement JETEE dans la salle d'exam après m'avoir kidnappée !) - et moi qui avais toujours dit "m'en fous le bac, j'le passerais pas" et "m'en fous t'façon j'irais à la Sorbonne", j'ai en effet réussi à avoir le niveau "bac +1 " ..... sans bac. Avant de m'apercevoir que bon, de toute façon, j'avais autre chose en tête à l'arrivée qu'au départ, et qu'il me fallait bifurquer. Dont acte.

J'ai élevé des chèvres pendant dix ans, et je suis en train de cesser cette activité - noyée sous les dettes. Mais j'ai gardé mes biquettes, parce que je n'envisage pas une seconde de m'en défaire. Ni, non, plus, d'aucun des membres de ma ménagerie : poules, chats, chienne, pigeon, équidés divers. Le tout me faisant tourner bourrique à longueur de journée, ce que j'accepte en pestant - pur esprit de contradiction, croyez-vous ?

Et bien ennuyée pour savoir quoi faire à présent ; surtout que s'il ne tenait qu'à moi.....sans nos plaies d'argent récurrentes qui nécessitent une activité rétribuée pour décourager les huissiers, je suis très heureuse chez moi, et j'y resterais volontiers - j'ai assez à y faire !

Que dire d'autre vous n'ayez déjà pas peu ou prou deviné ou lu sur ce blog, à propos de moi ? Je ne suis pas allée voir un médecin depuis le vingtième siècle, plein de caries et besoin de lunettes pour lire ? Tu parles d'un scoop ! Je n'ai pas, n'aurais pas et ne veux PAS d'enfants, même s'il existe certains êtres humains encore en état d'enfance avec lesquels je m'entends particulièrement bien, et qui sont des copains.

Bon, ça ira bien pour moi, voyons maintenant les blogs où j'aime bien me balader :

LES PILIERS : ceux-ci me voient passer tous les jours - et je vous préviens, pour 7, on va essayer les multiples, hein ! Je vous les livre rangés gentiment par Blogger himself :
- 1 : Pomme ! "Almanachronique des villes et des campagnes", ma première copine "on line", qui me fait rire, que j'ai déjà rencontré, que je rencontrerais encore - mais chais pas quand par exemple ! On s'est plu, on a bien fait, c'est quelqu'un de simple et de vraiment chouette - et entre nous, j'adore son sourire !
- 2 : Bluebird, "c'est la nuit" - bourré de gentillesse et de sensibilité, émotif, fugace, variable, toujours agité, mais stable dans ses affections, doux, affable, généreux, serviable, il fait partie de ce fameux "club des 4" initié par Jorge, nous nous sommes aussi rencontrés (à Lyon), et j'aime me balader chez lui. Un jour je pousserais jusqu'à son nid, histoire d'y prendre un thé....
- 3 Jigé, "Connaissance de soi", parce qu'il fut le premier à arriver chez moi, le jour même où j'ouvrais mon blog ! Lui écrit depuis l'Outre-Atlantique francophone, je laisse assez peu de commentaires chez lui, mais il est gentil. C'est chez lui que j'ai découvert Pomme !
- 4 Kat Imini, "Des mots, des images...." Ma Kat, l'autre élément féminin du "club des 4", généreuse, souriante, avec des yeux qui pétillent de vie, ses mots et ses images résonnent et font vibrer, elle effleure la corde sensible avec grâce et délicatesse - et ça lui ressemble !
- 5 Jorge, "El Deseo", l'initiateur du "Club des 4", plein de pudeur, d'humour, de tact et de générosité, puits de culture amoureux des Arts, fin lettré, je ne manque jamais d'y trouver quelque chose que je ne connaissais pas encore !
- 6 Rénica, dans ses "EXERCICES DE STYLE", a toujours un sourire et de belles images à nous montrer,
- 7 Allez donc, bon sang, faire un tour chez Sarah-Emmanuelle Burg, "Illustration - Burg Sarah-Emmanuelle", je vous fiche mon billet que vous allez craquer sur ses personnages tout doux, expressifs et p'tits coquins ; ses images m'ont séduite au premier coup d'oeil, et j'en redemande !


- 1 bis Les oiseaux sont bourrés de talents, la preuve, "La Mouette cuisine", et nous concocte dans ses chaudrons un menu de billets d'excellente qualité, pour fins gourmets je vous prie !
- 2 bis Alterdom me l'a appris : "la photo change le regard", c'est une pythie inspirée, je vous l'ai déjà dit, ses images me pénètrent au plus près de moi-même, elles se contemplent, n'hésitez pas à cliquer dessus pour les voir "en grand", et rêvez ! Elle a du talent, un coeur gros comme ça et c'est une amie de choix.
- 3 bis Lulu, je l'ai déjà citée, "Le blog de Lulu Sorcière "c'est frais, c'est sympa, c'est pimpant, ça sent bon le feu qui pétille, les rires et "quelque chose" qui mijote doucement pour le repas, on pousse la porte et puis c'est là, on est juste bien.
- 4 bis Bunny, et son "Temps d'un soupir", sensible, un certain ton, une certaine ambiance, je commente peu mais je ne rate rien, et je goûte chaque billet.
- 5 bis Lyse ! et ses "Rêveries de Lyse", comment passer outre ? Beauté, poésie, émotion, sensibilité, Lyse et ses mots-bagarre, Lyse et ses mots d'amour, allez-y vite vous allez être en retard !!!
- 6 bis Karl qui peint et dépeint avec " Ma palette de mots", depuis la rive d'en face, j'aime sa plume détournée qui retourne.....
- 7 bis Miss Mary qui nous raconte " ma vie" en toute simplicité, j'aime beaucoup ce petit ton primesautier, son humour décapant, je la regarde vivre et grandir avec plaisir et sympathie, elle a tenu 9 mois entiers comme Jeune-Fille-Au-Pair (lisez "JAP") dans le BW en Allemagne, et chapeau, elle s'en est rudement bien sortie ! Ses aventures continuent en direct de la Pampa, et c'est bien !


- 1 ter Blogger la range là mais elle est beaucoup plus près dans ma liste des "préférés-à-voir-tout-de-suite", il y a Carole et ses "Miettes", qui pour des miettes me calent sans aucune difficultés ! Rassure-toi Carole, elles sont très digestes, et on y revient sans cesse ! Carole et sa voix, ses mots, j'imagine bien son rire, ses colères, Carole et la Passion avec une majuscule, comment, vous n'êtes pas encore allés voir ? Je dis "Miettes" parce que c'est le principal blog, mais Carole en a un autre, où je passe, tout comme Pomme ou Bluebird - je ne cite que les blogs principaux, vous trouverez les autres !
- 2 ter Jean-Jacques, et ses Chroniques de l'Estuaire, "Saint-Nazaire couleurs d'Aencre", bourré d'humour et de sensibilité, une belle plume, allez voir c'est ma bouffée d'air marin, une partie de moi se balade par là entre Pornic et Saint-Nazaire, j'aime bien qui il est.

- 3 ter J.Earthwood, "The Inner Light", a une plume acérée et décapante bourrée de lucidité, ne passez pas à côté !
- 4 ter Françoise et son blog-photos "un instant une photo", parce que c'est beau et qu'elle est très sympa ; elle a au moins un autre blog sur lequel je me promène parfois.....
- 5 ter Doume, qui nous fait passer aussi de jolies images dans son "Vu par Doume", avec un petit brin de malice en prime....
- 6 ter "A fleur de peau" nous distille de purs bijoux de poésie, peut-être depuis l'autre rive mais va savoir, il est tellement discret sur lui-même...ses textes font mouche à chaque fois, c'est beau, c'est sensible - et un peu plus que ça.
- 7 ter Jean qui est depuis un moment déjà "à la recherche de l'absolu" nous donne aussi des photos, mais frissonnantes de quelque chose en plus, d'une intention particulière, et chacune de ces images se découvre avec recueillement, sans hâte, et se contemple.

