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jeudi 29 novembre 2012

Et si on sortait ? - part. 2


Nous étions restés, il y a déjà deux semaines, sur notre arrivée fracassante dans le bourg de Lury sur Arnon, dans le Cher, où nous nous rendions pour assister à un conte "musicalisé" par les bons soins des frères Bitaud, Laurent et Dominique, musiciens et conteurs à l'occasion. (cf billet précédent).

Reprenons, donc : nous sommes le 16 novembre, il fait nuit et il fait brouillard et froid, sur la région ; dedans l'assemblée fait silence, et les premiers sons de la vielle et de la cornemuse s'élèvent...c'est l'heure du conte !

JEAN-LE-CHANCEUX

Il était une fois (j'adore ce début ! ), ça fait, ma foi, un peu de temps pour nous désormais, un vieux bonhomme et une vieille bonne femme qui vivaient dans une forêt très retirée, car le vieux était sabotier de son état. Des douze enfants qu'ils avaient eu, il ne leur restait plus que le dernier, Jean, qui s'en allait sur ses seize ans. Ce pourquoi son père l'avait surnommé " Jean-le-Chanceux", vu que lui seul avait survécu.


Le gamin s'ennuyait fort à fabriquer des sabots. Dame, à cet âge, on a un peu la bougeotte ! Et puis, ils ne voyaient jamais personne, dans cette forêt....Le Jean, à presque seize ans, avait envie de voir un peu le monde ! Mais las ! Son père ne voulait rien entendre, et rien savoir ! Le gamin était vivement rabroué, à chaque fois qu'il en parlait.

Pourtant, un jour, il n'y tint plus : 
- " Père, dit-il, c'est décidé, je m'en vais chercher fortune ! " Son père s'emporta une fois de plus : 
- " Je ne veux pas entendre parler de ça une fois encore ! Va-t-en au diable ! " 

Jean, cette fois-ci, ne se laissa pas démonter. Il fit ses paquets, embrassa sa vieille mère qui pleurait tant et plus, et tendit la main à son père ; mais celui-ci, toujours fâché, lui tourna le dos : "  va-t-en au diable " ! lui re-cria-t-il ! 

Jean partit donc ; il marcha bien sept heures, sans voir encore la fin de la forêt. "  Que la ville est bien loin ! ", pensait-il, et en marchant, il pensait à son futur emploi. Il était un peu dégourdi, ayant été à l'école, et ne doutait pas de se trouver favorisé par la fortune ! "  Après tout " , se disait-il, "  ne suis-je pas ' Jean le Chanceux ?' "

Comme il remuait toutes ces pensée en son for intérieur, il vit venir vers lui, sur le chemin, un petit homme en noir. Jean s'écarta pour lui laisser passage, le saluant dans le même temps. Comme l'homme s'éloignait, Jean soudain l'interpella :


- "  Monsieur ! Hep, Monsieur ! Dites-moi....la forêt finit-elle bientôt ? "
Le petit homme en noir se retourna :
- "   Oh, oui oui, vous n'êtes plus très éloigné de la grand-route qui mène à la ville....Mais dites-moi, qu'alliez-vous donc y faire ? "

- "  Je vais chercher fortune " , répondit Jean.
Le petit homme en noir, du coup, s’intéressa, toisant le Jean de haut en bas, pour bien en prendre la mesure, et se frottant le menton d'un air pensif.
- " Ma foi....j'aurais bien besoin d'une personne chez moi....ça ferait-il ton affaire, de rentrer dans mon personnel ? Mmmm ? "
- "   Ah mais oui Monsieur, pourquoi pas ! " répliqua Jean, content de faire affaire si vite.
- " Bon, reprit le petit homme en noir, et combien, d'après toi, devrais-je te payer ? "
- "   Oh, bin, allez, tenez....cinquante pistole l'an ? " répondit Jean, en se grattant la tête.
- "   ça me va ! "  répondit le petit homme en noir. " Mais, avant de conclure le marché, dis-moi....sais-tu lire ? "
 - "   Bien sûr Monsieur ! "  répondit Jean, tout faraud ! Dame il en était fier, car tout le monde autrefois ne savait pas lire dans nos campagnes ! "  Je sais même écrire, aussi ! "
- "   Hop hop hop arrête-toi là mon garçon ! ", répondit le petit homme en noir, "  Tu ne me conviens plus du tout, et là, vraiment, c'est impossible de faire affaire ensemble. Bonne chance à toi, et bonne route ! "
L'homme se détourna et reprit son chemin. Mais une idée vint à l'esprit de notre Jean-le Chanceux :
- "   Monsieur, Monsieur ! " s'écria-t-il, interpellant derechef le petit homme en noir, "  avec moi, il n'y a pas d'affaire à faire, mais avec mon frère qui s'en vient derrière moi pour la même cause, ce sera sans doute possible, il a toujours fait sa mauvaise tête et n'a point voulu apprendre aux écoles ! "
- "   Ah, bien... ", répondit le petit homme en noir, " nous verrons cela.... "

Jean avança jusqu'à être hors de vue, puis quitta vite le sentier, et hop hop hop, passant par le sous-bois il rebroussa chemin, jusqu'à se retrouver une nouvelle fois devant le petit homme en noir ; en marchant, il avait vite retourné sa veste côté doublure ( dame, c'est économique, quand on n'a qu'un seul habit : ça fait un côté pour la semaine et l'autre pour le dimanche !), et s'avança sur le chemin, vêtu de rouge et non plus de vert. Comme précédemment, il s'effaça pour laisser passer le petit homme en noir, le saluant au passage.

