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jeudi 24 mai 2012

Arrestations Québec infos pratiques



Avis aux arrêtés du 23 Mai 2012 ! si vous l'avez été, ou connaissez quelqu'un qui l'a été, ces conseils en circulation pourraient vous être utiles ! faites passer !

" Pour les arrêtés d'hier :

De Denis Poitras, avocat :
Pour les personnes arrêtées qui ont reçu une contravention à Montréal, et qui veulent que nous les défendions, voici ce qu'il faut faire :

... 1. Contester en signant votre constat, indiquer la date et cocher non coupable. N'écrivez rien d'autre, pas d'explications, ni de motifs (cela n'aidera que la poursuite à mieux se préparer);
2. Faites-le parvenir à la Cour municipale
3. Mais avant, numériser votre constat et faites-le nous parvenir, à poitrasdenis@gmail.com avec un numéro de téléphone pour vous joindre ainsi que votre version des faits. Si vous n'avez pas accès à un scan, vous pouvez le télécopier à 514-289-1729
4. Ne pas publier votre version des faits ailleurs!

Vous aurez des nouvelles de la Cour municipale de Montréal dans 6 mois peut-être plus. Nous allons construire une liste de discussion fermée pour toutes les personnes accusées afin d'organiser un procès conjoint, d'examiner les différentes défenses possibles, le financement de la cause, etc. SVP : ne pas nous appeler immédiatement. Merci et bonne journée. "

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J'ajouterais : gardez-en un double dans vos archives, de ce constat !

samedi 19 mai 2012

Bon, ça va faire, là !



Depuis déjà plus de trois mois, les étudiants québécois sont dans la rue ; au départ, il s'agissait de se mobiliser contre une loi dont le propos était d'augmenter les droits d'inscription à l'université en les multipliant au moins par trois ! C'était limiter le droit à l'éducation, c'était la réserver aux riches, c'était empêcher des jeunes d'aller vers un avenir en ne leur laissant qu'un destin.

Au début, les manifestations étaient absolument sans violence, et calmes, puis sont intervenus des "casseurs", dont on est en droit de se demander s'ils n'étaient pas des membres de la police délégués pour salir la popularité des étudiants dans l'opinion publique. Le gouvernement de Jean Charest n'a rien voulu entendre, et a durci le ton. La police a lancé des actions de répression d'une violence inouïe, des jeunes ont perdu un oeil, d'autres des dents, plusieurs se sont trouvés dans le coma suite à des fractures du crâne, il y a eu des membres cassés, des mâchoires fracturées, les ambulances empêchées d'approcher les blessés, et j'ai vu des choses horribles sur les vidéos partagées en ligne.

Peu à peu, la lutte des étudiants est devenue celle des mécontents du gouvernement en place, qui fait taper sur des jeunes comme même en France ça ne s'est pas fait, qui est corrompu jusqu'à la moelle et confisque les ressources du Québec pour les attribuer à des marchés privés plus ou moins en cheville avec la Mafia. Le "carré rouge", badge arboré par les étudiants, est devenu peu à peu un symbole de contestation au gouvernement de Jean Charest, jugé comme incompétent et corrompu.

Il est actuellement question d'adopter (si ce n'est déjà fait) une loi, la loi 78, qui interdira les rassemblements de plus d'une dizaine de personnes, sauf à les déclarer par écrit aux autorités, qui seront donc libres de les déclarer illégales - et ça laisse à penser que le Québec vit aujourd'hui des heures bien liberticides. Le PORT DU CARRE ROUGE même est devenu illégal ! Dans quelle démocratie, interdit-on aux gens d'arborer le symbole de leurs opinions ???

Si une loi scélérate interdit à un peuple jusqu'au port des symboles de ses opinions (comme si on avait le droit de déterminer ce qu'une personne a le droit de porter sur elle !), alors j'arbore, MOI, le carré rouge qu'ils n'ont plus le droit de porter au Québec. Arborez-le vous aussi, et soutenez une lutte juste, contre des lois qui ne le sont pas, et la "dictatorisation" d'un pouvoir soi-disant démocratique !

" Porter le carré rouge, c'est inciter, propager et encourager les manifestations, en plus de la clause d'omission prévue par la loi 78. Porter n'importe quel symbole appelant à une mobilisation quelconque devient illégal " - Michelle Couchesne, ministre québécoise.