Ceux-là sont chez Blogger, comptez, ça fait bien trois séries de 7, mais il y en a d'autres, ailleurs, dans d'autres domaines de la blogosphère, où je pousse mes pas quotidiennement :

- Blue, "Helenablue", allez voir et régalez-vous ! Je m'y plais, parce que c'est vivant, vibrant, passionné, intelligent, humain, sensible..... et j'en oublie.
- "Chez Sophie", découverte récente mais ô combien savoureuse,
- "Le blog de Luciamel", agréable, amical, sensible, émouvant, intéressant, une belle plume à aller lire.
- "Le blog du Pierrot" ! et son fidèle compagnon Nours l'Incomparable, un blog photo excellent, bien vu, drôle, émouvant, varié, Pierrot le Baroudeur voyage pour nous les immobiles et nous fait savourer ses glanages aux quatre coins du globe.
- "Le Cabanon", où La Rascasse Fûtée sévit "avé l'assent" - et le pastaga, coquin de sort ! est particulièrement plaisant, bien écrit, accueillant.

Voyez, ça en fait un petit paquet, hé ? Bon, tout le monde n'étant pas prolixe, à visiter tous les jours - en plusieurs vagues successives suivant mes disponibilités - ça se fait sans déplaisir et sans difficultés. Alors, dans tout mon monde, comment aurais-je pu en choisir 7 ? Impossible ! Limite cruel ! Choisir, c'était en écarter, et je ne le pouvais pas.

Outre mes "piliers", il y a des épisodiques, comme "La Mite Orange" ou "JC Biker" ou "Dreamokwa" ou "Myel"et quelques autres, chez qui je pousse le pied à l'occasion, en déplorant souvent de n'avoir pas le temps de visiter plus.....parce que j'ai à faire, parce que j'ai pas le temps, parce que même dans mes "quotidiens" il y a des jours où je fais bref, mais il m'arrive fréquemment de faire un petit tour chez l'un ou l'autre visiteur de mes "bloglistés". Je ne commente pas forcément, quand je survole, mais je passe. Et je me régale.

Je trouve que chacun "y met du sien", dans tous les sens du terme, et c'est bon. Il se dit des tas de choses, il s'échange des idées, on y pleure on y sourit, j'aime ce monde qui pour moi ne sera jamais aussi "virtuel" qu'on veut nous le dire, parce que vous tous derrière vos claviers, vous êtes vivants, vous êtes de "vraies" personnes réelles, ici, là, partout où je ne serais jamais allée, où je ne vous aurais jamais croisés, passant à côté de beaucoup de valeur humaine.

A vous tous, pour vos blogs, vos efforts, votre temps, MERCI !

Ps : désolée, j'ai pas collé de liens, j'ai croulé devant la tâche, renâclé devant l'effort. Vous n'aurez plus qu'à faire des copier/coller en effectuant les recherches....allez, c'est ça l'Aventure, aussi !

lundi 12 octobre 2009

J'aime pas le matin - 2



Je marche vite, déjà la rue du lycée, j'entrevois les grilles et la masse grouillante qui tous les matins garnit le ciment du trottoir ; je m'arrête net ; soudain, il m'apparaît avec évidence que, non, je ne veux pas y aller. En moi ça bouillonne de rage, de chagrin, d'angoisse, de nausée. Alors d'un coup, je me détourne et je me barre, je fuis, courant presque, je me jette dans la première rue qui s'ouvre, c'est décidé je me fais la belle, je me casse, je me trisse, je fous le camp. J'ai choisi la tangente comme ligne de fuite, sauf que je ne sais pas où est l'horizon. M'en fiche, je file.

Pas aujourd'hui, la meute de mes semblables, ados post-pubères avec ou sans acné, mal rasés pour faire virils, les garçons en paquet qui pérorent, les minettes maquillées water-proof pour avoir l'air de femmes, guettant si on les regarde, zut, nan ! Saturation, j'ai pas la force aujourd'hui ; je ne me vois pas, là-dedans, me frayant un passage en évitant les coudes, ils ont tous au moins une bonne tête de plus que moi, marre ! Puis après ces couloirs glauques, longs et sonores, carrelés et peints, l'attente avant d'entrer dans la salle, le temps que le prof termine son café et se décide à bouger, puis les heures longues assise à ces tables incommodes, aujourd'hui, non ! non! Et tant pis pour la pluie, après tout j'y peux rien !

Tout de suite, je me sens mieux d'avoir foutu le camp. La meilleure liberté, celle qui a le meilleur goût, c'est celle qu'on vole ! Il a beau pleuvoir "des siaux", la pluie ne me gêne plus de la même façon que tout à l'heure ; tout à l'heure elle était l'ennemie, à présent elle est ma complice, les rues seront vides, et mouillée pour mouillée...je renifle et j'allonge le pas, je veux mettre le plus de distance possible entre moi et le quartier du bahut, je m'applique à éviter les autres qui se hâtent vers leurs cours.

Bon, je suis quand même bien trempée, faudrait songer à trouver une escale - et une où je passerais inaperçue, si possible. Sécher un peu et absorber quelque chose de chaud, dormichonner rêveusement dans la chaleur sonore d'un sympathique "débit de boisson"....Je rallie les alentours d'un des deux autres lycées de la ville, repère le bar attitré de la marmaille locale, et pousse la porte. Les cours vont bientôt commencer, ça se vide, je m'affale sur une banquette de moleskine marron, mon sac à côté de moi, ouf ! ça fait du bien. Je commande un chocolat chaud, je sais qu'à petites gorgées il peut faire un bout de temps, autour on s'acharne fébrilement entre baby-foot et flipper, on voudrait bien finir sa partie avant la reprise, ils sont déjà énervés comme de jeunes roquets mais ça ne me dérange pas. Le bar se vide, moins dix, dans cinq minutes ça sonne, et le calme revient dans ce havre de fortune, pour au moins trois bons quart d'heure. Je soupire d'aise, les mains autour de ma tasse bouillante. Aujourd'hui, je "sèche". Ça me fait bien marrer.

Dans mon sac j'attrape "le" livre du moment, Kandinsky, "Regards sur le passé", je me cale confortablement et je pars, voilà, j'oublie le lycée inhospitalier, les cours sans relief et monotones, mes joyeux contemporains que je préfère de loin - et la longue journée passée dans l'enceinte du lycée, entre les salles de cours, le "foyer" et la salle de perm, n'oublions pas la cantine et sa queue au self, où la vie collective de bétail à formater - et à nourrir - prend toute sa saveur et son relief.

Heureusement que je ne suis plus interne, j'ai bien cru en devenir folle : insomniaque et quasi anorexique, je passais mes nuits recroquevillée sur mon lit, dans cette vaste salle de soixante lits, à écouter dormir les autres filles, le ventre serré d'horreur parce que deux étages et plusieurs verrous me séparaient de l'air nocturne et de ma chère liberté, effarée de me sentir sous clé, et ne mangeais qu'un ou deux pains au chocolat par jour, me rattrapant le week-end chez moi de tout ce qui ne voulait plus passer en semaine ; je n'ai jamais pu supporter la contrainte. L'enfermement m'était devenu une telle horreur qu'il a bien fallu trouver une solution, et le prix à payer de ma semi-liberté (en tant que mineure), c'est ce train que je prend matin et soir, et qui me jette hors du sommeil à l'heure fragile et dure où ont lieu les arrestations policières, au plus fort de la douceur des nuits, dans la sécurité des rêves. Je n'avais pas prévu que ce serait aussi difficile, et je n'ai pas d'autre choix.

Je me demande parfois ce qui m'a pris de choisir cette option dont je ne connaissais que peu de choses, pas franchement claire en débouchés, mais dans le fond j'ai ma réponse : dans ma ville il n'existe qu'un seul lycée d'enseignement général, aux options classiques, et j'y aurais retrouvé toutes les têtes croisées depuis la maternelle, que je voulais fuir à tout prix et que je ne pouvais plus supporter. Marre d'être forcée de côtoyer jour après jour ces êtres avec qui j'avais si peu d'atomes crochus, je voulais du nouveau, j'en ai, en fait je n'ai qu'à m'en prendre à moi même si le remède est pire que le mal ! Au moins, j'ai découvert quelque chose de passionnant, à défaut de gens avec qui réussir à vivre.