Mais cette fois-ci, le petit homme en noir l'interpella le premier :
- "   Dis donc, ce serait pas toi des fois, le frère du jeune homme que j'ai croisé il y a peu ? Vous vous ressemblez beaucoup ! "
- " Ma foi Monsieur, c'est bien possible " , répondit Jean," nous sommes jumeaux, voyez ! "
- " Bon ", reprit le petit homme en noir, " je suis à la recherche de personnel. Voudrais-tu travailler pour moi ? Et dis-moi...quels gages te donnerai-je ? ""
- " Travailler pour vous ? ", répondit Jean, " ma foi, pourquoi pas ? Heuuuu....pour cinquante pistoles l'an, ça irait-y ? "
- " Oui oui ! Ça me convient ! " rétorqua le petit homme en noir ; " mais avant....dis moi, sais-tu lire ? "
Notre Jean prit un air penaud, en regardant le bout de ses sabots.
- " C'est-à-dire que.....hélas non, Monsieur ! J'aimais mieux aller flâner qu'aller à l'école....ça fait que je n'ai rien appris, hélas ! "
- " Bien bien bien bien bien ! " , répondit le petit homme en noir, en se frottant les mains de satisfaction. " Tu fais mon affaire, je t'engage ! Tu auras tes cinquante pistoles, peut-être même le double SI je suis content de toi, et un jour de congé par an ! Viens-t-en avec moi. "
Aussitôt dit, le petit homme en noir se détourna et, quittant le chemin, s'enfonça dans les grands bois, suivi de Jean bien content. Ils marchèrent ainsi jusqu'au crépuscule, jusqu'à arriver devant un grand manoir perdu au milieu des bois, installé au milieu de hauts murs d'enceinte, sur un amas de rocs naturels qui le relevait plus haut que les arbres. La brume qui montait, la nuit qui tombait et le hululement des chouettes dans les grands arbres n'en faisaient guère un endroit engageant, et tout avait là un air bien sinistre aux yeux du pauvre Jean, fatigué, affamé et bien dépité de ne point aller en ville.....
- " Bin...c'est pas guère engageant, comme coin.... " se dit-il au tréfonds de lui-même, comme ils en passaient l'unique porte épaisse et renforcée de fer.

Bientôt, Jean, installé à l'office devant une table bien garnie, contentait sa faim en écoutant son nouveau maître lui expliquer en quoi allait consister son ouvrage :
- " Tu n'auras qu'à t'occuper de mon cheval, faire un peu de ménage ici et là, et t'assurer que personne n'entre chez moi durant mes absences ; les soins de ma personne, j'y pourvois."
- " Bon " , se dit Jean, " je vais bien gagner pour pas grand ouvrage, je suis bien tombé ! "
Il s'alla coucher, dans la vaste bibliothèque de son maître où une alcôve lui était dévolue.

Le lendemain, à son réveil, Jean trouva le logis vide, et son maître absent ; après avoir nourri sa faim aux cuisines, fort bien garnies en provisions ( et ça mange, un gamin de cet âge-là !), il alla explorer son nouveau domaine. De la cave au grenier, il ne trouva que portes fermées à clef, et personne nulle part, sauf un vieux cheval efflanqué, dans une des stalles de l'écurie. Il s'occupa du cheval, et n'eut rien d'autre à faire....que de revisiter tout le manoir, qui ouvrait sur une cour close de hauts murs, et d'où il ne pouvait sortir, la porte étant fermée à double tour aussi. 

Les jours passèrent. Jean récura tout ce qu'il pouvait, s'occupa du cheval, et s'ennuya fort. Il faisait grise mine, de se voir emprisonné là-dedans, lui qui avait tant rêvé de voir le monde !

Parfois, son maître revenait, inspectait tout de la cave au grenier, allait flatter son vieux cheval maigre, et se montrait fort satisfait. A ces occasions, il ne manquait jamais de donner à Jean, " en plus des gages promis ", une belle pistole d'or, qui allait grossir la poche de notre jeune homme, à sa grande satisfaction.


Mais le temps passait, et Jean s'ennuyait ferme. Vint le jour où, pour se distraire, il jeta un œil aux livres de la bibliothèque, qu'il était chargé d'épousseter, et qui garnissaient quasiment les quatre murs, du sol au plafond. Il en prit un....il ne put le lire ! A son grand désappointement, il était écrit dans une langue qu'il ne connaissait pas ! Il farfouilla, étagère après étagère, il trouva toutes sortes de volumes, des minces, des épais, des petits, des grands, mais aucun qu'il ne pût lire. Il était fort déçu.


Mais, en arrivant tout en haut du plus haut rayonnage, à la toute dernière extrémité de la dernière rangée, juste sous le plafond, Jean trouva un tout petit petit livre, noir, plat, mince, presque un carnet, en fait....il l'ouvrit, et, miracle ! Celui-ci, il le comprenait ! Il se mit à le feuilleter : table des matières...table des matières....voyons : ah !
" Formule pour ouvrir toutes les portes fermées " 
- " Oh oh !", se dit-il, "voilà qui serait bien utile !"
" Formule pour se transformer en animal "
- " Ah, bah ?" se dit-il, "pourquoi pas ?"
" Formule pour changer le plomb en or "
- " Ah, ça, ma foi, c'est pas mal !", se dit-il.
" Formule pour voir au loin tout ce qui s'y passe "
- " Oh, cela pourrait bien me servir !", pensa-t-il ; car il était soudain saisi de la nostalgie de sa famille et de sa maison, qu'il n'avait plus revues depuis des mois, et qui se mirent à lui manquer très fort....
Jean s'empara du petit livre, et lut attentivement la formule à prononcer pour voir au loin. Il l'apprit par cœur, et la répéta, répéta, jusqu'à obtenir le résultat voulu ; et, soudain, il vit devant ses yeux l'intérieur de son ancien logis....sa vieille mère tricotant dans un coin, les larmes coulant sur ses joues, et son vieux père, sombre et silencieux, fixant en silence le feu dans la cheminée.... " ah, je me demande bien ce que devient notre fils ", s'écria-t-elle soudain d'une pauvre voix tremblante.... Son père ne répondit point. Mais Jean le vit furtivement essuyer ses yeux, et battre des paupières....il en eut le cœur bien chagrin.

Puis il pensa à son maître, toujours absent, dont il ne savait rien ; c'était là l'occasion d'en savoir plus à son sujet ! Il fixa sur lui sa pensée, récita de nouveau la formule....et, avec un grand cri, s'évanouit tout net.

Quand il revint à lui, il en frissonnait encore. Car son maître, voyez-vous, son maître....n'était nul autre que le Diable, le Diable lui-même ! Ah, il s'était mis là dans de beaux draps !!!

Chez le Diable, pauvre Jean ! Ah, autant dire qu'il faudra rester sur ses gardes ! Puis, Jean se dit que finalement, l'année allait bientôt finir, il prendrait ses gages et chercherait un autre emploi ! En attendant, autant tirer parti du contenu du petit livre livre noir. Voyons....formule pour ouvrir toutes les portes....ah, voilà ! Et Jean travailla et travailla sa formule, jusqu'à ce qu'aucune porte ne lui résiste. Il visita tout le domaine, de fond en comble et de la cave au grenier. Il trouva des salles pleines de trésors, d'autres remplies de pièces d'or ( et en empocha quelques-unes au passage -  dame, charité bien ordonnée....n'est-ce pas !).

