dimanche 19 avril 2009

Anne fait du dog-sitting



Le problème lorsqu'on patauge dans l'exclusion sociale, c'est pour gagner sa mange ; eh oui, il faut se nourrir trois fois par jour (au bas mot - encore qu'avec un seul repas on survive, j'ai testé, mais c'est moins confortable).
Bon, en termes d'exclusion sociale, notons, y a pire. Quand je dormais dans la rue il y a vingt-deux ans en plein hiver, c'était autre chose. Là, j'ai tout de même un toit.
Mais dix ans de secteur agricole n'ont pas réussi à nous sortir de la mouise, même si l'expérience valait la peine d'être vécue.
Après donc moult péripéties rurales, le problème restait entier : quoi faire ?
J'étais ainsi en train de me torturer les méninges avec consternation, quand des amis à nous appellent pour demander un service à l'Homme. Au passage, nous parlons de nos soucis, aux uns et aux autres. Eux doivent s'absenter une semaine et ne savent où laisser leurs chiens, nous sommes impécunieux et avons absorbé le seul salaire de la maison au 10 du mois. Or, il faut manger ; et, accessoirement, payer quelques dûs ici ou là.
L'idée nous vient au même moment:
- "tu garderais pas nos chiens ?"
- "voulez-vous que je garde les chiens ?"
Nous rions. Notre gentille amie m'apprend alors que les prix des chenils sont prohibitifs, 30 euros/chien/jour au bas mot - crise oblige, ils ne peuvent plus suivre. Y aurait bien la SPA, mais c'est encore 8 euros/chien/jour, quand on part une bonne semaine et qu'on est en milieu de mois, aïe ! surtout qu'ils ne font pas un voyage d'agrément, ils descendent en Espagne pour raisons familiales.
Je propose 12 euros/jour pour les 2 chiens et ils fournissent la nourriture, sur une semaine ça va nous dépanner ; l'amie saute de joie, nous aussi - et me voici bombardée dog-sitter, olé !
ça c'est de la reconversion !

Nos amis devant partir ce matin" à l'heure où blanchit la campagne", j'ai donc pris livraison des toutous hier soir, avec paniers, laisses, et croquettes.
Protagonistes : Lancelot, labrador noir très âgé, et Tautavel, chienne doberman pas mutilée. Sachant que nous avons chez nous Douce, beauceronne de son état et chien de troupeau je vous prie ! plus quelques chèvres, volailles, équidés divers, et chats ; oui, c'est peuplé.

ô joie ! à peine descendus de voitures, Tautavel se jette sur ma Douce pour une baston de première classe, et Lancelot se rue sur mon plus beau coq (un Rhode-island pure race !), qu'il plume joyeusement avant que l'Homme, qui pourtant n'est pas un balaise ni très sportif, ne réussisse à l'intercepter dans un plaquage du meilleur style. Le coq s'en est tiré, in extremis et beaucoup moins fier (pardi ! il a le croupion tout nu !).
Eh bin ça promet. Au passage nous apprenons que Lancelot a des pulsions avicides très prononcées, hélas irrécupérables, et que la liste des fermes où il a sévi ne cesse de s'allonger. Un élevage entier, qu'il a occis ! un jour de Noël qui plus est ! A mon avis y a un rural qu'a dû chatouiller avec envie la crosse du 12....'sont pas toujours patients les gens de chez nous !
Nous logeons ce joli monde dans l'écurie, vide en ce moment - tout le monde est en pâture - et nos amis prennent congé, rassurés, après les recommandations d'usage et un dernier mamour à leurs toutous.
Me voici seule maître à bord avec deux canidés costauds, dépaysés et pas rassurés pour deux sous. Comment ça, ils ne sont pas les seuls ?

C'est ce matin que le sport a commencé ! j'arrive avec les laisses pour le p'tit pipi du matin. J'ouvre....et deux bombes noires lancées à pleine vitesse se ruent fougueusement dans mes pattes - m'offrant au passage le premier billet de parterre (pardi ! 1m56 et 43 kg, l'Anne des ocreries !). Panique à bord : Lancelot a vu les poules ! je flippe illico. Chez moi ce n'est pas clos. S'ils s'enfuient, comment rattraper deux chiens désobéissants qui me connaissent à peine ? Première urgence : neutraliser le labrador. Je cours ; je crie aussi, je sais c'est pas conseillé mais ce dingue de chien est sourd comme un pot, et qui plus est, lancé dans une action impulsive.
La poule se rappelle avec bonheur qu'elle a des ailes, et fait de son mieux pour se tirer du péril où elle se trouve ; je suis ; veine, elle file sous le tracteur, le chien suit, je contourne et c'est moi qui plaque le clebs au vol, de justesse - deuxième billet de parterre.
J'attache le bestiau à la solide chaîne dehors, qui servait à mon précédent beauceron, mais dont nous n'avons nul besoin avec Douce. Et d'un !
Où est la doberman ?
Un rapide coup d'oeil à l'entour me renseigne illico : pendant tout ce rodéo, Tautavel a tourné en rond autour de la maison, histoire de dépenser son trop-plein d'énervement dû à sa longue claustration et à son départ de chez elle ; je la rappelle, ouf elle vient ! elle obéit à peu près, ELLE ! Au passage les deux chiennes se re-fritent le groin, mais avec moins d'entrain que la veille ; ça devrait se tasser. Je vérifie, pas de morsures, personne n'est blessé.
Plus aucune poule à l'horizon, 'z-ont toutes filé aux abris. Les quatre chèvres que je garde à la maison (les autres sont en pâture), sur la défensive, regardent ces chiens inquiétants du haut d'un tas de planches, inaccessibles.
Et moi je me fais du mouron, ouh là là je me fais du mouroooon !

Deux heures plus tard, je commence néanmoins à penser que tout ne sera peut-être pas si difficile que cela ; tout est calme ; Lancelot, assassin sympathique aux grands yeux humides débordants d'amour, jappe joyeusement en bout de chaîne en remuant la queue à la seule vue d'une poule, qu'heureusement il ne peut plus atteindre.

Tautavel et Douce ont établi un pacte de non-agression qui n'est pas encore de l'amitié mais ça devrait aller. Les biquettes, dirigées dans le petit enclos tout proche, ont décidé une bonne fois pour toutes d'ignorer ces mal-élevés, et broutent sans plus ample informé.
Je me dis que si je m'y prends bien et que j'arrive à passer une longe au cou de Lancelot avant d'ouvrir la porte le matin, ça doit pouvoir être gérable - si je ne revole pas sur le gazon à chaque fois.

Il fait beau. Je gagne mes sous.
Il reste toute une semaine à tirer.


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