Les grandes vitres du bar sont embuées et protectrices, il fait bon devant ma tasse de chocolat, je suis loin dans les mots de l'homme que je lis, il peut pleuvoir désormais, j'ai deux bonnes heures devant moi d'un bonheur sans mélange, doux et suspendu entre deux univers.

La journée a commencé.


Anne, octobre 2009

jeudi 8 octobre 2009

J'aime pas le matin



J'aime pas le matin.

D'abord, y a la stridence du réveil qui m'arrache à mes rêves, qui vient violer mon oubli, perturber mes songes, affolée je le coupe, et ça me serre la gorge, là, tout de suite. Je dois me lever.

Il est quatre heures et demie, mon train est dans deux heures, il pleut, j'ai froid, et j'ai envie de pleurer, comme tous les jours. Je ne peux rien avaler, je zappe, toilette, ça caille, il fait nuit, y en a encore pour quatre heures avant le jour et il sera dégueulasse, il pleut. Dehors les lampadaires jaune pisseux font briller l'asphalte, je vais être trempée d'ici la gare, ça va être top, tiens. Dans le garage je fixe mon sac sur le porte-bagage du vélo, je ferme mon anorak, cache-col bien enfoncé, ça va me dégouliner sur le jean et le tissu va tirer, coller à la peau, l'eau froide sera cinglante et là ça y est, dehors sous le auvent mon vélo à la main je chiale, j'en ai marre, j'aime pas ma vie.

L'heure tourne, faut y aller. Je pars, la gare est à l'autre bout de la ville, à cette heure-ci y a personne ou quasi dans les rues, je m'élance, je roule le plus vite possible, en avoir terminé rapidement. Le vélo je le laisse à la gare, avec l'antivol, au garage à vélos. La Micheline est déjà à quai, je grille ma clope avant de monter, le jaune pisseux me poursuit même ici, la pluie ruisselle, j'ai froid, j'ai sommeil, j'ai pas envie d'être là, et aucun des autres non plus, ça se voit à leur tronche.

J'aime pas le matin.

Je me pose à une place, après avoir fourré mon sac au-dessus de ma tête ; mon jean me tire la peau, mes cheveux dégouttent, je renifle, on est plus ou moins tous pareils, à cette heure-ci, ensommeillés, grognons, dégoulinant et profondément malheureux, ça se lit dans les regards mornes. Ça sent le chien mouillé, presque personne ne parle, sinon à mi-voix. On va passer une heure dans ce train, avant d'avoir à se recoller sous la flotte. Les gens, y en a de deux sortes : les jeunes qui vont à leur bahut, et les prolos qui vont bosser. Je me rencogne contre la vitre, je vais essayer de dormir...Le train se remplit, on va bientôt - on est parti. Ici ou là on essaie de prolonger la nuit, glaner un peu d'oubli, c'est pas du luxe devant la journée qui attend.

Chacun est comme une île au milieu de la tempête, cou enfoncé dans les épaules, mains dans les poches, tu sens tout ce paquet de solitudes qui persistent à survivre, le regard vague ou les paupières closes, et de gare en gare le train va se remplir de dizaines de clones, trempés et misérables d'avoir à être là, dans la fin de la nuit, entre la pluie et la longue journée qui s'annonce. Je me sens écrasée de toute cette misère entassée, la gorge nouée, j'ai envie de fuir. Alors toute une vie, c'est ça ? C'est ça, et on guette les matins libres où les yeux s'ouvrent sur le jour, trop rares, on va subir ça des années entières, toute une vie, à attendre ces rares jours où l'on pourra échapper à la stridence du réveil qui viendra bousiller nos nuits ? Je pense à mon lit tiède, je n'aime pas me lever. Je vois mon futur tous les jours et j'ai envie de me flinguer. J'ai dix-sept ans, la trouille au ventre et l'envie de fuir.

Le train roule et grignote le temps, les gares défilent, les portes du wagon engloutissent de plus en plus de gens mouillés, silencieux, le calme est alors rompu cinq minutes, on jette un œil sur ceux qui passent, "les nouveaux", qui se casent et nous rejoignent aussitôt dans l'art de s'isoler en soi, mimétisme des matins morts-nés - à part nous autres scolaires qui "préparons l'avenir", les adultes eux vont "gagner leur vie" - et il m'arrive de me demander quel péché on expie, tous ensembles là, dans ce train du matin, jour après jour, à ruminer l'innocence perdue de nos nuits désirées....

Un frisson nous parcours comme une longue échine, quand le haut-parleur crachotant annonce l'entrée en gare, ça y est, la grosse limace crème et rouge va régurgiter son contenu, ça remue, on s'ébroue, des garçons ont déjà les bras dans les filets pour descendre les sacs, dehors ça pisse plus que jamais et il fait toujours nuit, dans trois quarts d'heure la sonnerie inhumaine du bahut annoncera le début des cours, j'ai la nausée. Debout à présent nous attendons, dents serrées, l'horrible crissement des freins de la Bête qui nous transporte, son immobilité dans un dernier crachotement rauque et l'ouverture des portes. Les uns après les autres nous sortons à quai, assurant d'un coup d'épaule balancé le sac derrière le dos, et la marche est rapide, tout de suite, comme pour s'enfuir au plus vite, dégager l'endroit, entrer enfin dans la journée. La pluie cingle encore, les premières gouttes sur le visage recueillent toutes les malédictions de la terre.


(à suivre)

lundi 28 septembre 2009

A deux voix



Echos

L'été se termine.....Chacun l'a vécu plus ou moins beau, mais pour ma part il reste un de mes étés les plus lumineux, à cause des jolies rencontres que j'y fis. Ce fut d'abord Pomme (Almanachronique des villes et des campagnes), puis le Club des 4 ( Kat Imini, " Des mots, des images..." - Bluebird, "C'est la nuit" - Jorge " El deseo" - et moi), puis enfin Alterdom ( "La photo change le regard") et Richysan que je découvris avec bonheur à cette occasion (il a une très jolie page le présentant), venus de loin, pour un week end que je ne suis pas près d'oublier de sitôt...... En deux mots ? Alterdom est une âme-soeur, d'emblée, au regard fascinant de pythie inspirée, dont j'aime énormément le travail de l'image, et son RichySan est un Seigneur Magnifique, les pseudos n'avaient pas menti..... Depuis leur jolie visite nous échangeons beaucoup, parce que nos voix se répondent en écho d'images en mots et de mots en image.

Alterdom ayant intégré récemment un atelier d'écriture, m'a fait passer la première mouture de cet exercice enrichissant, et bien sûr, j'ai répondu en écho....ne pouvais pas ne pas le faire....

Nous avons décidé ensembles de vous donner à lire nos mots emmêlés, et de vous inciter, si le coeur vous en dit, à dresser sur vos blogs respectifs la même liste que la nôtre, où nous irons nous régaler avec plaisir de vos propres insomnies.....

Il s'agissait de dresser des listes, et Alterdom ayant choisi " LES LIEUX SANS SOMMEIL", ce fut le sujet de ma propre liste, celle que je vous invite à dresser pour notre bonheur de lecteur insatiables - si vous le voulez bien.......

Sur ce billet, le crédit photo est de ALTERDOM.


Lieux sans sommeil

Dans un château de la Loire, je n'ai pas dormi
Azay le Rideau s'y serait bien prêté, les autres dont les noms m'échappent m'évoquent des parfums
de haute texture, Giverny n'étant pas l'un d'eux, d'où jaillit pourtant un fracas d'organdi nimbé de Givenchy.

Dans un avion je n'ai pas dormi
trop inspirée par l'envol, désireuse de ne pas perdre une miette des éthers,
ravie par le décollage, aspirée par les hublots, ballottée par le flottement d'une enveloppe carnée temporairement
allégée.

Dans un arbre je n'ai pas dormi
bien que l'air du temps les mette en vogue au-in si que les cabanes haut perchées
offrant leurs terrasses boisées à ciel ouvert aux humains huppés.