Puis vint le plus difficile : il voulut apprendre à se changer en animal, mais ça, c'était pas du petit lait. Il y travailla tant et tant qu'il en négligea son service, et que le vieux cheval gardé aux écuries en vint à mourir, tandis que peu à peu Jean maîtrisait la formule.

Sur ces entrefaites, son maître vint à rentrer au logis. Il vit que son vieux cheval était mort.

- " bah, il n'était plus tout jeune ", dit-il. "  Nous sommes dans les temps de la grande foire de Maray, j'irais samedi en chercher un plus jeune ".
- " Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, mon maître ", se risqua Jean, "  je souhaiterais pour ma part prendre mon jour de congé, le seul de l'année que j'aie, afin de retourner voir les miens, dont je suis sans nouvelles ".

Le Diable se mit à braire :

- " Ah mais pas question ! ça ne fait point mon affaire ! Qui restera à garder mon logis, si tu t'absentes ?? Non non non, pas question de congé !! Tu vas rester ici, et puis c'est tout ! "

Jean ne fut guère content. Il s'en retourna à son alcôve en ruminant dans son for intérieur.
- " Mouais ! " , se disait-il, " Ah ! tu veux veux point me le donner, mon congé, pis tu veux me garder là prisonnier ! Mais on va bin voir c'qu'on verra ! Aussi vrai que je m'appelle Jean-le-Chanceux ! "

Le lendemain, le Diable était reparti. Aussitôt, Jean fourra dans ses habits, bien serrées dans son mouchoir, toutes ses pistoles d'or, puis à l'aide de la formule, il ouvrit la porte et sortit ; le plus vite qu'il put, il se mit alors sous la forme d'un jeune poulain (et c'était un poulain splendide, je vous en réponds !), et prit le galop vers la ferme de ses parents, qui était bien loin, à tel point qu'il n'y arriva que vers le soir. Il arriva dans la clairière, où il trouva son père en train de fendre ses bûches. Mais, étourderie et précipitation de la joie qu'il avait à le revoir, Jean ne pensa pas à reprendre forme humaine ! Si bien que jugez la stupéfaction du vieillard, quand il vit un magnifique poulain tout fumant se précipiter vers lui en s'exclamant :
- " Père ! Père ! Quelle joie de vous revoir ! "

Le vieil homme en tomba évanoui. Aussitôt, Jean, pestant contre lui-même, reprit sa forme humaine. Entendant crier, sa mère accourut, pour trouver son mari évanoui de tout son long au sol, et son fils tentant de le relever.
- " Ne vous inquiétez pas, mère ", s'écria Jean, "portons-le dedans, ranimons-le, et je vous expliquerais tout. "


Ainsi fut fait ; le vieux bonhomme fut tout étonné, en sortant de son évanouissement, de trouver son fils près de lui. Alors, Jean raconta à ses parents toute son histoire, et leur montra les belles pistoles d'or qu'il avait rapportées de son service. 
- " Vous m'aviez envoyé au Diable, mon père, ce qui n'était guère prudent de votre part, car voyez-vous, j'y suis allé ! ", dit Jean à son père sidéré. Les deux vieux n'étaient guère rassurés, craignant que le Diable ne leur fasse des misères en représailles de ses pistoles subtilisées, et de son domestique enfui, mais Jean les rassura.
-  " Mes chers parents, faites-moi confiance, et notre fortune à tous trois est faite. Voici. Demain, cher père, je me remettrai en cheval, et vous m'irez vendre à la foire. Vendez-moi seulement, et je m'occupe du reste. "
Puis ils soupèrent, et s'allèrent coucher.

Le lendemain matin, au chant du coq, le vieux sabotier se leva, et crut avoir rêvé. Il déjeûna d'une écuelle de potage, et sortit soigner ses trois maigres poulets ; quelle ne fut pas sa surprise de trouver le magnifique poulain, pâturant dans l'ouche de derrière !
- " Avez-vous mangé, père ? ", demanda Jean ; " si vous êtes prêt, partons donc pour la foire ! "
Ils se mirent  en route, une fois effectué les derniers préparatifs ; la foire était loin, et le vieux sabotier tenait le poulain en longe, marchant à côté.
-  " Père, montez donc sur mon dos, voyons, nous irons plus vite ainsi ! ", dit Jean. Aussi, l'un portant l'autre, firent-ils à meilleure allure le long chemin vers le champ de foire. Arrivés là, ils cherchèrent le marché aux chevaux, et firent grande impression : car Jean était aussi beau cheval qu'il était beau gars, et il ne tarda point à y avoir foule autour d'eux ; mais nul ne se pressait d'enchérir, car si belle bête, pour sûr, ne pouvait que valoir bien cher, et tout le monde ne pouvait guère s'offrir un tel cheval !

Finalement, le maquignon le plus réputé et le plus retors du champ de foire s'y risqua.
- " Mmmmm ", dit-il après avoir examiné Jean sous toutes les coutures, " cinquante pistoles ? "
- " Vous voulez rire ", répondit le père de Jean. " Ce n'est pas un vieux tocard cagneux que je viens vendre !! "
- "  Bon ", reprit l'autre après avoir ré-examiné Jean d'un bout à l'autre, " soixante-dix ? "
- " Cent ! "  cria une voix ; le Grand Écuyer du Seigneur local venait faire sa remonte.
L'enchère s'échauffait, et les propositions montaient, montaient, les spectateurs suivant l'enchère avec passion et grande attention. A cent quatre-vingt pistoles, le maquignon abandonna ; le Grand Écuyer tendait déjà la main vers la longe lorsqu'une voix caverneuse s'éleva de derrière le cercle des badauds :
- " Deux cent cinquante. "

Tout le monde s'écarta ; un petit homme en noir s'avança alors vers le cheval. Il faisait tellement impression, ce petit homme en noir, qu'un grand silence tomba, et que le Grand Écuyer lui même, tremblant, recula, et cessa d'enchérir. Une bourse bien pleine changea de mains, après que discrètement Jean ait murmuré à son père d'accepter l'offre, et le petit homme en noir repartit avec le magnifique poulain qu'il venait d'acquérir.