Soutenons un peuple muselé, portons aussi le carré rouge !

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Il faut que vous sachiez qu'au départ, ceux qui étaient CONTRE les choix du gouvernement portaient un carré ROUGE, et ceux qui étaient POUR les choix gouvernementaux, un carré VERT. Interdire seulement le carré rouge, c'est interdire aux gens de manifester leurs opinions, c'est vouloir museler l'opposition, c'est jouer à être Dolores Ombrage dans Harry Potter, c'est d'un ridicule achevé ! Imaginez si, ici, par exemple, on vous interdisait soudain d'arborer les couleurs de votre région, ou de votre parti politique, ou n'importe quel autre symbole ! n'est-ce pas parfaitement idiot ? si les gens ne peuvent pas porter le symbole de leur opinion, et qu'on les réprime, nous pouvons le porter pour eux.

Parce que c'est odieux et ridicule d'interdire à une partie d'une population d'arborer un symbole sur ses vêtements ; le carré rouge, c'est quand même pas la croix gammée, hein ! c'est le signe du ras-le-bol devant cette marchandisation à outrance de tous les pans d'une société, de cette volonté d'extorquer toujours plus d'argent aux gens pour leur permettre d'exercer leur droit à l'éducation, c'est le refus d'une société corrompue et d'un gouvernement, incompétent, inflexible, qui envoie des jeunes à l'hôpital quand ils veulent d'autres choix collectifs que ceux qu'on veut leur imposer !

" Porter n'importe quel symbole appelant à une mobilisation quelconque devient illégal " ---> ça veut dire qu'il est illégal désormais que les gens de la lutte contre le SIDA arborent le ruban rouge ? que les gens qui appellent à se mobiliser dans la lutte contre le cancer du sein n'ont plus le droit d'arborer le ruban rose ? que les militants d'Amnesty International n'ont plus le droit d'arborer le sigle de l'ONG ? où va se nicher la stupidité ?

Une petite rectification de MakesmewonderHum :
Petite rectification, Anne.
Les carrés verts ne sont pas plus en accord avec les décisions du gouvernement mais jugeaient que la grève mettait en péril leur session, donc abandonnaient ou refusaient ce moyen. Le vote sur les dernières propositions du "balivernement", il y a dix jours, c'est soldé par un rejet à plus de 80% que vous soyez rouges, verts et autres.
Ce qui change la donne, est que la session d'hiver du collégial et universitaire se termine cette semaine et là, attachez bien vos tuques avec d'la broche!

vendredi 3 février 2012

Quand Pôle-Emploi dérape, Anne voit rouge (ou noir ?)


Figurez-vous, chers ami(e)s, que je suis inscrite à Pôle-Emploi, depuis déjà un fameux bail. Le cas est banal, et ne mérite point qu'on en fasse état plus que nécessaire. Or, vous savez que l'Etat, pour faire joli et rassurer l'électorat "bien-pensant", a institué un "suivi personnalisé de retour à l'emploi", sous forme d'un entretien mensuel avec un(e) conseiller/ère, à qui l'on est censé rendre compte de nos efforts - forcément surhumains- de "réinsertion" (j'adore ce terme).

Je devais donc subir cette mascarade mensuelle, le 26 janvier 2012, à 14 h. Mais je n'ai pas pu m'y rendre, comme vous le lirez ci-dessous. J'ai donc prévenu Pôle-Emploi en appelant au 3949, comme la convocation m'y invitait. Or, j'ai reçu ce matin, de la part de Pôle-Emploi, le courriel suivant, qui m'a quelque peu fait sortir de mes gonds. (n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour lire cette merveille de prose narrative administrative, c'est une splendeur !)



Comme vous pouvez le croire, j'ai sauté en l'air, et ça m'a méchamment fait sortir de mes gonds. Comment ça, je n'ai pas prévenu ??!!!

Il fallait répondre à cet envoi administratif d'une sécheresse à faire trembler un membre du KGB, aussi ai-je bondi à mon clavier, et voici la réponse de la bergère au Garde-Chiourme :

le 03 février 2012
Mlle A.
Les Ocreries
à

M. XXXXXXXXX
Affaire : XXXXXXX
n°dossier : XXXXXX XXXX

Objet : Courrier Pôle-Emploi du 31 janvier 2012 notifiant un avertissement avant radiation.