Dans des draps de satin je n'ai jamais dormi
peur de glisser d'avoir trop chaud d'atterrir sur la descente du lit, en peau d'ours, naturellement,
la gueule grande ouverte sur sa constellation; de peur de me faire croquer les pieds par la bête
au regard topaze,comme au temps des terreurs enfantines où la magie, changée en exorciste,
tenait en respect les maléfices rampant sous mon sommier d'enfant.

Sur la Lune je n'ai pas dormi
même si elle sait tout de ma vie confiée dès les premiers émois à cette dame au paisible regard d'argent
parfois poli, parfois voilé; bien qu'elle se soit glissée dans l'alcôve au détour d'un été, d'une lucarne entrouverte
pour voir si je n'avais besoin de rien...les doudous oubliés n'étant pas souvent remplacés par de chauds galants.

Dans la haine je n'ai pas dormi
protégée par le sort et conseillée par le dicton japonais qui enjoint de ne jamais laisser le soleil se coucher
sur la discorde. Draps de lin ou de laine ont tenu éloignée cette guerrière rancunière qui dans notre coeur vient
camper, souillant nos rêves, teintant d'aigre le réveil.

Dans une allée de roses je n'ai pas dormi non plus
dorlotée de senteurs sertie de pétales à ne pas froisser, l'haleine de la nuit pour oreiller se chargeant d'Arabie,
de Siam et autres contrées rendues illustres par la reine des fleurs;

je ne lui ai pas davantage préféré le piquant solaire à l'arôme musqué d'une grange hérissée de paille, trop
douillette, pas assez délurée,
car dîtes moi ce qui pourrait attirer le sommeil d'une solitaire en pareil endroit n'était l'espérance d'un rendez-vous?

De la grange au château mon sommeil n'a pas accosté ni jeté sa poignée de sable sur les allées aux reflets lunaires
ni grimpé vers la canopée voir si les ailes des avions étirent leur satin pour effacer la haine...

(Alterdom)





Lieux sans sommeil

Dans le lit de mon enfance je n'ai pas dormi
Lisant jusqu'à la transe pour conjurer la mort
La tenir à distance bien éloignée des miens
Grandir plus vite avoir les clefs du monde
Dans le lit de mon enfance je n'ai pas dormi

Sous les assauts du vent sauvage je n'ai pas dormi
Écoutant son affront aux portes des maisons
Aux volets malmenés aux arbres tourmentés
J'avais l'élan fougueux des coursiers indomptés
Sous les assauts du vent sauvage je n'ai pas dormi

Devant l'océan vaste je n'ai pas dormi
Désirant les voiles blanches des vaisseaux de jadis
Et les belles solitudes des routes maritimes
Où le cœur exulte de son dur courage
Devant l'océan vaste je n'ai pas dormi

Pendant les crépuscules je n'ai pas dormi
Le cœur serré d'angoisse devant le jour déchu
Étreint de solitude et mettant l'âme à nu
Admirant le grand ciel sombrer dans un linceul
Pendant les crépuscules je n'ai pas dormi

Devant le chien sans maître je n'ai pas dormi
Mes yeux dans sa détresse de bête désaimée
Ma main dans son pelage sentant saillir les os
Alarmée de devoir le laisser sans foyer
Devant le chien sans maître je n'ai pas dormi

Devant l'homme qui mendie non je n'ai pas dormi
Pas plus devant celui que tenaille la faim
Ou celui engourdi de froid
Grelottant sa misère à nos portes nanties
Devant l'homme qui mendie non je n'ai pas dormi

Devant les idées brunes je n'ai pas dormi
Guettant le cœur trop lourd la chiourme et ses rivets
Et le déclin navrant de ma chère liberté
Quand résonnent les chaînes qu'on voudrait nous passer
Devant les idées brunes je n'ai pas dormi

Sur mon banc en église je n'ai pas dormi
Spectatrice ambiguë des grandes hystéries
L'œil fixé à la croix me demandant pourquoi
Un homme mort cloué viendrait parler de vie
Sur mon banc en église je n'ai pas dormi

Au lit de ma rivière je n'ai pas dormi
L'œil aux aguets et l'oreille affûtée
Guettant les eaux moirées les reflets mordorés
Apprenant tous les signes en bon petit poucet
Au lit de ma rivière je n'ai pas dormi

Dans les forêts ténébreuses je n'ai pas dormi
Errant silencieusement dans l'odeur des fougères
Attentive à la bête furtive et vagabonde
Ma main sur la peau sévère des vieux arbres
Dans les forêts ténébreuses je n'ai pas dormi

Marchant sur le chemin jamais je n'ai dormi
M'arrêtant à y lire tous les secrets du monde
Et l'oiseau dans sa course le lièvre dans sa fuite
Et l'élan du grand cerf et l'œil du sanglier
Marchant sur le chemin jamais je n'ai dormi

Loin des folies des hommes je n'ai pas dormi
J'ai trouvé du bonheur au sourire des amis
Quand de nos mains mêlées nous bâtissions demain
Aux sources de la vie je me suis abreuvée
Loin des folies des hommes je n'ai pas dormi

Quand je t'ai rencontré là je n'ai pas dormi
C'était toute cette chance de voyager ensembles
Qui tenait éveillées mes paupières alourdies
C'était tous ces demains à nous tenir la main
Quand je t'ai rencontré là je n'ai pas dormi

Devant tes yeux fiévreux je n'ai pas plus dormi
Écoutant ton désir au souffle de ta bouche
Ma main traçant sa route au hasard de ta peau
Te cherchant me perdant nous trouvant au plus haut
Devant tes yeux fiévreux non je n'ai pas dormi

Un jour je dormirai assez pour avoir existé

Anne, 27 Septembre 2009



ça vous inspire ? à vous de jouer.......



mercredi 16 septembre 2009

Les oiseaux de passage - Georges Brassens

Les oiseaux de passage.....


Lorsque j'étais enfant, cette chanson et ce poème m'ont toujours fait vibrer, dans les temps de l'automne, au moment où le ciel agité résonnait des grands passages de grues jusque tard dans la nuit ; leurs cris nous éveillaient ; le jour en classe, par la fenêtre à les voir survoler nos vies je me suis enfuie sur leurs ailes, loin et souvent, pour abolir les murs.

Septembre est de retour, avec sa pluie, ses vents, ses nuages et les feuilles aux arbres qui commencent à changer.....les canards sont revenus, au dessus de ma ferme ils passent en formation, et j'attends, agitée, instable, ne tenant plus en place la gorge serrée, les grands vastes oiseaux aux ailes démesurées, élégants et racés, j'attends les grues, les grands beaux oiseaux libres ; ils passeront là, juste au dessus de moi, par centaines et leurs cris couvriront même ma chaîne hi-fi, que j'éteindrais, pour mieux les écouter, debout dans le vent froid, au milieu de ma cour, des larmes plein les yeux, l'envie sauvage au coeur de seller et d'aller galoper jusqu'à fatigue, jusqu'à essoufflement, visage fouetté par les crins du cheval sur lequel je me couche pour l'envoyer plus vite, par la pluie qui me gifle et dont je me rirais.....

Ivre de liberté.

Regardez-les passer, eux, ce sont les Sauvages.......






mercredi 2 septembre 2009

Le Club des 4


Rencontres


Avez-vous déjà traversé l'écran ? Rencontré vos blogamis ? En avez-vous eu déjà envie, sans avoir osé le faire ?

Ce bonheur m'est échu à déjà deux reprises ! Je n'en ai aucuns regrets, ce furent de belles rencontres .....

D'abord le 17 août, Pomme du "Bois des biches" ("almanochroniques des villes et des campagnes") a eu la bonne idée de s'arrêter dans ma tanière en allant à ses occupations qui l'appelaient dans le Sud, et autour d'une tasse de thé et d'un gâteau-vite-fait dont il faudra que je vous parle, nous avons bien rigolé, bien conversé, bien échangé, et ce n'était qu'un début ! Nous échangeons tellement de mails jour après jour que j'ai renoncé à les compter, et ce fut un plaisir partagé que de se retrouver autour de ma bonne vieille table de battages, dans ma bonne vieille cuisine pas encore glaciale à cette saison ! C'est elle qui a pris des photos, j'étais tellement occupée à vivre que je n'ai plus pensé à en faire.....