En route, il eut envie d'essayer sa nouvelle monture, car tout de même le chemin était long. Aussitôt dit, le voilà sur le dos de Jean, qui au début marcha d'un bon pas bien égal ; voyant cela, le Diable le mit au trot, et Jean trotta. Enfin, voulant essayer toutes les possibilités de son nouvel achat, le Diable mit Jean au galop, et Jean galopa. Il galopa bien, au début, puis peu à peu, il prit de la vitesse, de la vitesse, et insidieusement, il prit le mors aux dents. Le Diable essaya bien de l'arrêter, mais, ouiche ! Il n'y avait pas moyen ! Et Jean galopait, galopait, à pleine vitesse, sur le chemin...puis, dans une courbe, il fila tout droit en sous-bois, longeant les arbres, slalomant entre eux, jusqu'à ce qu'une bonne branche basse de bonne taille le débarrasse de son cavalier : VLAM ! Voici le Diable à terre, un bel œuf sur le front, et son si bel achat tout neuf perdu dans la nature !!!!

Le Diable se releva en pestant, son mouchoir en tampon sur le front, et reprit la direction de chez lui, un peu moulu. Quant à Jean, pour sa part, il galopa à pleine vitesse jusque chez le Diable, ouvrit les portes qu'il lui fallait ouvrir, remplit de nouveau ses poches de pistoles d'or, se re-transforma en cheval et prit la fuite au grand galop.


Quand le Diable arriva enfin chez lui, il trouva porte ouverte et logis vide. Il ne fut pas long à comprendre alors, qu'il avait été berné, et entra dans une grande colère !!! Usant de la formule pour voir au loin, il chercha Jean, et le vit alors sous sa forme de cheval, galopant toujours plus loin. Aussitôt, le Diable se changea en loup et prit sa chasse. Il eut bientôt rattrapé Jean, qui lestement, devint alors une hirondelle, et les crocs du loup ne se fermèrent que sur le vide, tandis qu'à tire-d'ailes Jean fendait l'azur à toute vitesse. Le Diable alors devint faucon, et chassa l'hirondelle. Il allait bientôt la saisir, mais Jean, plus malin, ayant aperçu la fille du Seigneur en partie de campagne, qui mangeait du raisin sous une treille, devint aussitôt grain de raisin et roula sur la gorge de la jeune fille, jusque dans son décolleté. Le Diable aussitôt se mit en grain de blé, et suivit le même chemin. Mais la jeune fille, incommodée, avait secoué sa robe, et grain de blé comme grain de raisin tombèrent alors à terre. Jean, vif comme l'éclair, se mua en coq immédiatement, et se jetant sur le grain de blé, l'avala sans plus ample informé, avant que le Diable, étourdi de sa chute, n'ait repris ses esprits. Jean alors rentra chez lui, alla chercher ses parents, et les mena jusque chez le Diable, où ils prirent possession de son grand domaine. Après l'avoir un peu nettoyé de toutes ses diableries, ils y vécurent heureux, et Jean, devenu bon parti et fort joli jeune homme, finit par épouser la fille du Seigneur de l'endroit, fort heureux de pouvoir, à loisirs désormais, promener ses doigts dans le doux décolleté de sa belle.....

Le dernier écho de vielle s'éteignit doucement, tandis qu'éclataient les applaudissements. La lumière rallumée donna le signal du départ, mais certains s'attardèrent à causer encore, par petits groupes.....Dehors, le brouillard n'avait point faibli, le froid mordait encore, et nous rentrâmes par les routes campagnardes, au pas, les voix des deux conteurs encore dans les oreilles. Nous avions passé une vraiment belle soirée.


[ Pour info, il existe un autre "Jean-le-Chanceux parmi les contes, celui des frères Grimm, mais celui-là, vous n'aurez aucun mal à le trouver- et la trame en est tout autre.]

samedi 17 novembre 2012

Et si on sortait ? - part. 1



Nous nous sommes fait plaisir hier soir : nous sommes allés assister à un spectacle !!!

Il y a deux jours, une affiche tombe dans ma boîte mail :


Oh oh, me dis-je, ça ne doit pas être mal du tout, ça, on va passer une bonne soirée ! Hop, nous décidons d'y assister, surtout que ça ne se passe pas loin de chez nous, que l'entrée est gratuite pour le public ( les musiciens étant rémunérés par les instances organisatrices du spectacle), et que ça allait me faire l'occasion de voir l'amie qui m'avait fait passer l'affiche !

En passant, j'ai pensé à mon amie Pomme, à qui ce genre de soirée n'aurait pas déplu non plus !!! Pomme, les oreilles t'ont-elles sifflé ?

Les musiciens dont il est question, les frères Bitaud, Laurent et Dominique, étaient un gage de passer du bon temps, avec de la bonne musique "bien d'cheux nous" dans les oreilles, et pas de quoi s'ennuyer. Jugez-en vous même là.

C'est donc un conte musical que nous sommes allés entendre ; " musical " : entendez, qu'il serait joué des pièces du répertoire traditionnel, entre chaque récitatif, en ponctuation des scènes du conte.

Ce conte est tiré des nouvelles d'Alfred Laisnel de La Salle (1801-1874).  De son vrai nom Germain Laisnel de La Salle, il est né au manoir de Cosnay, dans la commune de Lacs, le 1er Germinal de l'an IX (22 mars 1801). Ethnologue français et folkloriste, il a particulièrement étudié les mœurs paysannes et le folklore français. Il rédigea notamment de nombreux travaux sur le Berry. Il est l'auteur de Croyances et légendes du cœur de la France, parus à la fin du 19ème siècle chez l'éditeur Maisonneuve. Ami de George Sand il partagea cette passion avec elle. Il décède le 11 août 1870. (wikipédia)

Ah, mes amis, quelle aventure ! D'abord, nous connaissions peu le village de Lury, où devait se jouer le spectacle ; ensuite, il y avait hier soir un brouillard à couper au couteau, où l'on voyait à peine devant ses roues : à preuve, Monsieur l'Homme, en revenant des courses, dut prêter assistance à un voisin qui, partant prendre son travail à la nuitée, venait de se prendre un sanglier de belle taille !! voiture en piteux état, voisin heureusement indemne, goret projeté dans les taillis : ils ne l'ont pas cherché, trop de risques ! Le voisin ne s'est pas rendu à son travail hier.....

Arrivés à Lury, nous cherchons l'endroit où se joue le spectacle ? Aucune indication, aucun flèchage, et toujours cet épais brouillard....un temps digne du Berry, un soir à croiser les sorcières en Sabbat, et pas même un chat dans les rues mortes. Bon ! soyons logique : en milieu rural, où trouve-t-on les animations locales ? au Foyer Rural, bien sûr ! Chaque village possède le sien....Donc, nous rejoignons ledit Foyer Rural. Où nous retrouvons notre amie. La salle nous semble bien peu pleine....mais enfin, vu le temps.....nous entrons, nous nous asseyons, et, bénie soit-elle ! une connaissance de notre amie vient lui demander si elle vient chanter ? échange de regards interloqués.....heuuu ? comment ça, chanter ?