Pièces jointes : 1 photocopie du courriel reçu ce jour, daté du 31 janvier 2012.
1 photocopie du courrier de Pôle-Emploi sur lequel j'avais noté la demande de justificatif à fournir.

Monsieur,

Je reçois ce jour un courriel de votre part daté du 31 janvier 2012 (parvenu le 03 février 2012 dans ma boîte mail, puis-je vous suggérer d'utiliser les services de la Poste, qui semble-t-il sont encore plus rapides ?), me notifiant un avertissement avant radiation, pour n'avoir pas été présente au rendez-vous téléphonique fixé le 26 janvier 2012 à 14 h, avec votre collègue Mme XXXXXXXX.
Les raisons invoquées pour justifier cet avertissement avant radiation sont les suivantes :
1) - Je n'ai pas répondu à votre appel téléphonique.
2) - Je ne vous aurais pas informé des motifs de mon absence au rendez-vous qui m'avait été fixé à cette date.
Voilà qui est bien étrange !
Car, pour autant que je m'en souvienne, J'AI PREVENU de mon absence - et la facture détaillée de mon opérateur téléphonique sera là pour le prouver, quand elle sera disponible à la consultation.
---> Je n'étais pas auprès de mon téléphone le 26 janvier 2012 à 14 h, pour répondre à l'appel téléphonique de votre collègue MmeXXXXXX, parce que, ce jour-là, j'avais rendez-vous avec un client C.E.S.U. pour 1 h d'Assistance Informatique, le 26 janvier 2012 à V., à 15 h.
Je n'ai PAS de véhicule. Pour aller à V. depuis chez moi, je dois prendre le bus à T. - c'est 1 h de MARCHE. Je pars donc de chez moi à 13 h, pour gagner A PIEDS l'arrêt de bus de T., où je prends le bus à 14 h 09, arrivée V.-Gare 14 h 21, pour me rendre A PIEDS chez mon client !
A 14 h, j'étais donc dans l'impossibilité matérielle de répondre au téléphone, étant en train de MARCHER vers mon bus. Il paraît que nous sommes dans un pays moderne, au XXIème siècle.
---> M'apercevant, après avoir pris rendez-vous avec mon client (qui n'avait que cette date de disponible et avait besoin de mes services), que cela allait me faire rater mon entretien mensuel de suivi, je n'avais qu'un choix à faire : OU rappeler mon client, et perdre le bénéfice d'une heure de travail, OU composer le 3949, et prévenir de mon absence.

Pôle-Emploi est bien censé s'occuper de l'EMPLOI, et est bien censé aider les demandeurs d'emploi à se réinsérer, j'espère ? A moins que sa mission (officieuse ?) ne soit de faire de la gestion de Cheptel Humain, pour le compte d'un Etat Policier de Surveillance de la Population Inactive ?
J'ai considéré, pour ma part, qu'1 h de TRAVAIL était plus importante (et nécessaire à ma survie matérielle...) que 20 minutes de papotages stériles à justifier mon existence devant le-dit Etat Policier. Cela justifie certes vos émoluments, mais ça ne me nourrit pas, MOI. Or, comme tout être humain, et aussi inconvenant que ça puisse sembler, trois fois par jour au minimum, J'AI FAIM.