Puis est arrivé le week-end du 28, un gros morceau pour moi qui suis si rarement déracinable de mon petit coin de Berry !

Ce week-end, je suis donc, qu'on se le dise !, "descendue" à Lyon où nous devions nous rencontrer, Kat Imini ("des mots, des images..".), Bluebird ("c'est la nuit"), Jorge ("El deseo") et moi, surnommés par Jorge "le Club des 4", à son initiative, du reste ! Jorge est un homme d'action, l'idée lancée à son initiative nous a bien plu, il fallait voir à pouvoir la concrétiser, et après moult échanges et tergiversations, elle a donc fini par se réaliser.

Nous avions de "bons feelings" de blog en blog, nous avions senti qu'une petite rencontre conviviale était jouable, mais faire bouger une Sauvage (en l'occurrence, moi-même myself) et un "réservé" (l'Oiseau), les jeter dans l'inconnu sur les routes pour un week-end découverte, fut un challenge que Kat et Jorge ont maîtrisé avec brio !

Fallait-il qu'ils aient envie de nous rencontrer....j'en avais des sueurs froides ! Partir comme ça dans une ville lointaine et inconnue, rencontrer des personnes dont je savais peu de choses, hormis l'Oiseau avec qui je conversais déjà, comme avec Pomme, avait de quoi déclencher mes angoisses de Sauvage ! Et s'ils allaient être déçus ? Constater qu'ils avaient fait erreur sur les personnes ? Puis Lyon n'est pas un bourg de cambrousse ! comment allais-je bien pouvoir m'en tirer, moi qui depuis dix ans ne suis jamais allée plus loin que la préfecture de mon département ?

Autant dire que plus le temps passait, moins je dormais ! J'avais toutefois mon billet de train en poche, parce qu'en bon paradoxe vivant, j'avance dans la vie avec la trouille au ventre, mais l'envie de vivre en dessous, qui fait que j'y vais toujours, en tremblant, mais j'y vais !

Au jour "J", je suis donc entrée dans une gare pour la deuxième fois depuis le début de ce nouveau millénaire, (la fois précédente j'avais pris la même ligne Lyon-Nantes dans l'autre sens, j'allais dire bonjour à Pornic et ses environs....), et pour la première fois de ma vie, je suis allée découvrir la ligne dans l'autre sens......Qu'allais-je trouver à Lyon ? A quoi cette ville ressemblait-elle ? Et ceux qui m'y attendaient ? J'avais le palpitant qui se tapait aux côtes, et je n'en menais pas large, évidemment....

J'ai composté mon billet, et je suis montée dans ce train qui était à la fois une peur, et une promesse.

J'avais vaguement ouï dire que la SNCF n'était plus ce qu'elle était, ce n'est pas un vain mot ! Ce furent les quatre heures de train les plus inconfortables que j'ai connu, avec celles du retour ! J'en suis venue à regretter les bonnes vieilles pataches de nos ancêtres, tirées de quelques vigoureux bourrins, certes cahotantes mais peut-être plus agréables que ces wagons aux places exiguës qu'on voudrait nous faire prendre pour un progrès !

Moulue et déboussolée de tant de monde et d'un endroit si vaste, je débarquai donc, vendredi matin, en gare de Lyon.....Au bas de l'escalier que je descend, deux sourires surgissent devant moi, déclenchant le mien par ricochet, deux chauds regards me happent, Kat et Jorge sont là, je découvre leurs voix qui leur ressemblent, ça y est, j'y suis !

Bluebird arrive dans une heure, nous allons l'attendre en terrasse, je m'affale, sauvée, sur un siège et je soupire ; je regarde de tous mes yeux, l'esplanade sur laquelle nous sommes, et mes deux interlocuteurs, je suis si dépaysée et si bien en même temps, submergée, l'adrénaline reflue et s'installe une douce euphorie - l'impression que nous nous retrouvons juste de nous être quittés hier (virtuellement parlant, c'est un peu vrai), le sentiment que nous nous connaissons depuis longtemps, tant nous sommes tels que nous l'imaginions, en fait, sans nous être pourtant jamais vus....

Une heure plus tard nous accueillons Bluebird, ça y est, le Club des 4 est au complet, commence alors la belle aventure......

Un invité surprise s'invite entre nous quatre : Lyon elle-même, qui me séduit d'emblée. Lyon que je ne connaissais pas. Lyon qui est belle.

J'ai aimé flâner dans ses rues, j'ai aimé son architecture, ou disons "ses" architectures, ses quais, ses deux eaux qui y vivent de pont en pont....J'ai aimé son atmosphère, ses immeubles, ce que j'apercevais de son passé, sa manière de s'étaler languide, paisible, au pieds de ses collines......

J'ai vécu là, l'espace d'un week-end j'ai vécu là, je n'ai pas fait que du tourisme, je découvrais la ville et découvrais mes amis virtuels, rencontres puissance quatre, mots lancés mots écoutés, entre silence et bavardage partage puissant des vies, ouvertures, écoute, chaleur....conversation, oui, dans le sens où je l'aime, du léger au grave et du grave au léger....qu'y aurait-il d'autre à raconter ? Le reste nous l'avons vécu, et nous l'avons vécu ensembles....

Alors, en vrac, quelques images :

La même nana déchirée sur l'esplanade devant la gare, mendiant du même refrain de table en table jour après jour,

Les moineaux insolents qui viennent jusqu'à vos pieds picorer vos quelques miettes,

L'inévitable tribu de pigeons conchieurs recouvrant les églises, à une fenêtre un chat noir qui guette, et qui soudain nous regarde, seigneurial, ses yeux de topaze froids et acérés braqués sur nous, hautains.....ailleurs plus tard la silhouette d'un chat noir dessinée derrière la vitre d'une fenêtre nous fera sourire, comme un clin d'œil...

Les quais....les beaux immeubles modernes, élégants et sobres, des environs de la gare, et le grand miroir de la Swiss Life où se reflète le ciel, immense, découpé en carrés....

L'odeur des buis en redescendant la colline de Fourvière depuis la basilique par le chemin du Rosaire.....

Et Lyon, Lyon tout entière offerte depuis le haut de la colline, vivante, épanouie, chaleureuse, désirable.....Lyon où je sais que je reviendrai, moi la campagnarde invétérée !

Le "Crayon" déchire le ciel insolemment, phallique jusqu'à n'en plus pouvoir, la basilique est belle sur sa colline, blanche, pur bijou de gloire, recelant dans son ventre tous les ors byzantins des rêves munificents........

Faut-il que j'énumère ? l'Opéra splendide, l'Hôtel de Ville aimable et décoré, digne de son rang, la fontaine de la place et son quadrige de bronze, prière païenne qui s'ignore....

Nous sommes allés de rue en rue, avons quadrillé les points les plus représentatifs à rencontrer dans un laps de temps limité, pris le funiculaire, évidemment, évidemment, et puis un thé, aussi, à l'angle d'une ancienne rue, non loin du musée des miniatures......avons parlé, parlé, parlé, vécu, ri, oh oui, ri ! Dîné le soir au restaurant, et je m'en souviendrais longtemps !

Terriblement banal, n'est-ce pas ? Nous avons fait ce que font tous les amis qui se croisent, qui passent ensembles un vrai moment de bonheur.....

Je me souviens des yeux de Kat, beaux et pétillants de vie et de gentillesse, souriants de toutes leurs étoiles, du sourire éclatant de Jorge, l'appareil photo en bandoulière, à l'affût comme un trappeur aguerri, de la voix de Bluebird, douce, et qui lui ressemble.

Kat est drôle, chaleureuse et bienveillante, Jorge un puits de science plein d'humour et de gentillesse, l'Oiseau sensible et attentionné, présent à tout et plus cultivé que sa réserve naturelle ne le laisse voir...

Nous étions bien.