Nous nous étions trompés de lieu !!! Nous étions tombés en pleine répétition de la chorale municipale !!! Eclat de rire général, et nous repartons dans les rues brouillardeuses, à la recherche de la " Grange de Chambord ", où l'évènement devait se tenir. En retard, bien sûr. Nous suivons les indications données....et aboutissons à un beau bâtiment flambant neuf, brillamment éclairé.....et vide : nous étions de nouveau égarés !! nous étions à la maison de retraite locale !!!! On a la gentillesse de nous indiquer le bon endroit : juste derrière nous, de l'autre côté de la rue !!!!

A peu près morts de rire, nous traversons donc la rue, longeant un grand mur vide, blanc, jusqu'à ce qu'enfin une toute petite porte, avec une affichette format A4 de punaisée dessus, nous dise qu'ici, peut-être ??? Nous entrouvrons la porte, jetons un oeil précautionneux....OUI !!! Nous sommes sauvés, en retard, mais n'interrompons que le présentateur de la soirée ! Nous nous jetons sur les premières chaises venues, et, soulagés, contemplons le lieu : c'est bien une grange, et une belle grange, et là, dans les lumières de la "scène", tandis que dehors la nuit s'installe entre brouillard,  sorciers et bêtes de la nuit, commence l'aventure du conte :

à suivre.......

mercredi 8 février 2012

Comment j'ai passé une soirée avec Eric Mc Comber.


Ah ! Je vous vois venir ! y a ceux, tous frétillants, qui vont arriver tout émoustillés, comme des chiens de chasse sur une piste fraîche : "hein ? hein ? quand ça ? où ça ? comment ? oh ? raconte !" - pis y a les "qui suivent pas" qui vont me demander : "heuuuu...ouais ? c'est qui, cet Eric Mc Comber ?"

Aux premiers, je dis : "patience, que je te narre !", et aux autres je conseille d'aller voir à cette adresse , y sauront tout !

Donc, ma soirée d'hier. Elle a, en fait, commencé bien avant ; elle a commencé quand je suis allée relever mon courrier, un peu avant midi, et que j'ai découvert dans ma boîte aux lettres le paquet que mon amie Venise m'avait posté mi-décembre, depuis le Québec. Wow ! que je me suis dis ! ça a fini par arriver ! ( hors délais, mais, aux prix prohibitifs que demandent les Postes Canadiennes pour expédier quoi que ce soit hors des frontières, on ne peut pas, en plus, leur demander d'être performants, hein, ce serait pas humain !).

Munie de mon précieux paquet, je me suis engouffrée dans mon chez-moi pas douillet du tout, pour en inventorier le contenu tout à loisir ; parmi tous les petits trésors contenus dans cet envoi, un objet quadrangulaire et parallélépipédique, à couverture qu'on rangerait dans les "rouges", mais qui est en fait de l'orange fluo des stylos Stabilos, un livre : LE troisième écrit d'Eric Mc Comber lui-même, intitulé "La Solde", et qui vient de sortir (il y a deux ou trois mois) aux éditions La Mèche.

Marrant, j'avais justement commencé à remonter mon retard sur son blog, à Eric. J'ai posé le livre à côté de moi, puis j'ai fini d'avaler trois mois de retard sur "Roule, Rosie, roule !" ; et, enfin, quand j'ai eu tout fait de ce que j'avais à faire, j'ai charrié une brouette de bois dans la cuisine, (oui, j'ai carrément rentré la brouette dans la cuisine, na !), histoire de ne plus mettre un pied dehors, avec le -11° d'attendu hier soir, ça me disait moyen, j'ai bourré mes poêles pour essayer de maintenir mes 15° à l'intérieur, et je me suis collée en pyjama, au pieu, parce qu'il n'existe aucun autre endroit confortable dans ma vieille baraque berrichonne si pittoresque. Puis j'ai rapatrié bouquin, bouffe, clopes, tout ça, pas loin, et une ou deux minettes parce que ça allait bien et que ça tient chaud.

Et j'ai donné le top-départ de ma soirée avec Eric, ou plutôt, avec son livre. Depuis le temps que j'attendais ça ! Depuis le temps que je me demandais ce qu'il écrivait, ce que j'allais lire.....

Ah ! j'vous sens déçus, hein ? vous espériez du croustillant, du cru, du salace, mes p'tits gorets ? Oh ! y en a eu.....le bouquin d'Eric, c'est pas de l'édulcoré pour les matantes à salon de thé ! (ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes qui ont du mal à lire un style "cru" soient des matantes à salon de thé, loin de moi cette pensée ! ) - c'est du viril, ça, mes biquets, c'est écrit comme s'écrivent certaines existences, dans la sueur, le foutre et l'haleine fétide des vies sans issues.....je vous parle même pas des relents d'alcool ! ça fleure pas bon le désodorisant, ce bouquin-là, parce que ça parle d'une vie sans joie, d'un être sans joie. Et qui, pourtant, a pleinement conscience de la vaste farce universelle dans laquelle il se vautre.

Ça vous intrigue, hein, mes lapins ? Lisez le bouquin ! Vous croyez que le livre est déprimant, parce que je vous dis qu'il raconte une vie sans joie ? j'ai pourtant ri, à en chialer, des fous-rires que jusqu'ici seuls John Irving ou Tom Sharpe avaient réussi à m'extirper. Oui, vous allez rire, tellement cette farce est grotesque, tellement c'est "hénaurme", jubilatoire, cette gaudriole triste, ces ruts impensables, ces coïts "Cervantesques" où s'englue le personnage principal du livre, ce Don Quichotte poignant sans bataille et sans gloire, arrivé au bout de toutes ses espérances, et même au-delà de ses désespoirs. Comme dans Kundera, vous y verrez cette farce amère que peut être une vie, quand le destin s'en mêle. Et je vous jure que c'est une farce.