DONC, j'ai appelé le 3949 pour :
1) - Expliquer ma situation,
2) - Prévenir de mon impossibilité à honorer le rendez-vous qui m'avait été fixé.
La personne que j'ai eue au téléphone était censée inscrire tout cela dans mon dossier et vous en tenir informé ; si elle ne l'a pas fait, j'estime qu'il n'est pas à moi d'en pâtir. Je me débats pour trouver du travail (et ce n'est pas grâce à vous...), et l'on me considère avec suspicion, presque comme si j'étais une délinquante sous contrôle judiciaire, obligée de justifier le moindre de mes mouvements. J'estime de ce fait que ceux qui ont la chance d'avoir un emploi, et d'échapper à cette insupportable surveillance policière, pourraient au moins avoir la décence de bien faire leur travail ; car, votre courrier, Monsieur, me laisse entendre que vous n'avez pas été informé, comme je l'espérais, de mes difficultés à honorer ce rendez-vous, si essentiel à la marche du monde, du 26 janvier 2012 !
Cette personne, au 3949, m'a demandé de vous faire un courrier justificatif de mon absence, avec copie du document C.E.S.U. en pièce jointe, faisant foi de mon heure de travail de ce 26 janvier 2012 à 15 h., afin de répondre administrativement aux exigences des articles L.5412-1 et R.5412-1 à R.5412-8 du Code du Travail.
J'ai bien noté cela (comme vous pourrez le constater vous-même en consultant, dans les pièces jointes, la copie du courrier de Pôle-Emploi sur lequel j'avais pris note), MAIS :
JE NE PEUX PRESENTER DE JUSTIFICATIF, DE QUELQUE NATURE QU'IL SOIT, AVANT DE L'AVOIR REÇU !!!!! Il faut que le client remplisse le document idoine (pas toujours le jour même), l'envoie aux services du C.E.S.U., que le-dit service établisse le document qui me revient, me l'envoient, et que je le reçoive !
Or, J'ATTENDS TOUJOURS le document C.E.S.U. attestant de ma présence chez mon client le 26 janvier de 15 h à 16 h ! Peut-être puis-je vous communiquer ses coordonnées, afin que vos services puissent investiguer eux-même et vérifier mes dires ? Sinon, le Commissariat de V., habilité à enquêter sur toute affaire, est situé X, rue XXXXXX ; vous pourriez déléguer.....
C'est pourquoi je considère comme inexact, mensonger et abusif le courriel reçu ce matin.
- Inexact et mensonger, car j'avais au moins prévenu par téléphone au 3949 de l'impossibilité où j'étais d'honorer ce rendez-vous ; j'attendais réception du document C.E.S.U. pour vous fournir un document écrit (mon interlocuteur du 3949, je l'ai bien senti, ne croyait rien de mes motifs et semblait penser que j'allais me rendre à toute autre occupation...dommage, c'était vrai !).
- Abusif, car menacer une personne de radiation, quand elle a fait ce qui était en son pouvoir pour répondre à ses obligations tant auprès de Pôle-Emploi qu'auprès de son client, constitue à mes yeux un abus de pouvoir.

Je comprends bien l'enjeu électoral, et qu'il faille à toute force faire baisser les chiffres du chômage avant l'échéance des urnes en jetant dehors un maximum de gens, mais certains procédés restent inqualifiables - et inadmissibles.
Le ton froid, impersonnel et plus ou moins menaçant de ces courriers est une insulte à la dignité des personnes dont vous avez la charge, déjà éprouvées par les difficultés de la recherche d'emploi ; "lettre-type", allez-vous me répondre....eh bien, il vous serait nécessaire d'en modifier quelque peu le formulé ; avant de virer les gens sans plus ample informé, on leur demande au moins ce qui s'est passé. C'est décent, c'est humain, ça se fait, quand on s'occupe de Personnes.
Lire que je vais être radiée "après avertissement" pour absence à convocation, quand j'ai pris la peine de prévenir, quand j'attendais la réception du document écrit pouvant prouver (mon innocence ? suis-je donc au tribunal ? on aura omis de m'en informer......) mes allégations, c'est proprement révoltant. Que fallait-il que je fisse ? Me fallait-il demander un justificatif de présence à mon client, y joindre mon ticket de bus, et une déclaration sur l'honneur du conducteur attestant de ma présence à 14 h 09 à l'arrêt du bus de T. ?
Quelle est cette absurdité ? En sommes-nous là, aujourd'hui, quand nous sommes demandeur d'emploi ? Les demandeurs d'emploi sont-ils donc rabaissés au rang de mineurs ou de délinquants en suivi judiciaire, tenus de justifier PAR PREUVE ECRITE du moindre de leurs faits et gestes ?

C'est pourquoi, Monsieur, considérant ce courriel reçu ce matin comme révoltant, eu égard aux efforts effectués pour répondre aux exigences de Pôle-Emploi et pour trouver du travail, je demande
l'annulation pure et simple ECRITE de cet avertissement inconcevable et inapproprié.

Avec la pensée que vous saurez comprendre ce qu'une telle situation peut avoir d'absurde,
Et mes remerciements anticipés pour le retrait dans mon dossier de toute trace de cet avertissement sensiblement trop zélé,
Je vous prie de bien vouloir recevoir, Monsieur, l'assurance de toute ma considération.
A.