Le temps a passé vite, trop vite. Nous nous sommes séparés, dit au revoir, promis de nous revoir, j'ai repris mon train dans l'autre sens.

Drôle de nostalgie qui plane doucement, sourire au coin des lèvres..... Désormais nous nous connaissons.

Vous voyez, un week-end entre amis, tout à fait normal.....une rencontre de fin d'été, douce et conviviale, comme il fait bon en vivre....

Ironie du sort : l'appareil photo, là aussi, je n'ai pas songé à le sortir, et seul Jorge, le prévoyant Jorge que rien ne déroute, a engrangé les précieuses images de cet étrange moment suspendu de nos vies..... 'n'aurez qu'à aller faire un tour chez lui, plonger dans ses archives d'Août, vous y balader un peu....il y a posté la basilique, aussi, et il y en aura encore, il en a plein sa besace, Jorge, de ce séjour à Lyon......

Le soir, de retour à Vierzon la nuit est tombée sur un concert en plein air de Richard Galliano, et entourée de mes amis "hors web", allongée sur l'herbe face aux étoiles, j'étais encore un peu là-bas, sous le soleil vibrant de ces jours qui vous font vivant, le cœur dilaté de joie et de gratitude.....

mercredi 26 août 2009

"Qu'est-ce que tu feras quand tu seras grande ?"



La question à cent sous qu'on m'a posé environ une fois par semaine depuis mon entrée à l'école, au moins jusqu'au lycée.

Et qui m'a toujours foutu les jetons en grande largeur ; ne faites jamais ça à un enfant. Jamais.

Question corollaire déclenchée sous ma caboche : "ah bon, je vais grandir ? Un jour je serais comme les adultes ?" Pas très rassurant..... Autre question : "ah bon, faut faire quelque chose ?"

Qu'est-ce que tu veux donner comme réponse quand t'as trois ans, cinq, dix, ou quinze ?

J'avais la trouille. Fallait vraiment choisir, là, maintenant ? Et, heu.....on peut changer si on n'a plus envie, si on s'est trompé ?

J'avais la trouille. Crétins d'adultes. Comme si la vie ça ne foutait pas assez les jetons comme ça, avec toutes ces règles à comprendre et ces autres à apprendre, comme si j'avais le temps de me faire chier avec l'avenir alors que je vivais totalement paumée dans le présent ! Jour après jour il fallait que je me batte pour savoir, chercher à comprendre, découvrir, et tenir en respect cette peur atroce qui me laissait sur le carreau, exsangue.....

J'aimais plus que tout les livres. Rien d'autre ne pouvais me faire plus plaisir qu'une histoire nouvelle à découvrir, à déchiffrer, à revivre encore et encore dans mes rêveries - j'avais une machine à images dans le cerveau et je les voyais, mes héros !

Un jour j'ai osé, j'ai osé répondre autre chose que "je sais pas", quand on m'a posé la question...

-"Qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras grande ?"

-"J'veux écrire !"

Je les entends encore rire ! C'est parti comme un coup de feu, comme la salve du condamné à mort, violent, bruyant, je "les" avais fait rire - j'ai jamais oublié ; je ne comprenais pas ; qu'est-ce j'avais donc dit de si drôle ?

-"Ecrire ! mais ma petite fille, écrire c'est pas un métier !"

-"C'est pas ça qui va te nourrir !"

-"Ah non mais c'est pas vrai ! Où est-ce qu'elle va les chercher ! Ah non mais c'est trop drôle !"

Je ne disais rien. Le nez baissé, j'avais honte. Chaque rire était un coup de poignard. Et puis je ne comprenais plus. On me faisais l'éloge des livres, mais c'était mal de les écrire ? Le livre et son usage vous rangeait dans une certaine élite, "les gens cultivés", mais fallait pas être celui qui écrit ? Comment ça se faisait ? Je ne comprenais plus.

J'ai retenu la leçon cruelle recueillie ce jour là. Il ne fallait pas aimer raconter des histoires, juste les lire.....Alors j'ai gardé mes mots dans ma tête, ou je les écrivais en cachette et puis les détruisais..... Jusqu'au jour où j'ai renié les mots, mes mots, où je n'ai plus écrit...........

Interdits, les mots, paradis perdu, Eden inatteignable.....volés, les mots, réservés aux autres....

Ils m'ont refait le même coup avec les images ; j'ai entendu une bonne fois que "les artistes ça crève de faim", on m'a redit que c'était pas un métier, on a rit de nouveau, j'ai appris à l'occasion que tout le monde n'avait pas du talent (C'est quoi ce truc là ?), et que je ferais mieux de chercher quelque chose de sérieux !

De sérieux ? Comment ça, de sérieux ? Ça veut dire quoi, sérieux ?

Avec le temps, j'ai plus ou moins fini par comprendre ; un métier sérieux, c'est quelque chose qui t'attire l'estime de tes contemporains, qui va te rapporter des sous et te mettre à l'abri du besoin. Bon. Un truc valable, comme avocat ou médecin, enseignant à la rigueur.....Mais pas un truc à la noix de crève la faim....Au pire, t'as l'usine mais si je pouvais trouver mieux....sinon je risquais de finir caissière, ou même de devoir faire des ménages, comme ma mère, et là la honte quoi !

Mais moi j'aimais les mots, les livres, les histoires, et les images, et toujours c'est là que je finissais par revenir, comme le loup autour du troupeau, affamée ; tout mon désir était circonscrit là, et il m'était interdit. Oh, je pouvais lire tout mon saoul, et tout ce que je voulais, personne ne s'occupait de ça ! Mais j'étais priée de faire de ma vie quelque chose qui les rassure ! Quelque chose où je sois "casée" (?) ! Et je ne savais pas quoi, je ne saurais jamais quoi, ni comment on fait pour être quelqu'un qui a un métier ?

Les mots dansaient, dansaient, je les respirais comme pour ne pas me noyer, pour me dessiner mieux, ils m'apprenaient le monde, et grâce à eux j'avais moins peur.

J'ai appris à mentir, à répondre aux adultes ce qu'ils voulaient entendre - et en cachette je jouais avec mes mots.

Ecrire non pour "en" vivre, mais pour vivre. Ecrire comme on se noie, comme se sauve, comme une fuite ou comme un espoir, écrire, écrire, écrire - et peindre aussi, parfois, un temps de ma vie -

Puis tout détruire, tout brûler, devant ce grand vertige qui m'emporte......

Il m'a fallu des années avant d'oser récrire un mot, des années avant de seulement retrouver le nom d'un peintre.

Pourtant ils étaient là, les mots, ils n'attendaient que mes digues rompues, que ma garde baissée, que l'ami qui m'écrivit un jour d'essayer........

Ecrire pour vivre, non pour "en vivre" - écrire pour vivre, parce que c'est en effet non un métier, ni un boulot, mais une sorte de manière d'être au monde.

J'écris, depuis, plus ou moins facilement, ça dépend de tant de choses....

J'écris ; alors je vis. Alors, je suis. Mais je ne sais toujours pas quoi "faire", maintenant qu'il paraît que je suis grande. Et c'est pas demain que je gagne ma vie.....

vendredi 21 août 2009

Ên août


La tarte aux mûres

Août est déjà bien avancé, et sur les ronces le long des haies les fruits ont succédés aux fleurs. D'abord rouges et charnues, les mûres ont foncé peu à peu, glissant vers le noir, et les voilà prêtes, moelleuses au toucher, se détachant au premier effleurement.

- "Demain, je fais la tarte aux mûres !" ai-je annoncé triomphalement, et l'homme qui m'aime s'en est réjoui, la mine gourmande ; il faudra faire la pâte dans le grand saladier de grès, les avants-bras couverts de farine poudreuse, foncer le moule à tarte noirci de longs services, préparer dans la jatte le sucre en poudre ; et il faudra cueillir les mûres, les belles mûres odorantes qui tachent les doigts, dans les ronces et les orties, le long des haies.