J'ai lu. Direct. D'une traite, du début à la fin. Parce que quand on commence, pas moyen de s'arrêter, ça vous happe. Et j'y étais ; dans ce cagibi où travaille Émile Duncan, au cœur de la grande cité bétonnée, cette fourmilière humaine décadente qui se cherche en vain du sens, dans un monde productiviste qui broie et qui lamine, sans états d'âmes (c'est pas positif !), sans poésie, sans beauté, sans gloire. Univers terne où la culture est vue presque comme un vice, la musique, une mauvaise habitude, l'écrivain, une sorte d'aliéné aux idées malsaines. Un monde froid ou l'être, renié au profit du paraître, crie en vain dans le vacarme consumériste d'une société sans but et sans desseins, notre monde, CE monde.

Écrit différemment, ça aurait pu me foutre un sacré bourdon, me coller la rage, des envies suicidaires - ou l'envie de tuer le premier connard à cravate bien-propre-sur-lui qui serait passé dans mon champ visuel (en pleine nuit, dans le Berry, au milieu de la cambrousse, notez, chuis assez à l'abri de ce genre de pulsion homicide).

Mais le talent d'Eric Mc Comber, c'est ça : en même temps qu'un regard des plus lucides sur ce que nous avons laissé construire, sur ce que nous avons permis d'être, une formidable auto-dérision grinçante, ubuesque, sauvage, LIBRE ! et jubilatoire, sur les travers d'un monde sans épaisseur ni contours qui se prend pour le réel.

Émile Duncan est un paumé, mais il ne l'est pas moins que les gens qu'il rencontre, qu'il s'agisse de sa famille ou des greluches de passage que la vie lui colle dans les pattes, ne sachant pas mieux que lui trouver un sens à leur vie ; ce pourquoi, sans doute, ces baises tristes et paradoxalement gaies, quand la fête des corps supplée la fête des âmes en déréliction. Et lorsqu'il se sent épris, enfin épris, ce pauvre Émile, plus paumé que jamais, en équilibre instable sur des relations toujours boîteuses, n'entend plus en écho de cet amour indécis que la même indécision de sa Dulcinée coincée dans un "devoir être" social seriné par les journaux, les médias, et l'air du temps, à la fois mal à l'aise dans le vieux schéma de vie de sa mère, et dans le modèle de "femme libérée" amazone dont elle n'a pas le mode d'emploi. Nos sociétés sont devenues injonctives et féroces : "soyez gagnants ! soyez libres ! soyez heureux ! " nous hurlent-elles de tous côtés.....mais elles ne nous disent plus ni comment, ni pourquoi, et nous louvoyons dans la brume, éternels Ulysses d'éternelles villes moroses sous leurs festivités de néons, bourrés de désirs que nous ne savons plus élaborer pour donner du sens à nos vies, persuadés que consommer nous rendra plus heureux : " haha, j'ai plein de pognon que je dépense à des conneries, je suis plus heureux que toi ! "

En face de cela, Émile Duncan est nu, déchiré et sans armes ; il titube contre les murs de sa geôle, de verres en fille et de fille en verres, ne sachant où trouver d'issue, ignorant même s'il en est une.

Et tout cela, Eric Mc Comber nous le raconte avec une voix qui se grave au fer rouge dans nos chairs, et un vaste éclat de rire à la gueule de tous les dieux.

J'ai bien aimé, aussi, la forme du livre : Émile Duncan bosse comme correcteur d'agendas scolaires pour les "States", et c'est dans l'un d'entre eux qu'il écrit sa vie, au quotidien, et je me suis dit que ce que sont les États-Unis devenait bien plus compréhensible, quand on voit à quelle sorte de lavage de cerveau est soumise leur propre progéniture. Effarant, tout autant qu'effrayant ; monde voué à la soumission à la Norme, aux normes, monde standardisé, où il faut d'abord paraître, quoi que l'on soit - parce que l'être y est laissé en friche.

Dans le monde d’Émile Duncan, on solde, on solde toutes ces vieilleries que sont culture, poésie et littérature, musique et arts, solidarité et humanité - tous ce "superflu" qui faisait des hommes, mais puisqu'on a décidé qu'il fallait des robots, quel besoin ? "La Solde", c'est le vaste bazardage de toute une flopée d'espoirs qui ne savent plus comment fleurir. Et ce roman picaresque finit exactement comme il devait finir, dans la farce grossière de l'indécision, filant dans la nuit vers un avenir incertain, bardé de points d'interrogation.

Quand j'ai fermé le bouquin, il était vachement très tôt du matin, et j'étais hébétée comme quand on se prend une mandale en marchant dans la rue sans regarder devant soi, et qu'on se bouffe un poteau incongru, planté là dans le bitume. J'ai eu du mal à retraverser l'Atlantique pour rejoindre le Berry. J'avais fait un sacré voyage, mine de rien. Je me suis secouée. Je suis sortie appeler la chatte qui n'était pas rentrée, mais la garce taquinait le mulot hors de vue, j'ai fait chou blanc. J'ai poussé quelques pas jusqu'à la route, en dehors du cercle des lumières, le ciel était couvert, quelques flocons voltigeaient. Disparaissant au loin comme une ombre, m'est passée sous les yeux cette vision fugitive, d'une silhouette d'homme massive, la tête rentrée dans les épaules, chargée comme un baudet, titubant vers sa destinée hésitante... Tchao, Émile !

Ce ne fut qu'un instant, vous savez, ces clins d’œil que vous fait un bon auteur, quand son personnage est vivant, si vivant en lui qu'il sait lui donner âme, à défaut de chair (c'est déjà un début...).

Je suis rentrée me coucher. Dans la boîte-à-gueule de la cuisine, Peter Gabriel entamait "Mercy Street".


Pour ceux qui se diraient : "ouais, on le lirait bien, ton bouquin québécois, là, mais ousqu'on le trouve ?" , fastoche :
- On peut le commander (ou aller voir) à la Librairie du Québec, Paris 5ème, un clic sur Google et c'est fait, on peut même commander par téléphone ! [Désolée....tuyau perçé ! ]
- Ou aller chez son propre libraire (un vrai ! pas un de ces vendeux d'bouquins qui se prennent pour ce qu'ils ne sont pas !), qui lui, le commandera pour vous à la Librairie du Québec (compter de l'attente, faut 8 semaines s'ils doivent opérer le réassort ! les cargos s'enrhument, de ce temps-là....), [ pas valable non plus....]
- ou, pour les moins timides, contacter l'auteur lui-même sur son blog, hé, ça ira plus vite, il est en France, pour le moment !! si ça se trouve, il a du stock ! tentez le coup....
Et, en désespoir de cause, l'auteur sera en Mars au Salon du Livre de Paris, bougez vos fesses !