Ce courrier est parti cet après-midi, en recommandé avec accusé de réception. Parce que, quand on me cherche, on me trouve. Je ne me laisserais certainement pas faire par une administration kafkaïenne dégoulinante de sottise, qui serait risible si elle n'influait pas sur le destin de milliers de malheureux/ses susceptibles de ne pas disposer, eux, des moyens de s'expliquer, de se défendre, et d'exprimer leurs sentiments face à cette surveillance constante, cette suspicion perpétuelle, cet asservissement de la personne libre à des institutions absurdes et inefficaces.

Anne des Ocreries, elle aime pas qu'on l'emmerde, quand elle essaie de faire de son mieux ; les petits sous-fifres aux ordres du pouvoir, le petit doigt sur la couture du pantalon, au garde-à-vous devant les crachats législatifs d'un exécutif dépourvu d'humanité, ça m'a toujours gonflé, et dans ces cas-là, JE MORDS !!!!

Leur avertissement de merde, ils ont intérêt de me le virer, ou je porte plainte pour abus de pouvoir, à l'administratif. Et je mobilise du monde, et on leur foutra une merde qu'ils ne seront pas prêts d'oublier !


mardi 26 octobre 2010

TEMOIGNAGE - les évènements de la place Bellecour, Lyon, 21 Octobre 2010


Je relaie depuis chez Jean-Jacques

Jeudi, 21 Octobre 2010

"J’arrive un peu après 12h sur la Place Bellecour, accompagnée de plusieurs ami(e)s étudiant(e)s. Une manifestation d’étudiants et de lycéens en partenariat avec la CGT et SUD, est prévue pour 14h Place A. Poncet, située à l’angle de celle de Bellecour. De nombreux jeunes sont présents, en majorité des lycéens et collégiens. On franchit un cordon de policiers pour entrer sur la place. Ceux-ci sont placés par plusieurs dizaines à toutes les sorties de cette place publique, une des plus grandes de France. Ils sont équipés d’armures des pieds à la tête, casque, bouclier, matraque, pistolet… Se trouvent également un camion du GIPN (groupe d’intervention de la police nationale, qui eux ont un camion blindé et sont cagoulés) et deux camions à eau anti-émeute. Un hélicoptère survole le lieu à basse altitude.

Une demi-heure plus tard, suite à quelques pierres lancées en directions des policiers et de leurs véhicules, les flics se mettent en action et lancent les fusées lacrymogène. Dispersion de la foule. Vers 13h30 nous commençons à nous rapprocher de la Poste, d’où part la manifestation. Le cordon policier est toujours présent et sépare les manifestants qui sont déjà sur la place Bellecour de ceux qui sont sur la place A. Poncet. Ils refusent de nous laisser passer. Après une demi-heure de discussion, les syndicats aidant probablement, ils finissent par ouvrir le cordon et laissent passer une trentaine de personnes avant de le refermer brutalement, lorsque apparemment la population qui passe ne répond plus aux critères du « bon manifestant » (la peau claire, pas trop jeune, pas de survêtement ni capuche). Plus personne n’a le droit de sortir de Bellecour.

La tension monte. Quelques projectiles sont jetés, auxquels les policiers répondent matraques levées par des fusées lacrymogènes . Pendant plus d’une heure nous essayons, en vain, de rejoindre l’autre partie des manifestants, qui nous attendent, de l’autre côté. Eux aussi se font gazer. La foule de Bellecour est dispersée. A 15h30, finalement, les manifestants « libres » décident de partir en cortège. Nous, on attend. On est plusieurs centaines sur la Place. Celle-ci est relativement calme. On attend, éparpillés par petits groupes sur l’ensemble de la place. Les flics disent qu’on pourra ressortir quand la manifestation sera partie. On attend. L’hélicoptère tourne au-dessus de nous dans un bruit assourdissant. Il y a quelques mouvements de foule mais la scène reste calme. A vrai dire, on se fait chier. Croyant seulement partir en manifestation, je n’ai rien pris avec moi, ni eau, ni nourriture, ni occupation. J’attend, comme tous les autres. Un peu plus tard nous décidons de nous en en aller avec une amie. Mais les flics refusent toujours de nous laisser passer. Il doit être aux alentours de 16h30, cela fait trois heures qu’ils nous retiennent. Je leur dit mon envie de pisser et de manger, mais pas moyen. Je commence à en avoir sérieusement marre, et prend conscience de la rétention forcée que je subis.