La nuit a passé. J'ai pris des vêtements qui ne redoutent plus rien, des chaussures solides et un bol. J'ai marché jusqu'au pied de la haie, dans l'herbe humide du matin, et le soleil montre le bout de son nez entre des touffes de coton blanc. L'odeur fraîche des matins de fin d'été envahit tout, un petit vent frisquet parle déjà d'automne. Les mûres sont là, en grappes, rondes et dodues, brillantes et comme cirées par la rosée nocturne, tout le long de la haie.

Alors, mon bol à la main je m'approche. D'abord, je grappille, et je picore ici et là les fruits de ma convoitise. Le goût explose dans ma bouche, aigrelet et doux tout à la fois, aimable et sauvage ensemble ; mes dents s'agacent des pépins. C'est bon. Mon bol vide à la main, je mange, les doigts tachés de jus violet. Je regarde les guêpes voleter le long des fruits, à la recherche des plus mûrs pour s'y poser et s'y nourrir, jusqu'à l'ivresse, du bon jus sucré. Des papillons poudrés d'ocre, un ocelle orange cerné de noir sur leurs ailes hasardeuses, gigotent un peu partout. Des oiseaux invisibles s'égosillent tant et plus, et leur passage ne se devine que par le froissement de leurs plumes à l'envol et le mouvement fugace des rameaux d'où ils s'élancent.

Je cueille, en me griffant les poignets aux ronces, et mon bol s'emplit peu à peu. Presque immobile je dois, en tendant la main, me garer des grandes orties, fleuries, plus hautes que moi, qui m'effleurent le visage quand j'écarte les longs jets souples du roncier. Des tas de petites bestioles colorées de noir, de brun et d'ocre, parfois de vert, courent le long des tiges et sur les feuilles. Des araignées ont tendu là, et tapies immobiles, une patte sur un fil, guettent l'imprudence fatale qui leur donnera à déjeuner, prêtes à jaillir aux moindres vibrations. Des chardonnerets, timides, vifs comme des flèches se posent un instant, picorent le haut des grandes orties et fuient d'un trait, apeurés de rien. Ça vole, ça vrombit, ça caquette à tous les étages dans la vaste haie touffue dont je dérange les habitudes.

Je remplis mon bol, peu à peu, avec sur les doigts le jus généreux des fruits mûrs et l'odeur fraîche qui s'en exhale. J'ai de la fête dans le coeur.

Le vent joue dans l'herbe mouillée et dans les lianes souples du roncier, qui m'accroche et qui me retient par mille petites aiguilles, et il me faut patiemment m'en dégager, griffée, les cheveux que j'ai négligé d'attacher pris aux épines, les mains déchirées, des accrocs pleins les vêtements, parce que je veux, obstinée, les gros beaux fruits qui jaillissent des hauteurs, au creux de la haie, plus tentants et plus savoureux. Je piétine au passage la menthe sauvage qui fleurit en touffes denses au pied de la haie, et son odeur poivrée m'enveloppe.

J'ai rempli mon bol peu à peu, et il gît, oublié, posé à terre tandis que je picore en regardant vivre la haie, ivre du matin libre, du vent frais et des chants d'oiseaux. Et longtemps je regarde le vol des guêpes autour des fruits, la bouche enchantée du goût des mûres, et tout le jeu de la vie qui grappille là, luxuriante, la dernière providence avant les durs temps de l'hiver.

Tout à l'heure, dans la cuisine tiède, je poserai sur la table le grand saladier de grès pesant, et poudrée de farine je pétrirai la pâte pour la tarte, la première tarte aux mûres de la saison.

lundi 17 août 2009

"Narcisse, balise ta piste"...


Ou quand Anne des Ocreries s'aère l'ego

Pour servir à ceux qui auront besoin de me trouver sur un quai de gare....


Alors, en général les crins sont mal coiffés (voire pas), les tennis ont vécu, le jean j'en cause même pas et le tout se range dans du 34 - pasque 1m56 et 43 kg ; et si ma bobine vous colle des démangeaisons de mornifles c'est normal, c'est héréditaire. On a l'impudence en bonne voie, la gouaille rigolarde et l'insolence à deux pas, par chez nous...

Mais y a pas que ça....

Heu...la web cam a été sympa, j'trouve...

mardi 11 août 2009

Minous intimistes


J'en connais qui vont être déçus !

Car ceux qui avaient pensé à "ça" peuvent aller se rhabiller, hin hin hin !

L'ami Manu s'en vint chez nous l'autre soir......pour notre plus grand plaisir ; il arrive toujours avec sa nonchalance habituelle, le Manu, le nez au vent et le sourire guilleret.....

Mais l'autre soir, il est venu avec son super-portable-à-technologies-intégrées, et en moins de deux il gâtifiait à genoux devant le lit (si si, le lit !), dans la chambre-bureau-extension-de-la-pièce-à-vivre, devant Mademoiselle et sa marmaille en train de s'ébattre au ras de la couette.

Parce que Mademoiselle, la plus jeunette de nos trois minettes (et la seule pas encore stérilisée...), nous a gratifié il y a environ un mois d'un paquet de bébés-surprises dont nous nous serions bien passés, mais on est ravis tout de même !

Il était très tard du soir, les loupiotes brillaient à gogo, et tandis que cuisaient les saucisses en chantonnant sur le feu de bois dans la cour, il (le Manu) s'est offert une séance de paparazzi des familles au téléphone portable, avec les résultats ci-après :











L'ennui, c'est que tout ce joli petit monde serait bien heureux de trouver une famille...pour septembre ! Trois minettes et un minet tous câlins tous mignons cherchent famille d'accueil...

Le Manu est reparti à encore plus tard du soir, confortablement lesté de merguez-chipo-côtelettes, avec pleins de pixels occupés par mes bestioles sur son beau portable-de-la-mort-qui-tue, qu'il me fit passer peu de jours après "by Messenger" (merci, Monsieur Ouaibe ! ), et vu que mes photos à moi sont encore dans l'appareil argentique avec quoi je sévis, je vous transmets ici.....quelques instants de la douceur du soir, quelques moments volés d'une famille de chats ronronnant sous la lampe.


samedi 8 août 2009

Biquettes Story


Savoir se mouiller

Fin Juillet, il a été question de changer les chèvres de pré. L'idée était de les transférer sur l'île de Rozay, en face chez nous, en accord avec le Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre qui gère les lieux, afin de faire pâturer la prairie naturelle qui se trouve au centre de l'île, évitant ainsi que la forêt ne se referme sur elle.

Nous faisons brouter en alternance nos ruminants et nos équidés, ce qui permet de gérer aussi le parasitisme dans la pâture.

Le premier travail fut donc de passer la rivière à gué, et de ramener dans le pré-d'en-face notre cavalerie ; ainsi fut fait, pour le bonheur d'iceux, importunés par les mouches.

Il faisait une chaleur à tomber, et je craignais que l'eau ne soit trop froide pour passer "à pattes" des ruminants : décision fut prise de construire un radeau pour l'occasion, avec une palette pleine de récupération et des bidons vides (ayant contenu du liquide vaisselle pour collectivités).

Dès le début, ça a été rock'n roll ! Silvia, la fille de nos amis Magali et Daniel, a commencé par se payer un bain tout habillée quand la première chèvre que nous avons passée a décidé de revenir....à la nage, puisque nous avons été assez idiots pour ne pas en passer deux d'un coup !

Laissant les jeunes bêtes à la ferme, nous avons commencé par rapatrier le gros du troupeau, stationné à deux kilomètres de chez nous ; puis, nous avons passé les chèvres une à une, certaines à patte, d'autres en radeau, selon ce qui était faisable ; mais nous n'avons pas pu passer tout le monde le même jour, et quelques jours plus tard nos amis Jean et Alain sont venus à la rescousse pour terminer le boulot, Jean prenant les photos, Alain fournissant l'effort musculaire requis.


Premier "debriefing" avant l'action, le temps est à l'orage, on est à fond...



Après capture des fauves, direction le gué ! on sent comme du mécontentement chez les caprins.... ça rechigne !



ça se complique ! approcher le radeau, faire monter la biquette, quand le courant gêne et que le fond est glissant, réclame de la patience et...de l'équilibre !