----> INFO DERNIÈRE MINUTE ! Notre amie Pieds-sur-terre a tenté la Librairie du Québec ; mauvaise nouvelle, celle-ci ne travaille pas avec la maison d'édition d'Eric Mc Comber. Vous pouvez oublier, et oublier aussi votre libraire, du coup, il ne pourra se le procurer.....seule chance : acheter en ligne, auprès de l'auteur lui-même ! (descendez la colonne de droite de son blog, il y a toutes les infos !)

samedi 28 janvier 2012

M'en allant promener....


C'est en septembre dernier que nous sommes allés rendre visite à Bluebird , à Guebwiller, Alsace. Je vous conseille l'endroit, un magnifique petit bourg très agréable ; Bluebird vit là, dans un coquet petit chez-soi bien agencé, dans une rue agréable.

Il nous fit visiter le bourg en long et en large, ainsi que quelques-uns des environs, et c'est vraiment un lieu de toute beauté.

Il nous mena aussi au Musée Théodore Deck, car Guebwiller était réputée fut un temps pour ses porcelaines et faïences. Théodore Deck est l'inventeur d'un "bleu Deck", un bleu très vif et très intense, et j'ai vu quelques pièces de sa main d'une beauté à couper le souffle.

Mais ce qui m'a "bouché un coin", vraiment, c'est ce que je vous montre ci-après. Ces magnifiques peintures animalières ornaient les ..... murs d'un cabinet de toilette, sur trois côtés.


Qu'en était-il du quatrième ? était-il recouvert d'armoires, ou peint, ou autre ? était-ce une alcôve, auquel cas le quatrième côté était constitué de boiseries et portes ? Je ne sais pas, on ne nous le dit pas.


Imaginez....imaginez-vous, vers la fin du dix-neuvième siècle, entrant dans ce magnifique endroit, tapissé de ces splendides faïences, comme si vous arriviez, le soir, à l'oasis dans le désert.


Imaginez-vous, vous dévêtant pour entrer dans une vaste baignoire fumante, de fonte émaillée, à pattes de griffons, quel luxe, quel luxe n'est-ce pas !


Votre femme de chambre (debout jusqu'à point d'heure, payée minablement et n'ayant qu'un jour ou deux de vrai congé par mois, mais chut !) vaque autour de vous, apporte et verse eau chaude, eau froide, vous frotte, vous rince, chauffe les serviettes sur le calorifère.....ah, euh....au fait, si vous êtes un homme, la femme de chambre est un valet de pied, désolée les mecs, c'est comme ça !




Je suis restée bouche-bée devant ces panneaux somptueux, que je vous engage à aller voir, vraiment, parce que mes photographies ne rendent pas hommage à l'effet d'ensemble, ahurissant, et parce que ce musée magnifique recèle bien d'autres trésors qui vous laisseront comme deux ronds de flan, mes agneaux.

mercredi 30 décembre 2009

Juste histoire de changer de chaîne...


Alors ça a démarré quelque part, à force on ne sait plus où...Une idée qui se lance, et que d'autres font vivre...." et si on faisait une chaîne de chansons d'amour" ? Parce que l'amour, sur ce foutu globe, en ces temps consuméristes de pouvoirs dévoyés, de détestation de l'Autre, est furieusement mis à mal par quelques idées nauséabondes ressorties des poubelles....et même si c'est naïf de prétendre arranger les choses à coup de chansons, ça ne l'est pas de penser que ça redonne des forces, que ça ouvre à l'espoir.....

Alors on reprend l'idée, et puis on la promène, à coup de bonnes volontés, de blog à blog, pour construire quelque chose....

Comme un goût d'Espérance, comme un combat mains nues des purs contre les forts....

Après tout, c'est l'époque, non ?

mardi 10 novembre 2009

Parce que y a des jours où...


Litanies de mon triste cœur

Mon cœur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.
Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon cœur est un cancer qui se ronge lui-même.
Mon cœur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d'un dernier rêve en allé sans retour.
Mon cœur est un gourmet blasé par l'espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu'un lait rance.
Mon cœur est un noyé vidé d'âme et d'espoirs
Qu'étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.
Mon cœur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s'obstine à sonner l'heure.
Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu'on nomme universel dégoût,
Mon cœur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d'or malsaines et splendides!
Mon cœur est un cercueil où j'ai couché mes morts...
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!
Mon cœur est un tyran morne et puissant d'Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.
Mon cœur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d'obscènes cauchemars.
C'est un feu d'artifice enfin qu'avant la fête
Ont à jamais trempé l'averse et la tempête.
Mon cœur.... Ah! pourquoi donc ai-je un cœur ? Ah! pourquoi
Ma vie et l'Univers ? la Nature et la Loi ?

15 novembre 1880.
Jules Laforgue
1ère publication:
Poésies Complètes (Le Livre de Poche) 1970




tilidom.com

mercredi 10 juin 2009

Qui se souvient de Jonathan ?




Souvenez vous.... Richard Bach avait dédié cette histoire "à ce Jonathan Livingstone le Goéland qui sommeille en chacun de nous".

Souvenez vous... il voulait tout savoir et tout comprendre, et dépasser ses limites : il disait : " Qui donc est plus responsable que le goéland qui découvre un sens plus noble à la vie et qui poursuit un plus haut dessein que ceux qui l'ont précédé ?"

Il disait : "le paradis, c'est simplement d'être soi-même parfait", et aussi : "Il faut t'efforcer de voir le Goéland véritable - celui qui est bon - en chacun de tes semblables et l'aider à le découvrir en lui-même. C'est cela que j'entend par amour."

Ce Jonathan m'a fait rêver pendant toute mon adolescence ; il était mon guide et mon espoir.

Hélas.... J'avais les ailes trop courtes, et j'ai perdu mes plumes. Je n'ai pas su voler.

De toute façon, j'ai le vertige.

Aujourd'hui, je suis loin d'être devenue le goéland dont je rêvais. Je ne suis plus assez pure, et trop désabusée. La vie est passée, j'ai laissé mes rêves en chemin. De toute façon, ils étaient trop flous. Je taille ma route dans les épines, au ras de la fange. Sans boussole.

Jonathan et les siens volent seuls dans ma mémoire......

lundi 8 juin 2009

ça me triture....



La gargouille de Kat

Je suis passée hier par le blog de Kat Imini, vous savez : " Des mots, des images", où elle publie des images-à-danser, des images-à-rêver, des images-à-penser, enfin, des images et des mots - titre explicite.

Et là, pour le coup, je me suis grattée le "cacouet", comme on dit par chez nous, à savoir, la nuque.