Les flics nous disent que c'est un ordre du préfet, et qu’ils ne savent quand ils auront l’autorisation de nous laisser sortir. A un ami qui demande s’il serait possible d’amener un ballon de foot de l’extérieur, histoire de s’occuper, le flic répond qu’il n’a qu’à prendre la vessie bien gonflée de la jeune fille qui vient de demander à sortir pour aller aux toilette, avant de s’esclaffer avec ses collègues.

Personne ne comprend la situation. Malgré tout la place s’est vidée un peu. Aidés par des habitants et des propriétaires de magasins, qui leur ont ouvert les portes et arrière-boutique, certaines personnes ont pu sortir. J’apprends également que les policiers ont laissé sortir certains amis étudiants, mais qu’en revanche les jeunes typés maghrébins qui étaient à côté d’eux se sont vus la sortie refusée. Le délit de faciès est systématique. Sur la place, nous ne nous organisons pas. Chacun reste dans son coin, on est abasourdis, on attend juste de pouvoir sortir. La moyenne d’âge des personnes retenues ne dépasse pas 18 ans.

Il est environ 17h, et nous apprenons que nous ne sortirons peut-être pas avant 21h. Les esprits commencent à paniquer. J’entends des collégiens qui essayent de faire comprendre à leur parents, au téléphone, qu’ils ne peuvent pas rentrer car ils sont retenus par des policiers. Il fait de plus en plus froid. Je retourne voir les policiers pour des explications. Un d’entre eux m’explique « qu’on a de la chance d’être en France car si on était en Espagne on se serait déjà fait fracassé la tête par la garde civile », et que « lorsqu’il y a des troubles de l’ordre public, la liberté de circuler librement peut être suspendue ». La place, à ce moment et depuis plus d’une heure, est parfaitement calme. Lorsqu’un peu plus tard des jeunes commencent à se rassembler en protestant au centre de la place, ces policiers avec qui nous « discutions » pointent sur nous leurs armes (je ne sais pas si c'est des lances-fusées ou des flash-ball) et nous somment de reculer. Ce qu’on fait. Des lacrymos sont lancées sur toute la place : des fusées jetées dans le ciel et qui s’éparpillent, en retombant, sous forme incandescente. Les gens courent dans tous les sens. On essaie de rester sur le trottoir, le long des façades, pour se protéger le plus possible. Un jeune homme est à terre. Les autres reviennent pour le secourir, tandis que les policiers, à 10m les menacent toujours de leurs pistolets. J’entends qu’il est blessé, et des jeunes, mains en l’air, demandent aux policiers de ne pas charger. Finalement les flics font reculer tout le monde. Ils cherchent à relever ce jeune homme, qui se débat. Ils l’immobilisent à trois, au sol, puis le traînent par un bras sur 20m, jusqu'à leur camion, derrière lequel il disparaît. Devant moi, une jeune fille, environ 15 ans, en pleurs, dans les bras d’une amie à elle. Elles vont voir les policiers, demandent à sortir, elles pleurent, disent ne plus en pouvoir, veulent rentrer chez elles. Le flic leur dit de dégager. Des détonations continuent de retentir, la fumée recouvre la Place. Il est dur d’ouvrir les yeux et de respirer. A 30 m à ma droite une jeune fille est étendue sur le sol. Des gens se regroupent autour pour l’aider. Je ne la vois pas réagir, je ne sais pas ce qu’elle a. Peut-être une crise d’asthme, peut-être un coup de flash-ball ? (au final je crois qu’aucun tir de flash-ball n’a été fait). Les gens crient pour qu’on appelle les pompiers. Finalement, au bout de peut-être 10 minutes des policiers repoussent tout le monde et l’entrainent plus loin. L’hélicoptère tourne, encore, au dessus de nos têtes. Face à notre incompréhension, un flic nous dit : « c'est une innovation policière ». Je marche.