Bébé passera l'épreuve dans des bras rassurants.....y a pas que les ânes qui ont le pied sûr !



Voilà, tout le monde est à bon port, ne reste plus à ces demoiselles qu'à découvrir les savoureuses broussailles !



Hé les aminches, goûtez-moi ça ! c'est pas le pied total ?



Ne restait plus qu'à rentrer.....sous l'orage qui commençait, et comme je ne suis pas rassurée quand il s'agit de passer une rivière à gué quand ça claque, je me suis fait chambrer par ces messieurs, tellement plus zen que moi ! mais j'avais laissé l'ordinateur allumé à la maison, je craignais qu'il ne "grille", et je ne me souviens pas d'avoir traversé une rivière aussi vite, ni un pré !

Elles vont bien, les biquettes ; elles apprécient réellement leur séjour et sont grasses comme des "loches" (veuillez lire limaces) ; mais pour le prochain transport, surtout quand le niveau de l'eau aura remonté, je crois qu'on fera le passage à la barque.....ce sera moins folklo.......

Merci à Silvia, Jean et Alain d'avoir bien voulu perdre un peu de leur temps pour le coup de main, et au Conservatoire du Patrimoine Naturel pour le prêt de la pâture.


mardi 4 août 2009

le coup de gueule du jour !!!



Paru sur le "Nouvel Obs.com" du jour (qui ne permet pas de poster ses articles sur Facebook, ce qui m'a forcé de le copier/coller ici, sorry)

" Soudan: une journaliste risque 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon
AP 04.08.2009 12:29

Des dizaines de Soudanaises, dont certaines en pantalon, manifestaient mardi devant le tribunal de Khartoum où une journaliste encourt 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon en public, en violation de la loi islamique en vigueur dans ce pays.

Lubna Hussein risque la flagellation pour "tenue indécente". Elle est au nombre des 13 femmes interpellées le 3 juillet dernier lors d'une opération de police dans un célèbre café de la capitale soudanaise. Deux jours plus tard, des dizaines de femmes avaient été flagellées dans un poste de police et avaient écopé d'une amende de 250 livres soudanaises (83 euros).

Mais Hussein et deux autres femmes ont décidé d'aller jusqu'au procès, entendant en faire une tribune contre l'oppression de la femme par le régime islamique soudanais.

Les pantalons sont considérés comme indécents dans la stricte interprétation de la charia, la loi islamique adopté par le régime de Khartoum depuis le coup d'Etat militaire conduit par le président Omar el-Béchir en 1989.

L'audience préliminaire de Mme Hussein avait ouvert mercredi dernier mais avait été ajournée afin que la journaliste puisse remettre sa démission du service médias de la mission des Nations unies au Soudan -un poste qui lui aurait valu l'immunité.

Mme Hussein a déclaré vouloir défier la loi et le code vestimentaire imposé aux femmes et a invité les travailleurs humanitaires, diplomates étrangers ainsi que ses confrères à venir assister au procès.

S'exprimant devant les journalistes, elle a dit espérer un verdict rapide mais a ajouté qu'elle ignorait si elle pourrait faire appel de la sentence. Les procès pour troubles de l'ordre public sont habituellement rapidement menés et les sentences appliquées pratiquement dans la foulée.

"Je suis prête quoi qu'il puisse arriver", a dit Lubna Hussein à l'Associated Press, ajoutant que cette manifestation de femmes était la démonstration de ce que "les Soudanaises d'origines sociale ou politique différentes se tiennent à nos côtés".

Dès les premières heures du jour, la police a été déployée autour du tribunal pour tenir éloignés journalistes et caméras.

Certaines des femmes venues manifester devant le tribunal portaient le pantalon en signe ostentatoire de solidarité avec Lubna Hussein tandis que d'autres portaient un hidjab, le voile islamique traditionnel recouvrant la tête et les épaules.

"Nous sommes ici pour protester contre cette loi qui opprime les femmes et les avilit", a déclaré Amal Habani, une éditorialiste du quotidien "Ajraa al-Hurria" ("Les Cloches de la Liberté" en arabe, NDLR).

La semaine dernière, l'union syndicale du personnel de l'ONU avait exhorté les autorités à ne pas fouetter Lubna Hussein, jugeant cette sanction cruelle, inhumaine et dégradante.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit "profondément inquiet" au sujet de cette affaire, soulignant que la flagellation constituait une violation des normes internationales en matière de droits de l'Homme. AP "



Vous avez bien lu, oui ! En 2009 sur cette planète des primates mâles "humains" bouffis de suffisance et anesthésiés de superstition se donnent le droit de décider pour une moitié de l'humanité, de ce qu'elle peut porter ou pas comme vêtements, et des sanctions à infliger en cas de manquements aux lois nauséeuses et restrictives de libertés qu'ils érigent en règle absolue !

Dictature de la pensée religieuse et mainmise sur le corps des femmes - terreur institutionnelle dans le but de gouverner par la peur jusque sur les esprits les plus rebelles - on nage dans les marécages les plus infects et les plus puants d'une humanité abrutie de slogans, régressive jusqu'aux confins de l'évolution.

Qu'on croie ne me gêne pas, en quelque divinité que ce soit, du moment qu'on ne fait chier personne avec ça, et qu'on a pas la prétention de décider pour quiconque de ce qu'il doit faire ou non, manger ou pas, porter et comment. Je supporte toutes les croyances lorsqu'elles tendent à porter l'homme au-dessus de lui-même, dans sa dimension spirituelle, vers ce qu'il nomme "le divin", dans une relation duelle entièrement personnelle de recherche intérieure.

Mais lorsque, comme dans ce cas, il ne s'agit que de cautionner le goût morbide et malsain d'un pouvoir des plus pervers qui confine à la barbarie, je crois qu'il faut dire non, je crois qu'il faut gueuler - gueuler, parce que crier ne suffit plus.

Pas un seul mâle sur ce globe n'a le droit de décider de ce qu'une femme peut porter ou pas comme vêtements, ni de comment elle doit vivre ; pas un seul mâle sur ce globe ne dispose du droit d'abuser de sa force physique pour se saisir du corps d'une femme et lui infliger les pires mauvais traitements qui soient.
Plus d'une dizaine de femmes ont déjà subi la peine ignoble et infamante du fouet pour avoir fait ce que je fais tous les jours : porté des pantalons. C'est affligeant de connerie, ahurissant d'imbécillité ; et que ce soit au nom d'un dieu rend la chose encore plus crasseuse.

Plus d'une dizaine de femmes, dénudées devant des mâles fiers de leur pouvoir, excités par la peur, incapables de gérer leur pauvre bout de viande pendouillant et le désir qui leur vient, et qui préfèrent punir la source de ce désir plutôt que d'apprendre à le gérer, comme des grands !

J'entends les cris de ces femmes, les vociférations de ces mâles hystériques assoiffés de sang, tandis qu'on les maintient et qu'on les dénude ; j'entends le claquement des lanières sur les corps sans défenses, je lis la terreur dans leurs regards, et la satisfaction perverse et maladivement jubilatoire dans les gros rires de leurs bourreaux ; je vois le sang affleurant la peau tendre de ces malheureuses qui n'auraient dû recevoir que des caresses de miel, des effleurements de lèvres....

Et ça me fout la rage !

J'en appelle à tous les gens normaux, contactez Amnesty, la LDH, contactez l'ambassade du Soudan à Paris, s'il y en a une, voyons si des fois sur le net une action ne serait pas en cours, avec par exemple Reporters sans Frontières ?

Parce que le silence serait notre honte, et parce que la barbarie doit cesser. Parce que ce qu'elles vivent nous l'avons vécu autrefois et que la régression n'est pas l'évolution. Parce que je ne veux pas voir s'étendre ces pratiques, et que nous toutes, femmes, méritons notre place d'êtres humains à part entière.

Il fallait que je le crie ; il faut que nous les soutenions et que cette journaliste ne subisse pas cette honte inhumaine, d'être fouettée au nom d'une décision d'hommes.

Vous aurez tous compris que je suis bouleversée, révoltée, et écoeurée.

Anne des Ocreries