Sur une façade de pierre, triste et sale, sous une fenêtre close, doublée, obturée de rideaux, une fenêtre semblable à un oeil mort, à un refus, une figure grotesque de pierre grimaçait vers la rue, comme ça, telle quelle ; elle n'était pas en plein milieu de l'encorbellement (si c'est ainsi que ça s'appelle...y a-t-il un architecte sur le ouaibe ?), Kat l'avait baptisée "gargouille", or aucune gouttière n'arrivait jusqu'à elle.

Nina, dans son commentaire, a eu la même idée que moi : elle avait dû fuguer. Comprenez bien ; ça n'a rien d'amusant, de rester des siècles penché au même balcon, à invectiver contre le mal une foule de mécréants de plus en plus ignares, qui n'y prenaient plus garde...

J'ai zoomé sur la chose, qui m'a semblé un gros bouledogue penché vers l'extérieur, les joues gonflées, prêt à glavioter élégamment sur l'éventuel passant - ce qui, vous en conviendrez, n'est pas d'un chien bien élevé, même de pierre. Aucune ouverture en façade prévue pour une quelconque évacuation des eaux.

Or ça ! me dis-je, voilà qui est trop fort ! une gargouille qui ne gargouille pas ? Mais de qui se moque-t-on ?

Aussi sec, Anne-la-fureteuse, qui dormait pépère dans un coin de mon cerveau, a montré le bout de son nez : chic ! un mystère ! d'abord c'est quoi, une gargouille, finalement ?

Wikipédia répondit gracieusement à la question : "En architecture, les gargouilles (Étymologie, la gorge ou l'œsophage, du latin, gurgulio, gulia et autres mots similaires dérivant de la racine gar-, par allusion au glouglou de l'eau) sont des ouvrages sculptés d'évacuation des eaux de pluie des toitures, propres à l'art roman puis surtout gothique. Elles sont généralement des figures grotesques." (extrait de l'article, définition) ; je vous engage à aller lire le développement, il est intéressant.


Surtout, il me donna le fin mot de l'histoire ! ce bouledogue mal élevé n'était pas une gargouille, mais une chimère ! une ornementation grotesque, à but décoratif : " les chimères par contre sont des statues fantastiques et diaboliques qui ont une fonction purement décorative. Elles ont, comme les gargouilles, l'aspect d'animaux fantastiques et effrayants. Elles représentent des créatures malfaisantes, qui penchées vers le sol, semblent se repaître du spectacle des turpitudes de l'humanité." (cf Wikipédia, "gargouille")











Ipso-facto, j'en déduisis in-petto que le constructeur de l'édifice devait avoir eu, primo, un goût relativement bizarre en matière de décoration, deuxio, un humour sensiblement dépravé, à moins que les agents du fisc, les vendeurs de bible de pacotille, les camelots et autres mendigots de tout poil n'aient été à l'époque suffisamment harcelants pour qu'on les incitât à faire montre de prudence avant de frapper à l'huis.

En attendant, j'avais ma réponse à l'inquiétante présence, sur une vieille façade grise, de cette "gargouille sans cathédrale" qui avait interpellé l'oeil sagace de Kat.

Je pus enfin m'en aller coucher sereinement, et jouir d'un sommeil paisible.

PS : voici pour Kat, et son amour des fenêtres, celles qu'on peut voir à Bourges, sur la façade du Palais Jacques Coeur :


dimanche 24 mai 2009

allez, on sort !


Par chez nous en Berry...

On va aller voir du côté de Saint-Georges-sur-la-Prée, au Musée de l'Ocre :



Empressez-vous de suivre le lien suivant, qui vous le présentera joliment :


http://www.musee-ocre.org/

On y apprend tout ce qu'on peut sur l'Ocre, un pigment naturel qui posséde des tas d'usages, et qui donne aux murs de nos maisons cette douceur et cette jolie patine qui nous plaît tant...


On y visite un bel espace consacré à la vie d'autrefois...



Et de belles expositions s'y succèdent durant toute la saison : en ce moment, jusqu'au 7 juin,

Sandor SHOMI ("Quand les animaux sortent de terre") nous présente ses oeuvres :


Regardez comme c'est beau ! :




Allez, c'est dit, on sort ?

vendredi 15 mai 2009

ça me triture....



Des Centaures


Ayant malencontreusement supprimé la première version de cet article, j'ai tenté de le recontituer, un peu plus étoffé. Chaque cavalier s'entend forcément un jour comparer à ces êtres mythologiques ; il n'est donc pas suprenant qu'on se questionne un peu dessus...

Les Centaures auraient deux origines possibles : a) fils d'Ixion (roi des Lapithes) et d'une Nuée (Néphélé), ou b) fils de Phylira (une Océanide) et de Chronos (dissimulé sous l'apparence d'un cheval).

Dans le premier cas, ils représentent la force brutale, aveugle, non maîtrisée, la violence pulsionnelle et la concupiscence qui ramène à l'animalité.

Dans le second, ils sont les forces débonnaires mises au service d'une juste cause.

Dans tous les cas ils sont l'image de la double nature de l'homme, animale et divine.

Centaures....voilà ce qu'ils m'inspirent :

centaures = sans torts ? (association d'idée par assonnance - loin de toute étymologie, d'ailleurs incertaine). Condamnés à ne pas jouir du corps désiré des femmes, désignés comme purs ? ou bien comme monstres ? ou est-ce le DESIR qui se trouve là désigné comme monstre ? De quoi relève cet être-là ? animal, il ne saurait etre coupable de ses désirs, a-moraux et guidés par l'instinct ; humain, il relève de la morale, et devient forcément coupable de sa brutalité, de son désir bestial. Alors, castré, l'animal (malgré sa symbolique), ou, de par sa double nature, esseulé dans la création ?

à la fois homme et bête ; condamné à rester seul, d'où l'enlèvement des Sabines - trop femmes et trop humaines, le renvoyant à son imperfection : comment saillir ces vierges en étant étalon ? Comment ne pas les désirer en étant homme ?

Centaure :à la fois l'homme et la bête, unis.
Cavalier : à la fois l'homme et la bête, réunis MAIS séparés.

Voui, je sais, j'ai le don de me triturer le cerveau sur des trucs assez bizarres, mais posez-vous donc un peu de questions, en passant, sur ce que peuvent bien vouloir dire ces créatures là : vous verrez que ça vous fera bien passer cinq minutes, et....que vous n'aurez pas plus de réponses que moi !