Un rassemblement commence à se faire au milieu de la place. Tout le monde en a marre. On commence à avoir peur de ne plus pouvoir sortir. Cris de protestations. Quelques pierres sont jetées. Ils répondent, encore, par de la lacrymo et des détonations extrêmement sonores. Finalement ils décident de sortir les camions à eau anti-émeute. Ils arrosent. Les gens sont dispersés. On attend. Ils renvoient encore une ou deux fois de l’eau. On reste dispersé. On erre. Les gens marchent. J’en ai trop marre. Je commence à craquer. Il n’y a plus de soleil sur la place. Il fait froid. Je n’ai pas mangé depuis ce matin. On commence à marcher, plus ou moins en groupe. Vers 18 heures, les flics nous informent qu’on peut sortir dans l’angle nord. Tout le monde s’y rend. Ils nous répondent par de la lacrymo. On y retourne. Les gens crient, mains en l’air : « on nous a dit qu’on pouvait sortir par là ! ». Rebelotte. Fusée lacrymo, dispersion. A la troisième tentative, on nous laisse approcher.

Effectivement, les flics nous laissent enfin sortir. Ils font sortir les gens un par un, relèvent les noms, prénom, adresses, puis font une fouille au corps (palpation disent-ils), et vident les sacs. Comme nous sommes plus de 200 personnes, cela prend beaucoup de temps. On se serre, docilement, pour faire la queue, tête baissée. Alignés, ils rabattent tous les prisonniers à l’extrémité de la place. Ils nous disent qu’on sortira tous, mais au compte-goutte. On attend. Ceux qui n’ont pas leurs papier d’identité sont mis de côté. On fini par nous laisser passer. Pendant qu’elle me « palpe » elle me dit qu’elle va faire ça vite. Je suis écoeurée. Cela fait presque 6h que les policiers ont reçu l’ordre de ne laisser sortir personne de la place Bellecour. 6 heures qu’environ 200 personnes (et je pense dire cela au bas mot) sont privées de leurs liberté essentielles : circuler, manger, boire, aller aux toilettes. 6 heures que l’on est retenu sur une place publique, sonnés, dans l’incompréhension, avec plus d’une centaine de policiers qui nous encerclent, pointent sur nous leurs armes au moindre mouvement de foule et les utilisent…

et l’hélicoptère qui tourne quasiment en permanence. Le flic qui contrôle l’identité de mon amie lui dit « au moins, hein, vous avez plus envie de recommencer ! ». C'est dégueulasse… Les nerfs lâchent, un policier s’aperçoit que je suis en pleurs et se charge de nous amener rapidement derrière le dernier cordon de flics qui nous sépare de l’extérieur. Ils nous fait passer au milieu d’un groupe d’une trentaines de jeunes, tous typés maghrébins ou africains, qui sont en train de monter dans un bus. Ils n’ont pas plus de 18 ans. Je demande où ils vont : au poste, pour contrôle des identités. Il est 18h45. Les flics disent qu’ils les relâcheront dans la soirée. 2 bus vont ainsi partir en direction du commissariat.

Une fois passé les cordons de CRS je rejoint les manifestants libres, qui après la manifestation sont venus au plus près de la place Bellecour pour nous soutenir. On nous propose à manger, nous réconforte. Les manifestants tentent d’empêcher les bus de partir. La B.A.C. intervient, les bus s’en vont.

Très mal vécu cette situation, oui. Choquée, oui. Pour terminer je vais au premier bar que je trouve pour aller aux toilettes. Le propriétaire refuse, il me dit qu’il vient déjà de refuser à 10 personnes, et qu’il ne fera pas d’exception pour moi. Je pisse dans la rue, sous le regard des passants et des manifestants.

Humiliée, oui.

On m’a retiré le droit de manifester, on m’a retirer le droit de circuler librement. Nous étions parqués comme des animaux, parfois rabattus d’un côté ou l’autre de la place par des groupes armés mobiles. Je n’ai insulté personne, ni levé la main sur quiconque. 6 heures de garde à vue collective à ciel ouvert avec intimidation policière.

Durant ces 6 heures, aucune vitrine de la Place n’a été brisée, aucune dégradation de biens publics. Je peux vous dire que pourtant, au bout de plusieurs heures, moi-même qui suis pacifiste, je commençais à nourrir une certaine colère.

Besoin de protester. Oui. Car besoin de dire Non à des « innovations policières » de ce genre.

Cette rétention était injustifiée, anormale. Nous étions sans cesse mis sous pression, et les armes déployées étaient démesurées face à la population retenue. Je me rendais simplement, comme beaucoup de ceux présents cet après-midi à Bellecour, à une manifestation, déclarée et autorisée par la préfecture.

Ce soir, je n’arrive pas à dormir. "

Lou-Andréa, étudiante à l’Ecole Normale Supérieure, Master Sociologie.